Camembert Museum

Malauzat cp1nv (61 rue ramey)

MALAUZAT, CREMERIE, 61 RUE RAMEY, PARIS 18ème. (lire informations dans crémiers et crèmeries de Paris)


DIMANCHE 17 NOVEMBRE 2019 :   Mise à jour de notre liste des codes des fromageries du TARN (81), contribution de M & Mme Gérard. À découvrir aussi notre nouvelle page dédiée aux crémiers parisiens avec de nouvelles images et de nouvelles étiquettes de fromage. Histoire de la fromagerie Toussaint Lecellier par notre ami Gérard Clouet. 


1897 lecellier marque 3

FROMAGERIE LECELLIER TOUSSAINT [LA FERRIÈRE-AUX-ÉTANGS]

par Gérard Clouet

Fils d'un couple d'agriculteurs installé au village de « La Ribardière » à Banvou, Toussaint Lecellier est né en 1862. Fait encore peu courant à cette époque, il obtient son certificat d'étude en 1878. Il déclare exercer la profession d'agriculteur quand il part en novembre 1883 effectuer son service militaire au 31ème Régiment d'Artillerie caserné au Mans pour une durée de 5 ans comme le veut la loi Cissey de 1872. Il devient brigadier en février 1885 puis Maréchal des logis (grade équivalent à celui de sergent dans l'infanterie) en septembre de la même année. Libéré de ses obligations militaires en février 1887, il se marie à Banvou en juin 1889 avec Eugénie Letourneur. Les jeunes mariés s'établissent sur la ferme familiale à « La Ribardière » où naît Raphaël leur fils aîné en 1890*1. Cette même année sa sœur Eugénie née en1865 se marie avec Isidore Barré avec qui elle fondera une fromagerie à Champsecret au lieu dit « La Vente »*2 Le couple déménage ensuite à Bellou en Houlme où Toussaint exerce dès 1892 les fonctions de directeur de culture dans la ferme modèle du domaine de Dieufit créé après 1862 sur le mont d'Herre par l'industriel Jules Gévelot (1826-1904). Trois enfants naissent à Dieufit, Aline en janvier 1892 , Albert en juillet 1893, et Marie-Louise en juillet 1895 .

Toussaint Lecellier quitte ses fonctions à Dieufit vers la fin de 1895. Il est probable qu'il revient s'installer à Banvou. En effet il existe deux séries d' étiquettes de camembert pouvant dater cette période. La première, à son nom, intitulée étrangement « camembert des vendangeurs », est imprimée par Orgeval et Cie dont l'implantation au 34 de la rue Vavin à Paris est à priori postérieure à 1895. Il existe une seconde série de trois étiquettes mais cette fois au nom de son épouse E. Letourneur. Dénommée « camembert de la grande ferme de Banvou », son illustration reprend une vue photographique de l'établissement thermal de Bagnoles de l'Orne. L'une de ces étiquettes est issue de l'imprimerie Orgeval sise à la même adresse que celle produite pour Toussaint Lecellier. On peut donc raisonnablement penser que ces deux séries d'étiquettes sont datables des années 1895-1896.

Lecellier-03 (Banvou 03nv) Letourneur-02 (Banvou 12nv) Lecellier-10nv (Ferrière-aux-Etangs) Lecellier-15nv (Ferrière-aux-Etangs)

L'absence dans les archives des recensements antérieurs à 1901 ne permet pas de confirmer avec une certitude absolue leur installation à Banvou à cette époque.

Le fait que Toussaint Lecellier ait été directeur des cultures au domaine de Dieufit questionne quant aux possibilités d'y avoir fait son apprentissage de la fabrication du fromage puisque la ferme modèle Dieufit était équipée d'une laiterie intégrée *3. Cette interrogation peut être élargie à l'ensemble des fabricants de fromages qui sont apparus dans ce secteur du bocage ornais en cette fin de XIXième. En effet on ne peut que s'étonner du nombre de reconversions professionnelles qui se sont produites à cette époque au cours de laquelle la crise du textile touche sévèrement les tisserands du bocage ornais. Les boisseliers, et tourneurs sur bois sont au même moment eux aussi impactés par le concurrence des fabrications industrielles en fer blanc. Force est de constater que bon nombre de fabricants de fromages du secteur sont en effet des artisans reconvertis ou des agriculteurs ayant des liens familiaux avec des personnes s'essayant à ce type de production qui est une nouveauté dans l'économie rurale.

