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DIMANCHE 21 AOÛT 2022 : DÉCOUVREZ AUJOURD' HUI LE CHAPITRE IV DE LA SAGA LEPETIT CONSACRÉE À AUGUSTA LEPETIT (1877-1939) & PIERRE FORTIN; UN ARTICLE SIGNÉ GÉRARD CLOUET ET MICHEL LEBEC. DÉCOUVREZ AUSSI NOTRE NOUVELLE PAGE EN COURS DE CONSTRUCTION INTITULÉE IMAGES AVEYRONNAISES.


EXPOSITION MUSÉE DU CAMEMBERT À VIMOUTIERS (61).

du 7 mai au 31 octobre 2022.

                                               

LA MAISON LEPETIT.

II- LES SUCCESSEURS :

D’une façon ou d’une autre les quatre enfants d’Auguste et de Léontine ont connu une destinée professionnelle toute ou partie liée à l’industrie fromagère.

 Henri lepetit 6121  1- Henri LEPETIT (1874-1937) : l'aîné, obtient en 1887 un certificat d’études secondaires qui inclut des connaissances d’anglais. Sa fiche militaire au moment de son incorporation dans le 3ième bataillon d’artillerie à pied de Cherbourg en 1895 indique qu’il est fabricant de fromage. Libéré en septembre 1898, il revient à Saint Pierre et reprend sa place au sein des activités familiales. Il prend un peu plus tard la direction de Saint Maclou. De son mariage en 1902 avec Marie MARAIS (1882-1964 ) originaire du Mesle sur Sarthe (61) naissent quatre enfants : Robert en 1902, Andrée en 1903, Henri en 1905, Maurice en 1906 (décédé 1914). Henri participe avec sa mère à la fondation du Syndicat des Fabricants du Véritable Camembert de Normandie en 1909 et en raison de son expérience professionnelle déjà bien affirmée il en devient vice-président (*1) .

En application de la donation partage de 190, le domaine de Saint Maclou et la fromagerie lui échoient. Fromager industriel déjà reconnu, et fortement investi professionnellement, Henri est fait Chevalier du mérite agricole en 1912 (*2) .

En 1914, à l’usine de Saint-Maclou 15 000 litres de lait sont collectés chaque jour dans les environs auxquels viennent s’ajouter les 1.000 litres de la production des fermes. Elle emploie 85 à 90 ouvriers et la production quotidienne atteint de 7 à 8000 fromages en 1914 (*3). À cette époque selon le journaliste de la Revue Lexovienne Illustrée, la fromagerie de Saint-Maclou est « une sorte de petite ville autonome qui subvient elle-même à la plupart de ses besoins. La force motrice lui est fournie par une machine à vapeur monocylindrique de 40 chevaux et occasionnellement par une seconde machine de secours. Une dynamo Gramme fournit partout la lumière, actionne les monte-charges et les pompes. L’installation frigorifique comprend un compresseur et un appareil à saumure. Une salle d’écrémage et de beurrerie munie de deux écrémeuses, d’un réfrigérateur et d’une baratte Garin de 2000 litres permet l’utilisation en beurre de l’excédent de lait pendant les mois d’été. La production journalière est alors de 600 kilogs de beurre d’excellente qualité. Un laboratoire est pourvu des instruments utiles à l’analyse du lait. La quantité considérable d’avoine et d’orge nécessaire à l’alimentation des chevaux et des porcs est reçue dans un silo à grains.[...] On achève en ce moment à Saint-Maclou d’immenses citernes à cidre en ciment armé à revêtement intérieur de verre qui pourront contenir le jus des quelque 20.000 hectolitres de pommes qu’en moyenne année on récolte sur la propriété. Les services annexes ne sont pas moins importants. Dans l’atelier de charronnage est fabriqué de toutes pièces le matériel roulant, voitures, banneaux, charrettes, brouettes, etc., et l’on y procède aux réparations fréquentes que nécessite obligatoirement une exploitation journalière et intensive. A côté, on trouve la maréchalerie et le ferrage, plus loin, l’atelier de ferblanterie où se fabriquent et se réparent bidons, bassins et moules ; l’atelier du menuisier des soins duquel relèvent la confection et l’entretien des dalles à fromage, des planches, claies et hâloirs ; la lingerie ; la buanderie où se lessive par monceaux le linge du personnel ; l’atelier d’ajustage avec son outillage complet qui permet les réparations courantes aux machines, etc., etc., tout en un mot ce qui est nécessaire ou simplement utile à la marche régulière et méthodique d’une grande industrie. »

