Camembert Museum

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DIMANCHE 21 JANVIER 2018 : Histoire de la fromagerie GEHAN, les Moutiers-Hubert (14), par Madame Joëlle Philippe. Troisième et dernière mise à jour de notre liste du DOUBS, contribution de M & Mme Gérard. Voir aussi les nombreux nouveaux codes des fromageries de l'Allier (03). Collectionneurs de Paris et d'île-de-France, Camembert-Museum organise sa première bourse d'échanges d'étiquettes de fromage, le dimanche 28 janvier 2018, de 8h30 à 11h30 dans un café proche de la Porte d'Auteuil. Inscrivez-vous en appelant le 06.07.04.96.84 ou par la fiche contact du site. Nombre de places limité à 10 personnes seulement. Nous achetons aussi des collections entières.


GEHAN ODETTE & MAURICE [ FERME LA COUR, LES MOUTIERS-HUBERT 14]  

Les Moutiers-Hubert est un charmant petit village de 49 âmes niché dans une vallée où serpente le fleuve côtier " La Touques ". Celle-ci arrive à l'embouchure de la mer entre Trouville-Deauville, ce fleuve sépare ainsi les deux villes et fait également partie du réseau « Natura 2000». On peut voir à la mairie le dernier loup naturalisé tué dans le massif forestier en 1868, animal mythique dans les forêts du pays d'Auge, car un procés verbal atteste que l'oreille et la patte de chaque animal tué sont coupées en présence du maire. Sur la "Touques" se trouvait un moulin à blé (1833) démoli en 1860. Il est remplacé par une fabrique de papier à base de chiffons. L'énergie était produite par un barrage sur le fleuve. L'usine perdure jusqu'en 1918 et employait une centaine d'ouvriers. Le manoir de Chiffretot construit en pans de bois emblématique du Pays d'Auge, date du XVI éme siécle. Non loin se trouve un pigeonnier (1605) carré édifié en pierre de taille (l'un des seuls du Pays d'Auge). Un prêtre y fut emprisonné pendant une vingtaine d'années (propriété privée). Du Prieuré des Houlettes (Sa fondation est probablement antérieure au X éme) subsiste seulement une croix. Les parents déposent des chaussons, chaussettes de leurs enfants qui tardent à marcher. 

Maurice GEHAN (1911/1978) et son épouse Odette DOREY (1911/2011) mariés à la Brévière (14) s'installent à la ferme  « La Cour » aux Moutiers Hubert, dans le Calvados en 1939. Odette a étè initiée par son grand-père Gustave FORTIER (1861/1944) qui fabriquait dans une ferme voisine du livarot qu'il livrait en blanc. Il a été tué en même temps que sa femme lors des bombardements du village des MOUTIERS-HUBERT en 1944. La ferme " La Cour " est léguée à Odette en héritage de sa grand mère maternelle Philomène DOREY (1885/1981). La production laitière est assurée par une quinzaine de vaches laitières élevées sur une petite exploitation de 20 ha. Elles produisent une centaine de litres de lait par jour, les époux GEHAN sont secondés dans les  travaux de la ferme  par leur fils Bernard GEHAN  juqu'à son mariage en 1960. Toute la production est employée à la fabrication de livarot livrés en blancs et ainsi qu'à la fabrication de beurre. Le livarot est fabriqué tous les jours à partir de lait cru, à raison d' une douzaine de livarots par jour. Le restant du lait produit est écrémé pour faire du beurre.

Maurice-Odette-Bernard Gehan 1947

Le bâtiment servant à fabriquer le livarot, la crème puis le beurre, est juxtaposé à une source  intarissable qui descend de la colline en amont de l'exploitation elle aboutit à  un lavoir qui sert pour différents usages pour la fromagerie. Une petite buanderie donne sur le lavoir. Elle est équipée d'un chaudron en fonte d'environ 200 litres chauffé au bois  (provenant des bois de Maurice GEHAN et son épouse). L'eau chaude est utilisée  pour le nettoyage de l'écrémeuse, des moules en fer, et d'autres petits matériels. Le rinçage se fait au lavoir : pas de frais pour l'eau puisqu'elle est gratuite, potable, et surtout à portée de main. À l'intérieur du bâtiment un long couloir dessert les espaces utilisés pour la fabrication du livarot et du beurre. Pendant la Guerre 1939/45, faute de carburant le beurre est  fabriqué à la baratte à main, Le lait est mis dans des jattes en grès d'environ 6 à 8 litres. Le matin, on prélève la crème pour la mettre dans des pots, puis  transvasée dans la baratte à beurre.  Le lait du soir, non écrémé, est mélangé avec du lait du matin.

