Camembert Museum

 Pteveque-397nv Pteveque-398nv Pteveque-395nv


SAMEDI 14 OCTOBRE 2017 : Historique de la fromagerie Delarchand à CHANU (61) par Gérard Clouet. Importante mise à jour de notre liste de la Charente (16), contribution de M & Mme Gérard, que nous remercions. Nouvelles étiquettes rajoutées au département de l'Yonne (89). Historique de la fromagerie BLANCHET Constant à Dompierre, dans l'Orne, notice signée Gérard Clouet. 


FROMAGERIE DELARCHAND (CHANU 61) par Gérard Clouet

En fuyant en août 1914 devant l'invasion allemande, la famille de Volder (des minotiers belges) se réfugie dans l'Orne à Montmerrei au « Valheureux ». Elle n'imaginait pas alors qu'une partie de la famille reviendrait, la paix revenue, s'y installer en achetant la ferme en 1920 et ferait souche dans l'Orne.

Elisabeth de Volder (1906-1993) née en Belgique poursuit ses études secondaires à Argentan. Elle se marie en 1932 à Montmerrei avec Alexandre Delarchand (1906-1975) originaire de Larchamp (61). Ils s'installent à Chanu dans un ferme au lieudit « Les Clos ». Elisabeth effectue une formation chez Auguste Lepetit au domaine de Saint Maclou sur la commune de Sainte-Marie-aux-Anglais dans le Calvados.

Delarchand alexandre de voder elisabeth

À partir de 1939-1940, avec le lait de la ferme, elle fabrique quotidiennement une dizaine de pont l'évêque qui sont vendus localement dans les épiceries et sur le marché de Flers. Au cours de la seconde guerre mondiale le taux de matière grasse est descendu à 35% et il arrive de temps à autres que la production soit réquisitionnée au profit de l'occupant allemand.

Louis Delarchand, né en 1935 à Chanu, poursuit ses études à Saint François à Alençon. Son BEPC en poche, il prend en 1952 en charge la fabrication des fromages au sein de la ferme familiale après avoir effectué un stage de 6 mois à la fromagerie de Berjou (61) et suivi pendant un semestre les cours de l'école nationale de l'industrie laitière de Surgères (17). Il y rencontre Pierre Villeneuve qui dirigera plus tard la fromagerie de Saint-Bomer-les-Forges (61) acquise par PREVAL.

Dès son retour à la ferme la fabrication de fromage prend de l'ampleur. Le troupeau de vaches laitières Frisonnes pie-noire est augmenté pour atteindre 20 à 25 têtes. Les fromages sont fabriqués chaque matin et chaque soir avec le lait de la traite... soit une centaine par jour. Ils sont écoulés localement, vendus sur le marché de Flers (61) ainsi qu'à un mandataire des halles à Paris.

Louis, qui a bénéficié d'un sursis puisque son frère aîné était déjà sous les drapeaux, part à son tour en 1957 pour effectuer son service militaire. Il est remplacé à la fabrication du fromage par un cousin maternel René Maugenest. Des difficultés surgissent au cours de la maturation en cave des pont l'évêque. Ils deviennent noirs, couverts par une moisissure appelée Mucor ou «poil de chat» qui les rend impropres à la commercialisation. Devant les difficultés à assainir la cave, la fabrication est abandonnée vers 1958-1959.

À son retour d'Algérie Louis est embauché par PRÉVAL à Isigny (14) puis envoyé en 1963 à Macé (61) dans la fromagerie Ligué frères acquise par Préval. Le matériel y est vétuste et rapidement elle ne devient qu' un centre de ramassage avant d'être fermée vers 1970. Le site a été revendu et les bâtiments techniques rasés.

Louis Delarchand quitte Macé lors de la reprise de PRÉVAL par SAPIEM en 1966 et entre d'abord à la coopérative laitière de Réveillon avant d'être embauché au Crédit Agricole où il achève sa  carrière  professionnelle.

Source: entretien avec Louis Delarchand septembre 2017.


Fromagerie Constant Blanchet (1bisnv)

FROMAGERIE CONSTANT BLANCHET, DOMPIERRE, ORNE 61, par Gérard Clouet.