Cidre lepetit 6131 Calavados lepetit 6128

La laiterie fromagerie dispose d’une charronnerie et comporte même un atelier de mécanique qui assure les réparations des matériels et des véhicules . La déclaration de guerre vaut à Henri d’être mobilisé en août 1914 avant d’être renvoyé dans ses foyers en décembre. Il est rappelé à nouveau en 1917 et affecté au corps des travaux agricoles en 1917. Il a donc pu, pendant cette période, épauler sa mère et deux enfants agrandissent la famille : Jean-Roland en 1915, et Odyle en 1918. L’entreprise subit de plein fouet les effets de la mobilisation massive de 1914 et des années qui suivent. Des 90 ouvriers employés en 1914, il en reste seulement 44 en 1917 (*4). Au sortir de la grande guerre, la maison Lepetit a les reins suffisamment solides économiquement pour relancer la production. Dans ce contexte de reprise d’activité madame « Auguste » garde la haute main sur la vie de la maison. L’activité laitière et fromagère est prospère et Henri n’hésite pas à investir dans ce domaine. Aussi dès, 1922, il achète l’ancienne fromagerie de Fierville-la-Campagne (14), créée par J. Bessard-du-Parc, ainsi que les terres, bois et marais y attenant, soit 610 hectares . Il en fait son pavillon de chasse et y réside de septembre à février pendant la période de chasse.

Cleville fromagerie lepetit 6133

Puis en 1923 il se porte acquéreur auprès d’Hippolyte Goupil de la fromagerie de Cléville (14) qui comptait en 1921 une dizaine d’employés. Il la destine à son fils Robert. En 1926 c’est Paul Martin, (Gérardmer 88) qui en assure la direction et à cette date l’effectif du personnel a doublé. Cette même année des travaux conséquents sont entrepris : la porcherie est convertie en bâtiment agricole, et des constructions nouvelles réalisées : cave, garage, buanderie et hangar (*5). Dans les années 1930, Henri Lepetit remanie le logis du 17e siècle dans un style néo-normand très en vogue à cette époque. Après son décès en 1937, sa fille, Andrée, reprend la direction de l'usine. En 1936, on compte une quarantaine d’employés.

Calvados 1086nv Goupil Hippolyte Lepetit 03nv Cléville-03 Ane cleville 02 Lepetit-40nv Cléville 40

En mai 1924, Henri Lepetit s’investit dans la vie politique et il est élu maire de Sainte Marie Aux Anglais en remplacement de Mr Marie décédé. Il fait l’acquisition en 1927 du fonds de commerce de la fromagerie de Chicheboville créée en 1897 par Henri LERMAT, l'achalandage et la marque de fabrique (*6).

Vers 1928, il crée une usine frigorifique à Saint Pierre Sur Dives; réalisation à laquelle son frère Joseph ne souhaite pas s’associer. Cette nouvelle installation va se révéler rapidement utile pour assurer des conditions d’expédition optimisées et un ressource de revenus appréciables. La seule vente de la glace rapporte un million de francs par mois ! La société A. Lepetit et ses fils, prorogée à partir de 1916 à quatre reprises, est dissoute en 1927 et partagée entre Léontine et ses deux fils. Ne trouvant pas d’accord de partage entre ses deux fils en ce qui concerne la fromagerie des Rochers à Falaise, Léontine décide en 1928 de fonder avec eux une SARL dont le capital est de 795.000 fr (*7). À son décès cette société sera divisée à parts égales entre les deux frères. Au décès de sa mère en 1929, Henri se trouve en situation d’assumer en toute autonomie son destin professionnel. Pour optimiser le ramassage du lait, il remplace les voitures à cheval par des véhicules automobiles.