 Après la guerre, Maurice GEHAN et son épouse investissent dans une écrémeuse à moteur essence (Alfa -Laval) et une baratte également à moteur essence (Bernard). Deux  dalles en bois d'environ 4 à 5 m de long sont installées, avec un rebord de 10 cm de pente  pour faciliter l'égouttage des fromages sur des pieds en briques de pays. Des trous d'aération se trouvaient en haut du mur du bâtiment au bout ; Ils sont invisibles aujourd'hui car ils ont détruits pour édifier une réserve à bois.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            

Une canalisation en terre cuite est construite à partir de la fromagerie vers la porcherie, située en contre-bas de la ferme. Cette canalisation achemine le sérum de l'écrémage. Il arrive dans un bassin en briques cimentées d'une contenance de 200 à 300 l. Odette, Maurice ou Bernard GHEAN soutirent le sérum avec des seaux pour le déverser dans des bacs pour l'alimentation des porcs. On ajoute à ce sérum à de l'orge transformée en farine pour leur nourriture. La vente des porcs ajoute un revenu substentiel à l'exploitation. Les livarots blancs sont livrés à la laiterie Graindorge à Livarot (14), le beurre est vendu sur le marché de Livarot tous les jeudis à un grossiste Monsieur MARQUANT ou à la laiterie GAUTIER de LISIEUX (14)  dont la spécialité est la fabrication et la revente de beurre fermier.

La fabrication du livarot et du beurre s'arrête en 1958, mais le lait continue à être vendu à la laiterie Graindorge à Livarot jusqu’en 1970. Odette Gehan suite au décès de son époux continue à résider dans l'habitation de la ferme. Elle loue tous les terrains à des fermiers voisins. Et comme elle n'a pas son permis de conduire, après le décès de son époux elle conduisait le tracteur de la ferme pour aller faire ses courses au village voisin. Elle est décédée deux jours avant d'atteindre ses cent ans...

Sources: (1) Entretiens avec Bernard GEHAN en Mai et Septembre 2017. (2) Le patrimoine des communes du Calvados: Basse-Normandie  -Editions Flohic- tome II   Page 1118

par Joëlle Philippe, Janvier 2018 [Camembert-Museum, première publication le 20 janvier 2018.


Beauvain (ChesnaisRoyer-11nv)

CHESNAIS ROYER LA FERTÉ MACÉ, BAUVAIN & MESDEMOISELLES CHESNAIS LA FERTÉ MACÉ.

Dans la famille Chesnais, si le frère fabrique des fromages, les trois sœurs en vendent....

Au moment de son incorporation en décembre 1884 au 36ème RI de Caen (14), Théodore Chesnais (1863-1920) exerce comme son père Jean, originaire de Champsecret (61), la profession de tourneur en bois au faubourg Saint Maurice à La Ferté-Macé (61). Libéré de ses obligations militaires en septembre 1888, il va alors changer totalement de métier.  En effet, lors de son mariage à La Ferté-Macé en 1892 avec Anna Royer (1874-1922), il déclare être marchand de fromage au Faubourg Saint Maurice. Rapidement, à en croire les mentions portées sur les étiquettes, le couple obtient des récompenses pour ses fromages, dès 1895 à La Ferté-Macé, à Marseille (13) en 1896, puis Nice (06) et Lyon (69) en 1897.

