Camembert Museum

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Arnaque.....rien de nouveau sous le soleil par Gérard Clouet.

Les messageries sur Internet servent assez régulièrement de vecteur pour une forme d'escroquerie que l'on pourrait appeler « l'arnaque du magot partagé ». Le procédé est simple: on reçoit dans sa boîte aux lettres un message d'une personne inconnue ( une princesse africaine, un homme d'affaire d' un pays quelconque etc....) qui vous confesse être  en but à des vicissitudes ou des tracasseries l' empêchant de disposer d'une fortune qui lui revient ou qu'il a pu dissimuler. Et c'est vous qui êtes choisi  (en raison de vos qualités de cœur bien évidemment) pour aider à débloquer la situation. En contrepartie de quoi, une part conséquente du magot vous est promise.... moyennant une petite aide financière pour aplanir les tout derniers obstacles. Bien entendu celui qui mord à l'hameçon persuadé de faire une bonne affaire, ne voit jamais rien revenir; ni sa mise de fonds, ni la part promise de la fortune qu'on a fait sournoisement miroiter. Et contrairement à ce que le bon sens pourrait laisser croire, il arrive que cela marche. Cette forme d'arnaque n'est cependant pas spécifique du Web.....et elle ne date pas non plus d'hier. Qu'elle n'a pas été notre surprise  - à Michel Lebec et à moi même- en dépouillant les archives de la fromagerie Lavalou du Bourg saint Léonard (61) déposée aux archives Départementales de l'Orne de trouver dans la correspondance  de 1912  une lettre qui était du même tonneau que ce qui a été décrit en préambule.* Jugez-en !

Madrid, le 16-5-912

Monsieur.

Prisonnier ici pour faillite, je viens vous supplier de venir ici lever la saisie de mes bagages en payant au greffe du tribunal les frais de mon procès pour vous emparer d'une valise qui contient un secret dans lequel j'ai caché les pièces indispensables pour retirer une somme de 800 000 francs   que j'ai dans une malle qui se trouve en depôt dans une gare en France. En récompense, je vous céderai le tiers de la somme. Dans la crainte que ma lettre ne vous arrive pas, j'attendrai votre réponse pour signer mon nom et vous confier tout mon secret. Je ne puis pas recevoir votre réponse en prison, mais vous enverrez une dépêche à une personne de confiance qui me la remettra en toute sécurité. Dans l'impatience de votre réponse je ne signe donc que R. Raison majeure télégraphiez n'écrivez pas, est la plus absolue discrétion comme suit : Pedro Canteral . Mondez Alvaro -40- Madrid ( Espana) « tout arrivée » Lavalou.

A n'en pas douter Jean-Marie Lavalou et son épouse qui assurait le suivi de la correspondance ne se sont pas laissés abuser par cette supplique tant ici la manœuvre apparaît grossière. Sources: * Fonds Lavalou 243J AD 61


SAMEDI 16 JUIN 2018 : Mise à jour de notre liste des fromageries des LANDES (40), ainsi que la liste des codes des fromageries du Gard (30), la plus complète connue à ce jour, contribution de M & Mme Gérard. Escroquer les fromagers une tâche facile ? à lire sur cette page la petite notice que nous adresse Gérard Clouet. À découvrir aussi, l'histoire de la fromagerie Désiré Année du Renouard, par notre ami Michel Lebec. 


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FROMAGERIE ANNÉE LOUIS DÉSIRÉ [LE RENOUARD 61] par Michel Lebec

Louis Désiré Année naît le 23 septembre 1846 à Garnetot (14), commune où Thomas Louis Cyrille Paynel, descendant de Marie Harel,et Marie Léonide Blivet sont cultivateurs. Louis Désiré est le fils de Louis Pierre Philippe Année et de son épouse, Marie Mathilde Leroy. De cette union naissent ensuite Louise Arthémise en 1849 puis Jules Armand, en 1853, sur lesquels nous reviendrons plus loin. Prenant Désiré comme prénom d'usage, il se marie avec Alexandrine Cavey née au Renouard (61) qui habite à Montpinçon(14) chez son père Léon Cavey, où le jeune couple va résider un temps. C'est dans cette commune que naît leur première fille Juliette Désirée en 1870. Dans les années qui suivent, ils partent s'installer dans une commune voisine sur une ferme à Saint-Martin-de-Fresnay, Leur seconde fille, Marthe Anna Maria y naît en 1876. En 1881 la famille est recensée à Garnetot au hameau de La Houssaye où naissent successivement Fernande Renée Rachel en 1884, Alice Clotilde Hélène en 1885, Denise en 1890 et Joseph Serge Amaury en 18911. Désiré sera maire de cette commune.

C’est là que le couple commence la fabrication de camembert. Puis autour des années 1895 il part pour Le Renouard et s'installe sur la ferme de Léon Cavey ; ferme que ce dernier avait louée, début des années 1860, à Louis Pierre Année, père de Désiré avant de partir pour Montpinçon. Louis Pierre, né à Neauphes-sur-Dives en 1801, meurt en 1868. Son épouse continue quelque temps à exploiter la ferme avant que Léon Cavey ne la reprenne. Il décède le 18 janvier 1906 à l'âge de 81 ans.