Ainsi la sœur de Toussaint Lecellier Eugénie épouse Isidore Barré un cultivateur de Champsecret et ensemble ils créent une fromagerie au lieu dit « La vente ». La sœur d'Isidore, Eugénie qui a travaillé avec lui épouse Victor Hochet bourrelier à Saint Bomer les Forges et eux aussi démarrent une activité de ce type. Pierre Barré qui a lui également appris le métier avec son frère aîné va s'installer et fabriquer des fromages dans le Calvados. Il est imité par Albert Rabarot natif de Champsecret qui après avoir fabriqué dans le Calvados poursuit son activité à Saint Germain de la Coudre dans la Sarthe. Tourneur sur bois et originaire de Champsecret, Victor amiard établit une fromagerie à « Noirée »  sur la commune de Saint Pierre d'Entremont. Constant Blanchet tourneur sur bois et Joséphine Collin tisserande, tous deux originaires de Banvou, fondent leur fromagerie à Dompierre. François Langlois cuilleronnier et son épouse Léonie Cousin tisserande font de même avec leur fils à « Bellevue » sur la commune de Champsecret. Dans les même temps et toujours sur cette commune les frères Bigeon Dominique et François au « Gros Douet » s'engagent dans cette voie. Et enfin Henri Dufay tisserand d'Athis s'installe et fabrique du fromage à la même époque au « Bois de Flers. *2

Pour en revenir à la famille Lecellier, leur présence en 1897 sur la ferme de « La Petite Verrerie » à La Ferrière aux Étangs est attestée puisque Toussaint dépose deux marques le 12 décembre 1897 au greffe du tribunal de commerce de Flers, l'une pour un camembert, et l'autre pour identifier ses paquets d'expédition. À en croire les mentions portées sur les étiquettes apposées sur ses camemberts, il remporte cette année là plusieurs prix à Tinchebray (61) , Nevers(58) et Paris (75). Il récidive en 1899 avec deux nouvelles récompenses dont une à Athis (61). Comme bon nombre de fabricants de fromage, Toussaint Lecellier est amené à acheter du lait dans le voisinage et se trouve confronté à la fraude :

Un article du journal de Flers et de l'arrondissement de Domfront 30 mars 1898 en témoigne : LAIT FRAUDE. M.Lecellier, fabricant de fromages, s'apercevait que le lait de certains fournisseurs était falsifié,car il éprouvait beaucoup de difficultés pour faire ses fromages. À la suite d'expériences,M.Lecellier acquit la certitude que le lait de la veuve Lecoq, cultivatrice à La Coulonche,était additionné d'eau et que cette femme le trompait aussi sur la quantité. M. Lecellier,qui estime à 600fr environ le préjudice à lui cause, a porté plainte et deux gendarmes se sont trouvés à la livraison. La veuve Lecoq déclarait livrer 6 litres de lait, alors qu'il n'y en avait que 5 litres et demi. Enfin au moyen du pèse-lait les gendarmes ont constaté que le lait était additionné de 17 pour 100 d'eau. La femme Lecoq nia d'abord, mais, pressée de questions, elle avoua mettre quelquefois de l 'eau pour remplir la mesure. Procès-verbal a été dressée contre elle.

Un article paru dans le journal de La Ferté-Macé du 23 novembre1898 rapporte à nouveau cette pratique bien tentante : INDÉLICATESSE DE FOURNISSEUR. Depuis environ trois mois,M.Toussaint Lecellier, fabricant de fromages à la Ferrière-anx-Etangs, s'apercevait au retour de ses tournées, dans le cours desquelles il va chercher son lait, qu'il était trompé en moins sur la quantité fournie. Ayant mis à part le lait fourni par chacun de ses fournisseurs,il en vint à découvrir que cette diminution provenait de la veuve Peulon, âgée de 65 ans, cultivatrice au hameau de la Buatière, à La Coulonche.Sur une moyenne de 16 litres de lait livrés journellement depuis trois mois, cette marchande le trompait de 4 litres par jour. Samedi soir,les gendarmes de la Ferrière, prévenus par M.Lecellier, se rendirent à neuf heures chez la veuve Peulon, au moment où elle livrait le lait à M. Lecellier. Celui-ci ayant mesuré avec un double litre en étain le lait qu'elle venait de lui servir, constata qu'il lui en manquait deux litres.Interrogée par les gendarmes, la veuve Peulon a déclaré ne pas savoir qu'elle trompait ainsi son client et, pour s'excuser, prétendit que la différence devait provenir de ce que sa mesure était plus petite que celle de M. Lecellier. Ayant montré le pot en terre de Ger avec lequel elle mesurait son lait,on constata qu'il tenait exactement deux litres, la même grandeur que celui de son client, mais comme on la pressait de questions, elle dut avouer qu'à chaque fois elle ne remplissait pas suffisamment le pot servant de mesure.Procès-verbal lui a été dressé pour tromperie sur la quantité de la marchandise livrée.