Constant BLANCHET tourneur en bois (1854-1935) et Joséphine Colin tisserande (1853-1938) tous deux originaires de Banvou se marient en 1881.  Ils s'installent au lieu-dit La Pesnilière à Dompierre où naissent entre 1882 et 1892 leurs quatre filles. Selon les indications recueillies dans l'état civil tous deux continuent à exercer leur profession spécifique au moins jusqu'en 1892. Ce ne serait donc que vers la fin des années 1890 qu'ils créent une fromagerie puisqu'ils obtiennent dès 1898 une récompense à Marseille puis Toulon en 1899.La même année il est membre du jury à Nice, ce qui pour l'époque représentait un voyage assez considérable pour le petit producteur que devait être encore Constant Blanchet. La première étiquette connue mentionne les noms Colin Blanchet mais sans localisation précise. Cependant il y est fait mention des récompenses évoquées ci-dessus.  En 1901 une étiquette à l'effigie de Jeanne d'Arc est déposée par Constant Blanchet. Sur cette étiquette figure la mention ferme de La Pesnilière Dompierre.  Les récompenses de 1898 et 1899 y sont à nouveau reportées ainsi que l'obtention d’une nouvelle médaille obtenue à Paris en 1900.  En 1901 lors du recensement communal, la ferme n'emploie qu'un seul domestique. La construction des hâloirs ainsi qu'une écurie pour héberger les chevaux utilisés à la collecte du lait auprès des agriculteurs des environs doit dater de cette époque. En 1906 le recensement fait apparaître 3 domestiques et deux laitiers dont Auguste Masseron de Champsecret.

BlanchetEntete-61nv

Le premier septembre 1907, une convention orale est passée entre Constant Blanchet et quatre autres fromagers (Barré, Bigeon, Langlois tous les  trois de Champsecret, et Hochet de Saint Bomer les Forges) selon les termes de laquelle ils conviennent « de  ne pas prendre de clients, autrement dit de fournisseurs de lait, à leurs confrères, mais à se maintenir dans leur clientèle actuelle  sans faire d'incursion dans la clientèle des autres ; qu'ils devaient aussi s'entendre pour faire le même prix aux propriétaires et fermiers, de façon à ce qu'il existât unité de tarif entre les cinq acheteurs ; que ceux-ci s'engageaient d'honneur à respecter ladite convention et que, pour le cas où elle serait enfreinte, chaque contravention devait être passible de 1 000 fr. de dommages-intérêts, qui seraient acquis aux autres parties et partagés respectivement entre celles au mépris du droit desquelles la contravention aurait été commise».*1 Aujourd'hui, les règles de la concurrence ayant évolué, un tel accord serait qualifié d'entente illicite et condamné comme tel.

Orne-670nv (Dompierre-01) Orne-672nv (Dompierre-02) Orne-674nv (Dompierre-03)

En octobre 1909 Eugénie Lecellier, la veuve d'Isidore Barré (décédé en 1907), porte plainte auprès du tribunal de commerce de Flers contre Constant Blanchet qu'elle accuse de contrevenir aux obligations de la convention orale de 1907. Elle lui reproche d'avoir pris les livraisons de trois de ses fournisseurs (Brodin, Rivrain, Lafontaine), qui s'étaient présentés à lui de leur propre initiative.  Le tribunal reconnaît le caractère licite de la convention mais déboute la plaignante des dommages et intérêts auxquels elle prétendait.  Elle interjette de ce jugement et le 4 avril 1910, la cour d'appel de Caen rend un jugement qui lui donne gain de cause et condamne Constant Blanchet à lui verser 750 f de dommages et intérêts.*1

Le recensement de 1911 dénombre 6 domestiques employés pour l'exploitation de la ferme et de la fromagerie. La fille cadette du couple Blanchet, Irma (1885-1973),  épouse en 1903 un des employés de la ferme Auguste Favrie né à Céaucé en 1876. Deux enfants naissent, Maurice en 1905 et Joseph en 1911.

En 1911, 7 domestiques sont recensés dont Auguste Favrie et sa femme Irma, sans aucune précision de profession. Le couple se sépare en 1921.

Une étiquette Favrie-Blanchet est déposée le 30 janvier 1924 au tribunal de commerce de Flers par Auguste Favrie. Mais les activités de la fromagerie vont semble-t-il rapidement connaître des difficultés et s'arrêter probablement peu de temps après.

Ancienne fromagerie blanchet (2015-1nv) Ancienne froamgerie blanchet (2015-22nv)

Aujourd'hui les hâloirs existent toujours et appartiennent à un couple anglais qui les a transformés en gîtes ruraux.

Sources : Etat civil, recensements 1901,1906,1911. (1) : Plainte veuve Barré contre Blanchet. Cour d'appel de Caen 4 avril 1910.  Communication S.Schéhadé 2017.


Date de dernière mise à jour : 15/10/2017

Licence Creative Commons
Camembert Museum de Serge Schéhadé est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 non transposé.
Basé(e) sur une oeuvre à www.camembert-museum.com.