Industriel avisé et prospère, Henri Lepetit est également un agriculteur entreprenant. Adepte du contrôle laitier bon nombre de ses vaches sont primées pour leur lactation. Il est également tenant de méthodes modernes en conséquence son élevage devient vite très réputé et ses bovins remportent régulièrement de nombreux prix dans les concours régionaux et nationaux dans l’entre deux guerres.

Elevage lepetit st maclou narbonne et serpentine 1924 6119 H lepetit eleveur 6115

Agriculteur prospère il acquiert de nouvelles fermes et de nouvelles terres dont la superficie à la veille de la seconde guerre mondiale atteint un millier d’hectares. Avec le sérum issu de la fromagerie plus de mille porcs sont engraissés par an, vendus ensuite tant sur le marché de Pacy-sur-Eure que ceux de Reims ou de Paris . Les porcelets proviennent d'une nourricerie, très moderne, où les truies mettent bas. Elle fournit les porcelets aux autres fromageries Lepetit.

Henri monte régulièrement à cheval et comme beaucoup de fromagers du pays d’Auge s’adonne à l’élevage de chevaux de courses. Son écurie figure régulièrement dans les courses hippiques régionales. Avec son attelage à un cheval, il remporte le 28 juillet 1928 le raid  "Paris-Deauville" et ce face au gotha de la bonne société du monde hippique (*9). Il est élu à la société des courses hippiques de Saint Pierre sur Dives en 1929 (*10).

En 1929, au sein du syndicat de la marque d’origine du pays d’Auge, insatisfait des conditions de transport ferroviaire sur Paris, il fait tester le transport par camion qui se révèle revenir à meilleur marché dans une proportion de 30 à 40%. Il négocie avec la société des Chemins de fer - qui redoute la concurrence du transport automobile - des tarifs et des modalités de transports plus avantageux. Peu de temps auparavant, il avait réussi à faire voter par le Conseil municipal de la Ville de Paris un abaissement des droits d'octroi sur les fromages à leur entrée à Paris . (*11)

Au même moment, très attaché à son indépendance et ne voulant plus être soumis aux mandataires de Paris, Henri ouvre un dépôt à Nanterre (92) puis aux halles. En raison d’une meilleure flexibilité dans les délais de livraison, il organise le transport routier de ses fromages sur Paris. À partir de Falaise des camions à claires-voies chargent d’abord à la fromagerie des Rochers avant de passer au frigorifique de Saint Pierre sur Dives où sont regroupées les productions de Cléville et Saint Maclou et également de Bretteville et où sont aussi entreposés momentanément les invendus. L’installation frigorifique de Saint-Pierre, permet de fournir de la glace pour les transports par camions réfrigérés, et même pour les wagons. En juillet 1931 la réputation de ses différentes activités conduit dans le pays d’Auge une délégation de 45 chefs de l'Afrique Occidentale Française, et leur suite, soit en tout 90 voyageurs pour visiter la fromagerie de Saint-Maclou, et les haras des environs (*12).

Cette même année Henri Lepetit se présente aux élections cantonales dans le deuxième canton de Lisieux contre  Henri Chéron le président du conseil général du calvados (*13). Pour soutenir ses ambitions politiques, il crée un journal « La voix normande » décrit comme se recommandant du parti agraire(*14), et semblant plus particulièrement destiné à tous ceux qui s'intéressent à l'agriculture. Le journal «  Le Paysan du Centre-Ouest, » du 5 octobre 1933 le décrit comme « un journaliste de talent, et ses articles de « la Voix Normande », toujours frappés au coin du bon sens, attestent un style incisif et vigoureux, qui sait mener sans fléchir le bon combat de la défense paysanne.» La parution cesse fin 1938, un an après la mort d’Henri.