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Il est construit, sur la propriété de Léon, au hameau de La Vignette, une fromagerie. En 1911, Désiré a six employés. La fromagerie est équipée d'une machine à vapeur dans les années 1915. La question du prix d'achat du lait aux producteurs a toujours été une préoccupation des fabricants de fromages pour se procurer leur nécessaire matière première. La concurrence n'excluait cependant pas de rechercher une « certaine » entente. Pour preuve cette lettre en date du 4 janvier 1903 de Désiré Année à Jean Lavalou2

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Le 4 janvier 1903

Monsieur Lavalou au Bourg

Dans le temps vous m’avez répondu j’espérais vous rencontrer à Argentan afin de vous parler de vive voix. Je vous ai dit le prix que je payais le lait dans le temps et vous vous ne me l’avez pas dit le mois présent en vous ? que je le payais encore 25F, j’ai répondu que je le payais au courant de la contrée car je voudrais le payer que 4 ou 4 ½ pensant ce que vous le payez. Ne croyez pas que je vous fais de la concurrence lors que j’ai commencé à prendre du lait à Méry. C’est celui qui me le charrie qui s’en occupe car moi je ne connais pas les clients, je n’ai affaire qu’à lui.

Son fils, Amaury ANNÉE au moment de son incorporation en 1912 déclare être fromager au Renouard. En raison d’un état de santé déficient, il est affecté au 4ième escadron du train où il est promu brigadier en 1913. Il est malgré tout mobilisé en 1914 et il effectue toute la guerre dans différents régiments d'artillerie avant d'être libéré en avril 1919. Il reprend, alors, avec son épouse Marie Thérèse Picard, l'affaire familiale pour la céder, en 1927, à Robert Diard de Montreuil-Bellay (37). Le couple part habiter Lisieux (14) dès 1928.3 L'acquisition en 1927 de la fromagerie Amaury Année par Robert Diard ne tient probablement pas du hasard. En effet, Anatole Picquot, l'oncle d'Amaury étant fromager à Montreuil-Bellay, il est envisageable qu'il ait pu informer celui-ci de la vente par son neveu d’une fromagerie au Renouard? En mai 1928, Robert Diard s'associe avec André et Jacques Griffaton. Ils créent la  Société Lactaire du Renouard Diard – Griffaton & Compagnie.4

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Sa sœur, Alice ANNÉE se marie en 1907 avec Henri Raoul Carel, cultivateur au Renouard. Le jeune couple reprend, en 1916 à Habloville (Orne) la fromagerie Durand-Lecacheux qui devient CAREL- ANNEE. L'affaire dure quelques années seulement et ferme en 1921.5 Quant à la sœur et au frère de Désiré Année, évoqués au premier paragraphe de ce texte, Louise Arthémise ANNÉE se marie, en 1868, avec Pierre-Anatole Piquot, marchand de fromage, hameau du Billot, à Notre-Dame-de-Fresnay (14). Ils ont un fils, Raoul, né en 1874. Louise décède en 1882. En avril 1908, lors du mariage, au Renouard, de sa nièce par alliance, Fernande Renée Rachel Année, avec Jean Gaston Descazeaux, Anatole Piquot, (écrit Picquot) est le témoin de la mariée et il déclare à cette occasion être fabricant de fromage à Montreuil-Bellay.6

En ce qui concerne Jules Armand ANNÉE, cultivateur au Renouard, avec sa mère, il prend pour épouse Ina Vitaline Alliot, de Tournai-sur-Dives (61), sœur de Marie Louise, épouse d’Edmond Seigneuret, fromager à Hottot-en-Auge (14). Le couple a trois enfants : Maurice naît en 1885 à Saint-Gervais-des-Sablons (61), Raoul en 1889 et Raymond en 1891, tous les deux à Tournai-sur-Dives. Après avoir été cultivateur à Saint-Gervais-des-Sablons (61) on retrouve, en 1894, Jules Année à la fromagerie du Château, appartenant à M. de Forceville, au Bourg Saint-Léonard (61), dont il est le gérant pendant quelques années.Il est à noter que M. Derouin, grossiste en fromage aux Halles de Paris, sollicite, par courrier, en date du 10 septembre 1894, M. Jules Année, pour qu'il lui vende des camemberts et lui en précisant que c'est sur recommandation de son père de Garnetot. (en fait il doit plutôt s'agir de son frère, leur père étant décédé).1 Puis il quitte le Bourg-Saint-Léonard pour aller, ensuite, à Saint-Étienne-de-Montluc (44) près de Nantes, probablement employé à la fromagerie Bénard. Nous aurons l'occasion de revenir sur Jules Année ainsi que sur ses descendants et sans oublier Robert Diard.

Bibliographie : 1 Archives départementales du Calvados  2 Archives départementale de l’Orne, fond Lavalou  

3 Michel Lebec Fromages et Fromageries du Pays d’Auge des années 1870 à nos jours.

4Serge Schéhadé Camembert-Muséum.

5 Gérard Clouet Historique de la fromagerie Carel-Année, Habloville.

6 Archives mairie du Renouard 61

Par Michel Lebec [Camembert-Museum, première publication le 25 mai 2018.

 

 


 

Date de dernière mise à jour : 16/06/2018

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