En 1901 le couple est toujours installé faubourg Saint Maurice et mentionne cette fois qu'il est fabricant de fromage. Il emploie un domestique et un journalier. En 1903 dans une lettre qu'il adresse à Jean Lavalou, Le Rousse, ancien facteur assermenté aux halles centrales de Paris, déclare à propos d'expédition de camemberts qui lui sont faites : « je reçois régulièrement[....]de  Chesnais de Bauvain »*1. Ces envois sur Paris se font nécessairement à partir de la gare de La Ferté-Macé. Cette correspondance laisse à supposer que le couple a acheté une ferme à Bauvain au lieu-dit « Les Aulnays » après 1901. En 1906, bien qu'il continue à fabriquer du fromage, Théodore Chesnais indique être propriétaire exploitant et recourt à l'aide de 2 domestiques. De fait il mène de front une activité de fabricant de fromage et celle d'agriculteur*2. Une fromagerie avec hâloir de 50m2 en briques rouges est construite et un témoignage affirme qu'en 1908 Théodore fait chaque jour une tournée de ramassage de lait avec une carriole dans les fermes des environs*2. Des porcs sont élevés sur la ferme, probablement engraissés avec les sous-produits de la fabrication de fromage. Ils sont vendus aux charcutiers du voisinage dont celui du Grais.

Orne-03nv (Chesnais Royer) Orne-02nv (Chesnais Royer) Orne-01nv (Chesnais Royer)

La même année les trois sœurs de Théodore Chesnais, Marie 39 ans, Louise 32 ans, Julie 30 ans, les unes et les autres jusque-là sans profession, sont recensées à La Ferté-Macé en tant que marchandes de fromage. Il en est de même lors du recensement de 1911.  Elles vendent sous la marque « camembert des trois normandes » avec la mention Mlles Chesnais. En 1911 le couple Chesnais-Royer est toujours aux Aulnays, et confirme être propriétaire exploitant mais n'emploie plus de personnel. La fabrication a dû continuer pendant la guerre de 14-18, mais elle cesse en 1918 puisque les locaux n'ont plus, à ce moment-là, de statut commercial. Un témoignage recueilli en 1955 auprès de Fernand Besnard apporte un éclairage. Fait prisonnier le 22 août 1914 à Ethe en Belgique, ce dernier rentre de captivité fin 1918.  Il trouve à être employé en 1919 comme domestique chez Théodore Chesnais.  Il affirme qu'à cette date « la fromagerie ne fonctionnait plus. Il ne subsistait qu'une exploitation agricole avec une jument, 3-4 vaches et des élèves, plus du labour à La Pigeonnière »*2. Il quitte ses fonctions après le décès de Théodore Chesnais en 1920 à l'âge de 57 ans.  Quant à Anna, l'épouse de Théodore, elle disparaît à son tour en 1922 à 48 ans. La ferme est vendue dans les mois qui suivent. Le hâloir est détruit plus tard.

Quant aux demoiselles Chesnais faute d'information, on ne sait jusqu'à quand leur commerce a perduré. L'illustration figurant sur les deux étiquettes connues de cette fromagerie des Aulnays est assez fidèle à la réalité en ce qui concerne la maison d'habitation située en bordure de la départementale 19. La grande girouette est toujours là, même si elle a été déplacée et implantée au centre du bâtiment à l'occasion de la réfection de la toiture* 3. Le petit édicule qui figure en arrière-plan à droite de la ferme est un lavoir utilisé par les habitants du village des Aulnays. Le reste est plus fantaisiste. Le hâloir est bien situé sur le côté ouest de la cours arrière mais sans être aussi long. Il y a bien une ligne de chemin de fer, celle de Briouze à Bagnoles de l'Orne, qui longe la ferme un peu plus au nord mais pas en ligne de crête…quant au résineux et à la grille qui entourent les bâtiments il s'agit d'une pure fiction.
 

Sources. *(1). Archives Lavalou AD 61. 243 J  * (2). Ch. Oriot :rapport d'expertise 08/04/1972. 16 pages. Greffe du tribunal de Grande Instance Alençon (archives famille Martin) * (3). Martin Christelle ( communications personnelles).

Recherches et rédaction 2016-2017 Gérard CLOUET [Camembert-Museum, première publication le 08 janvier 2018).


 

 

 

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 21/01/2018

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