1930 livraison breguet

Toujours soucieux de la notoriété de ses produits Henri organise pour Noël 1930 ce qu’on appelle aujourd’hui un «coup de pub». Il décide d’effectuer une livraison sur Paris par voie aérienne. Un terrain sur la ferme du «Bel Air», route de Saint-Pierre à Magny-la-Campagne va servir d’aérodrome de fortune. Le chargement est effectué en présence d’Henri et de son fils Robert, sur un Bréguet, à destination de l'aéroport du Bourget. Dans la mesure où les caisses de 60 ne passent pas par la porte de l’avion il fait fabriquer en urgence à Saint-Maclou, des caisses de 30 camemberts. À la suite de cette affaire un camembert est dénommé « Avion » et fait l’objet de publicité dans la presse du 29 décembre 1933 :

                                                              « Il n'est pas de bon réveillon, Sans un camembert Avion »  Henri LEPETIT

Toujours très engagé dans la défense des intérêts professionnels des activités laitières du Pays d’Auge, il participe en 1934 à la création d’un comité du lait dont il devient vice-président. Cette même année il participe à la création du Crédit Normand, société au capital de 2.000.000 et en devient administrateur (*15). En cette fin des années 1930, la réussite économique de la famille Henri Lepetit est patente. Elle est socialement bien installée menant une vie aisée, possédant villa à Deauville, et chevaux de course.

Henri Victor Lepetit décède le 18 novembre 1937 d’une crise cardiaque à Paris. Conformément aux dispositions de leur contrat de mariage, Marie-Jeanne Marais conserve pour son compte personnel le fonds de commerce de fromagerie-beurrerie exploité à Sainte-Marie-aux-Anglais et celui de Cléville. Elle garde également la clientèle, l'achalandage, le nom ainsi que la moitié indivise avec M. Joseph LEPETIT, des noms, marques, vignettes et désignations de l'ancienne Société «  Auguste LEPETIT et ses Fils » créée en 1901.

L’activité se poursuit. En octobre 1938 les sept tournées du matin et du soir permettent de collecter 13.000 litres de lait auprès de 237 clients dont près de la moitié produisent 30 litres et moins. Les fermes Lepetit produisent plus de 10 % de cette collecte quotidienne (*16). Marie-Jeanne a la réputation d’être une femme stricte et elle entend clairement affirmer son rôle de patronne. Elle prend donc les rênes de la société et la gère sans partage.

14 Lepetit-B1nv Bretteville-sur-Dives

 

 Joseph lepetit 7629  2- JOSEPH LEPETIT (1877-1939) : Employé de commerce au moment de son incorporation en 1897, il effectue son temps d'armée de 1897 à 1899 au 3ième bataillon d’ artillerie à pied de Cherbourg (50). Joseph assure dès 1902 la direction de la fromagerie de Bretteville sur Dives. Une des étiquettes de camembert de cette fromagerie reprend le graphisme d’un des exploitants précédents : Octave Delaunay. Par ailleurs, il est très investi dans la vie sociale locale. La même année, il participe  à la création de l’Union Vélocipédique de Saint-Pierre-sur-Dives (1*). Il est élu conseiller municipal en 1905 à Bretteville (2*). Touché par la catastrophe de Courrières (62) qui provoque en 1906 la mort de 1099  mineurs, il participe à la souscription nationale lancée pour venir en aide des familles de victimes (3*).

En 1907, il épouse  Madeleine  Brière, la fille de Jacques Brière  fromager à Le Mesnil-Guillaume (14) . A la suite de la donation partage effectuée en 1909 l’ensemble foncier et la fromagerie de Bretteville lui sont attribués. Il entre également en possession de la moitié de la société A. Lepetit et ses fils fondée en 1901.

