Baillleux Louis : Historique de la Laiterie Fromagerie de Maison-du-Val, Meuse (55)

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FROMAGERIE DE MAISON-DU-VAL (Louis Bailleux 1828-1919)

C’est l’histoire d’un commis-voyageur un peu méconnu dans le monde de l’industrie laitière et fromagère, qui est devenu le fondateur, au milieu du 19ème siècle, de la première fromagerie industrielle de France et d’Europe. Il s’appellait Louis Bailleux. Nous allons tenter avec les documents en notre possession et surtout grâce aux recherches de Monsieur Parisse, professeur au collège de Revigny, les témoignages de la famille Desoutter, de Monsieur Bernard Wagner qui a travaillé plus de quarante ans à Maison du Val, de vous raconter l’histoire d’un industriel fromager dont la réussite et l’ascension fulgurantes, dépassent largement la réussite de certaines familles augeronnes fort connues…

Au milieu du XIXème siècle, Maison du Val est un hameau d’une dizaine de maisons et trois auberges, dont l’une d’elles, tenue par la famille Adrien, sert aussi de relais de diligence. Ce petit hameau est alors situé à la croisée de voies de communications importantes pour l’époque, comme la voie romaine de Toul à Reims, via Bar-le-Duc et la route de Strasbourg à Paris… Louis Bailleux est un simple commis-voyageur, originaire de Hazebrouck dans le Nord, un homme très doué pour le commerce, qui parcourt les routes de la région de Noyers-le-Val, avec sa carriole chargée de toutes sortes de marchandises pouvant intéresser le monde rural. C’est à l’auberge tenue à Maison du Val par Augustin et Florine Adrien, que Louis Bailleux va rencontrer Flore-Anna Adrien (1), la fille du couple d’aubergistes, sa future femme qu’il épousera en 1855.

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Après son mariage, Louis s’installe à Maison du Val, continue à vendre son bric-à-brac sur les routes, mais y ajoute les bons fromages façon brie, le beurre et la crème fraîche fabriqués par sa belle-mère, ainsi que des fromages produits et achetés dans d’autres fermes voisines. Ses fromages se vendent tellement bien, que Monsieur Bailleux a du mal pour satisfaire la demande de ses clients…. Afin d’y remédier, et vu que le troupeau de vaches des beaux-parents (une vingtaine) ne pourra jamais satisfaire la demande en lait, Louis Bailleux décide d’acheter du lait aux paysans dans les fermes environnantes et de le transformer en fromages. Le pari est risqué pour l’époque car cela demande une infrastructure et de la main-d’œuvre. Très vite, les choses se mettent en place: les tournées de ramassage du lait, les accords avec les cultivateurs et même la petite ferme-auberge-relais est transformée de fond en comble en 1856, avec la construction de vrais bâtiments de fromagerie comportant diverses salles de fabrication, de salage, d’affinage, d’emballage et de stockage. Il faut aussi embaucher des ouvriers, un comptable et installer une chaudière. Les vraies affaires peuvent commencer, le commis-voyageur devient industriel-laitier. Il fabrique ses propres fromages dont la réputation est déjà faite grâce à sa belle-mère.

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À ses débuts en 1856, la laiterie que nous appelons désormais Bailleux-Adrien transforme quotidiennement 60 litres de lait seulement, mais la multitude des collectes aidant, ces quantités vont passer à 6000l/jour en 1868, ce qui est loin d’être négligeable pour l’époque. Mais pour augmenter les quantités de lait ramassé, il faut aller de plus en plus loin, d’où l’idée de M. Bailleux de créer une seconde fromagerie à Courtisols, dans la Marne. Le démarrage en 1866 de la nouvelle fromagerie est modeste avec 160 litres de lait transformé par jour, avant d’atteindre 3000 litres journellement en 1868.

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Le 07 décembre 1868, un incendie va ravager les bâtiments de la fromagerie de Maison-du-Val. Mais, très vite, vers 1870, la laiterie est entièrement reconstruite avec l’argent des indemnités des assurances et un prêt bancaire. Les nouveaux bâtiments sont plus fonctionnels et mieux adaptés. Des écuries sont construites à proximité, une nouvelle porcherie, ainsi qu’une grande maison d’habitation. En 1873, le ramassage du lait se fait sur plus de 130 communes de la Meuse et de la Marne, il est fourni par 2641 cultivateurs, et 22000 litres sont transformés quotidiennement. Plus de 1000 tonnes de fromages sont fabriqués. L’expansion et les investissements continuent, la diversification des produits s’impose d’elle-même.

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Construction et mise à disposition d'un monastère contre le secret de fabrication d'un fromage !

Louis Bailleux va prendre contact avec les moines trappistes de l’abbaye du Port-du-Salut à Entrammes dans la Mayenne, qui savent fabriquer un fromage plus ferme,plus facile à conserver, et d'un emploi plus aisé. Monsieur Bailleux va alors proposer aux Trapppistes de venir à Maison-du-Val pour y lancer la fabrication de Port-Salut et va leur offrir une partie de ses propriétés pour y construire un monastère. Les moines arrivent et s‘installent, les travaux débutent en 1876. Très vite, les religieux se rendent compte que leur travail à la fromagerie est incompatible avec l’exercice de leur foi et décident de retourner en Mayenne en décembre 1877. Le départ des pères trappistes ne signifie pas cependant l’interruption de la production de Port-Salut. Louis Bailleux peut fabriquer en exclusivité ce fromage, moyennant une redevance au monastère de La Trappe. Très vite, en 1878, la marque est déposée au greffe du Tribunal de Commerce de Laval. Les fromageries Bailleux-Adrien sont en pleine expansion, les récompenses aux divers concours agricoles sont nombreuses. Louis Bailleux possède un entrepôt de gruyères au 118, rue des Carrières à Charenton, ainsi qu’un comptoir de vente, rue Française, dans le deuxième arrondissement de Paris.

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Ne pouvant gérer tout seul son entreprise, et n’ayant pas d’enfants pour prendre la relève, Louis Bailleux pense alors à confier un poste de responsabilité à l’un de ses neveux : Cyrille Desoutter. Une page se tourne, la relève est assurée… Louis Bailleux décèdera à Nice en 1919, à l’âge de 91 ans, laissant derrière lui à sa famille une affaire florissante.

[Historique de M. Bernard Wagner d’après ses archives personnelles, souvenirs, photos et documents et Serge Schéhadé pour la rédaction, les vérifications et la mise en page]

(1) Flore-Anna Adrien est née à Maison-du-Val en 1834.

Date de dernière mise à jour : 21/05/2016

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