Un autre article du journal déjà cité de Flers et de l'arrondissement de Domfront du 13 décembre 1899 apporte un éclairage sur une variante de ce type de fraude : LE DANGER DE L'ECREMAGE OU L'ERREUR D'UNE JOUVENCELLE. Bunoust Marie, femme Villette, 57 ans, épicière et cultivatrice au bourg de La Ferrière-aux- Etangs, vendait son lait à M. Toussaint Lecellier, fabricant de fromages à La Ferrière. Il y a quelques mois, le fabricant remarqua avec déplaisir que ses fromages se fabriquaient très difficilement en conséquence une surveillance. Le matin du 7 août, le domestique de M. Lecellier, arrivant à l’improviste chez la femme Villette, surprit sa bonne, Georgina Normand, 16 ans, qui, consciencieusement écrémait le lait qu’elle allait lui livrer dans quelques instants, D'anciennes bonnes de la femme Villette ont rapporté avoir vu souvent celle-ci se livrer sur quelques pots de lait à la même opération que l'ingénue jouvencelle ; la prévenue prétend que dans ce cas elle gardait le lait pour elle. La jeune Normand déclare qu’ayant vu sa patronne écrémer des pots de lait, elle avait, très innocemment, cru bien faire en l’imitant sans la consulter. La femme Villette nie vivement avoir livré du lait écrémé à M. Lecellier, et elle attribue à une erreur de sa bonne l’incident du 7 août. M. Lecellier dit avoir subi un préjudice de 1,000 francs. Le Tribunal écrème à son tour la femme Villette en la condamnant à 60 francs d'amende et la jeune Normand à 16 francs de la même peine, mais la naïve demoiselle bénéficie de la loi Bérenger. Défenseur : Me Gallot »

Cinq nouveaux enfants vont agrandir la famille Lecellier à La Ferrière aux Etangs : Louis en1897*4, Raymond1898*5 , Juliette 1900, André 1903, Germaine 1904. Le recensement de 1901 indique que la ferme emploie 9 aides de culture, dont 6 hommes âgés de 20 à 60 ans et 3 femmes âgées de 11 à 27 ans.

En 1905 toute la famille quitte La Ferrière aux Etangs pour s'établir dans la Sarthe au nord du Mans en tant que fermier à « La Houtière» sur la commune d'Aigné où elle est recensée en 1906 puis en 1911. Avec la naissance de Georgette en 1906, puis de Renée en 1909 la famille compte 11 enfants. Aucune information disponible ne permet de penser que Toussaint Lecellier a poursuivi la fabrication de fromage pendant toute la période où il a été installé dans la Sarthe. Le recensement de 1921 établit que la famille Lecellier n'habite plus Aigné qu'elle a probablement quitté au cours de la guerre 14- 18 pour s'installer dans le Cher (18).

*1 Raphaël de la classe 1910 est rappelé en août 1914. Il est envoyé en 1916 sur le front d'Orient où il meurt en 1918 des suites de la grippe espagnole en Serbie, *2 voir articles du même auteur , *3 Les Fermes Modèles du XIXème siècle. Pierre Brunet, pp 23-32.  *4 Louis classe 1917 Incorporé en janvier 1916 .Facteur PTT à Bourges, *5 Raymond classe 1918 est incorporé en mai 1917, évacué pour grippe espagnole en octobre 1918. Mécanicien à Ourouer les Bourdelins (18). Résistant FFI.( recensé FFI GR 16P 348938).


 

 

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 17/11/2019

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