En août 1914 Joseph est à nouveau mobilisé pour toute la durée de la Grande Guerre dans différents escadrons du train où il remplit les fonctions de chauffeur automobile.Son mariage ne survit pas à cette période troublée et le divorce est prononcé dès 1916. Grièvement blessé à la fin de la guerre lors d'une collision à Hellemmes (59) avec un convoi ferroviaire, il doit être amputé du pied gauche (*4). En conséquences de quoi, il est réformé définitivement et une pension d'invalidité permanente de 80%  lui est attribuée.

Joseph se remarie en 1920 avec Renée Moulinet (1896- 1982), fille d’Ovide Moulinet  propriétaire du Haras de La Haie de Poëley et fromager à Saint-Léger-sur-Sarthe (61). Six enfants naissent de cette union: Jacqueline en 1922, Geneviève en 1923, Jacques en 1924, Pierre en 1925, Françoise en 1929 et Alain en 1936. Après la Grande Guerre il reprend ses activités industrielles et  il est élu maire  de Bretteville et le reste au moins jusqu'en 1932. Fidèle à ses engagements sociaux, il participe en 1922 à la fondation de la société musicale « La fanfare des clairons et tambours » de Saint Pierre sur Dives (*5).

Cette même année 1922 Joseph rachète à la veuve de Pierre Duchesne la ferme de Pontholin, à Mittois (14). Bien que celle-ci possède une fromagerie et un hâloir, créés par Louis  Bisson en 1872, exploités ensuite par son fils Elmire  jusqu’aux environs des années 1896, Joseph n’y fabriquera pas de camembert mais il utilisera le nom pour une étiquette à Bretteville.   A la cessation d’activité de Elmire Bisson à Boissey,  Joseph rachète  sa marque et sa clientèle de fournisseurs de lait. 

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En 1928  la Fromagerie des Rochers reste en indivision entre  sa mère, lui même et son frère Henri au travers d’une SARL au capital de 795.000 francs.   

Ses engagements extra-professionnels restent très présents dans ses activités personnelles. À Saint-Pierre-sur-Dives, il est élu en 1927 président d’honneur de l’Union Vélocipédique en tant que membre fondateur (*6). Tout comme son frère il est amateur de chevaux de courses et les siens figurent également très régulièrement dans les courses hippiques régionales. Rien d’étonnant à ce qu’il soit ré-élu en 1929 membre de la société des courses hippiques (*7).

Toujours en cette année 1929, il participe à la création de la caisse de secours agricoles mutuels de Saint-Pierre et en devient le président (*8). En 1931 son goût pour la mécanique aidant, il devient administrateur de la SA des Anciens Établissements Vasseur de Caen, spécialisés dans la vente d’automobiles, motocyclettes et bicyclettes (*9). Lors des grandes courses cyclistes de saint Pierre en 1937, pour lui rendre hommage en tant que fondateur de l’Union Vélocipédique, un prix Joseph Lepetit est créé sous la forme d’une américaine d’une heure (*10). En 1938 il devient administrateur de l’Automobile Club de l’Ouest (11*). Pour autant, Joseph reste également très investi dans ses activités agricoles et à l’instar de son frère Henri, il remporte régulièrement de nombreux prix dans les concours  locaux et régionaux tant pour les bovins que les porcs qu’il y présente. Joseph décède en 1939, laissant derrière lui six orphelins âgés de 17 à 3 ans.

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C’est son épouse Renée Moulinet qui va désormais gérer la fromagerie de Bretteville et assurer la gérance de celle des Rochers à Falaise. Selon les habitudes en usage, elle devient tant au sein de la famille que pour les employés « madame Joseph ». Les tickets d’expéditions conservés dans les archives familiales Lepetit attestent que les produits de la laiterie fromagerie de Bretteville sont expédiés un peu partout en France : Aisne, Eure, Gironde, Ille-et-Vilaine, Marne, Oise, Orne, Seine-Inférieure, Vendée,Yonne.....

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Augusta lepetit 9457André Fortin 2 (9458) 4- LES SOEURS LEPETIT : Clémence Lepetit (1876-1898) qui a épousé en 1896 Louis Fortin marchand tanneur de Saint-Pierre-sur-Dives, décède peu de temps après la naissance de son fils André qui est élevé par sa grand-Mère Léontine. Françoise, la dernière des filles Lepetit, qui se fait appeler Augusta (1883-1938) , se marie en 1912 avec Paul Lemarinier (1871-1943), un agriculteur de Villons-les-Buissons, près de Caen (14) avec lequel elle aura trois enfants.

En 1923 Augusta Lepetit s’associe avec son neveu André Fortin (1897-1968) pour constituer une société en nom collectif, (SNC) « A. Lepetit et A. Fortin » qui achète à Eugène Bossueur et Henri Hue la fromagerie de Villodon à Tournai sur Odon (*1). Dès l’acquisition réalisée, des annonces paraissent dans la presse locale pour rechercher du personnel, ainsi le 14 août 1923, dans l’Ouest-Eclair :« On demande à la fromagerie de VILLODON un bon chef de laiterie, célibataire ou marié, connaissant à fond la fabrication et l'emprésurage. S'adresser à M. André FORTIN. Saint- Pierre-sur-Dives (Calvados). Sérieuses références exigées ». En novembre 1923,c’est un forgeron que la fromagerie recherche, puis en décembre, dans le Bonhomme Normand « On demande un chef d’emballage très expérimenté, ainsi qu’un garçon d’écurie très sérieux pour soigner 20 chevaux. Bons appointements, logés et nourris, mariés ou non, s’adresser à la Fromagerie de Villodon, à Tournay-sur-Odon, par Villers Bocage, Calvados ».

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Dans les mêmes temps sans qu’on en connaisse aujourd’hui les modalités, ils s’associent également avec Auguste Marie (1874-1939) fromager installé au lieu-dit la Gaule à Cheux entre 1906 et 1911. Ensemble ils produisent un camembert portant leurs trois noms. Il est probable qu’ils achètent ensuite son fonds de commerce puisque en 1926 Auguste Marie n’exerce officiellement plus d’activité. Dès lors les papiers à entête de la société sont libellés au nom des « Etablissements Lepetit et Fortin propriétaires des grandes fromageries de Villodon et Cheux réunies » . Les expéditions notamment en direction des halles de Paris se font à partir de la gare toute proche de Noyers Bocage.

En 1926 la direction de la fromagerie de Villodon est assurée par Louis Jeanne. 14 000 litres de lait sont collectés chaque jour et 25 personnes sont employées dont 15 sont en charge de la fabrication de fromage et 6 autres en charge du lait. Cette même année au printemps, pour contribuer à réparer les dommages d’une pollution de l’Odon engendrée l’automne précédent par la fromagerie de Villodon, 10.000 alevins de truite sont déversés dans la rivière (*2). Si on en croit les nombreux courriers existants dans les archives familiales Lepetit, Augusta est très impliquée dans la gestion de la fromagerie qu’elle suit à partir du siège Lepetit à Saint-Pierre-sur-Dives où elle est d’ailleurs revenue résider.

En 1929 la SNC Lepetit et A. Fortin est transformée en société à responsabilité limitée (SARL) ( *3). Pendant toute la période de 1923 à 1939, la fromagerie obtient régulièrement des prix au Concours Général de l’Agriculture. La réussite économique conduit à agrandir l’usine vers 1930. En 1931, elle est dirigée par Pierre Voisin, qui quelques années plus tard va créer sa propre fromagerie à Évrecy. Il a 33 employés sous sa responsabilité dont 11 fromagers ainsi qu’un chef de production et un chef de hâloir.

En 1936 contrairement aux années passées, André Fortin est noté comme habitant sur place. Il revient à Henri Fléchard qui vient de la fromagerie de Saint-Hilaire-de-Briouze (61) de diriger les 19 employés dont 14 fromagers. Augusta décède en mai 1938 à Neuilly-sur-Seine, puis son jeune fils Joël meurt accidentellement en juillet.

En 1939, Paul et Marguerite les enfants héritiers d’Augusta LEPETIT, cèdent à Bernard et Roger FORTIN, les demi-frères d’André, industriels, à Saint-Pierre-sur-Dives, les 500 parts qu’elle possède dans la société Lepetit-Fortin qui devient « Les frères Fortin» (*4). André détenant toujours la moitié du capital demeure gérant. Rappelé à l’armée au moment de la déclaration de la guerre en août 1939 André Fortin est démobilisé après l’armistice, à CAHORS en août 1940. Il est plus que probable que la fromagerie ait eu beaucoup à souffrir de cette période. L’occupation allemande aggrave encore la situation et la fromagerie est cédée en 1944 à Marcel Tabard fromager industriel à Audrieux. (*5). Pendant l’occupation André Fortin réside à Caen, et toute la durée de l’ occupation il est actif au sein de la Résistance et de la Défense Passive.

La fabrication reprend et perdure jusqu’en mai 1944 avec 40 ouvriers. Pendant la bataille de l’Odon la fromagerie est occupée par des tankistes allemands. Le site est détruit en partie et la fabrication ne peut donc redémarrer. Il faut attendre septembre 1944, pour que l’activité de ramassage du lait reprenne avec pour commencer seulement 48 litres/jour, livrés à l’usine d’Audrieu, qui va désormais fabriquer le fameux « Villodon » (*6). L’affaire est vendue en 1964 au groupe SAPIEM qui transforme le site de Villodon en centre de collecte de lait. Les bâtiments à usage de chaufferie, de stockage ou de garage ainsi que les anciennes porcheries sont détruites. A la place sont construits une unité de refroidissement, des tanks à lait d’une capacité de stockage de 100 000 l ainsi qu’un logement pour le responsable du site Le centre collecte journellement 45 000 l/j auprès de 550 producteurs et alimente la laiterie de Carpiquet , la laiterie Voisin et l’usine d’Audrieu. En 1969 il est fermé en même temps que celui d’Audrieu . Il reste un temps à l’abandon et une fois acquis, le quai et les hâloirs sont démolis. (*7

                                                                     Recherches Clouet Gérard et Lebec Michel. Rédaction Clouet Gérard. (Avril 2022).

Sources bibliographiques (les Successeurs) : *1 Le Moniteur du Calvados 1909-03-25.  *2 Journal officiel de la République française. 1912-11-21.  *3 La Revue Lexovienne Illustrée. 1914.  *4 Inventaire du patrimoine industriel du Calvados.  *5 Inventaire du patrimoine industriel du Calvados.Dossier IA14005697 réalisé en 2011. *6 Le Moniteur du Calvados 1927-06-24. *7 La Revue générale du froid et des industries frigorifiques août septembre 1928 p.278. *8 Inventaire du patrimoine industriel du calvados . Dossier IA00123555 réalisé en 1987. *9 Le Journal, 1928-07-25.

Sources bibliographiques III (Joseph Lepetit) : 1* L'Auto-vélo directeur Henri Desgrange 1902-11-25.  2* Journal de Honfleur : commercial, maritime et littéraire 1905-05-31.  3* JO 1906-06-06  p 6095 et 6102.  4* Le Journal de Flers et de l'arrondissement de Domfront 1919-01-22.  5* L'Ouest-Éclair  1922-03-14.  6* L'Ouest-Éclair 1927-01-24.  7* L'Ouest-Éclair  1929-05-08.  8* L’Ouest-Éclair 1929-11-04.  9* Le Moniteur du Calvados 1931-09-09. 10* L'Ouest-Éclair 1937-04-29.

Sources bibliographiques IV (Les soeurs Lepetit) : *1 Le Moniteur du Calvados 1923-08-31.  *2 Notice sur la fromagerie de Villodon, Pierre MARIE 2016. http://www.camembert-museum.com/  *3 Le Moniteur du Calvados 1929-07-09.  *4 Le Moniteur du Calvados 1939/03/14  5,6,7* Notice sur la fromagerie de Villodon. Pierre MARIE (2016) http://www.camembert-museum.com/

Date de dernière mise à jour : 28/09/2022