Camembert Museum

Fromagerie Constant Blanchet (1bisnv)


MERCREDI 20 SEPTEMBRE 2017 : Nouvelle mise à jour de notre liste du Cantal, contribution de M & Mme Gérard. Nouvelles étiquettes rajoutées au département de l'Yonne (89). Historique de la fromagerie BLANCHET Constant à Dompierre, dans l'Orne, notice signée Gérard Clouet. Découvrez aussi sur cette page consacrée à l'Orne, le portrait d'un député, entrepreneur et "bienfaiteur des ouvriers", Monsieur Jules Gévelot.


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FROMAGERIE CONSTANT BLANCHET, DOMPIERRE, ORNE 61, par Gérard Clouet.

Constant BLANCHET tourneur en bois (1854-1935) et Joséphine Colin tisserande (1853-1938) tous deux originaires de Banvou se marient en 1881.  Ils s'installent au lieu-dit La Pesnilière à Dompierre où naissent entre 1882 et 1892 leurs quatre filles. Selon les indications recueillies dans l'état civil tous deux continuent à exercer leur profession spécifique au moins jusqu'en 1892. Ce ne serait donc que vers la fin des années 1890 qu'ils créent une fromagerie puisqu'ils obtiennent dès 1898 une récompense à Marseille puis Toulon en 1899.La même année il est membre du jury à Nice, ce qui pour l'époque représentait un voyage assez considérable pour le petit producteur que devait être encore Constant Blanchet. La première étiquette connue mentionne les noms Colin Blanchet mais sans localisation précise. Cependant il y est fait mention des récompenses évoquées ci-dessus.  En 1901 une étiquette à l'effigie de Jeanne d'Arc est déposée par Constant Blanchet. Sur cette étiquette figure la mention ferme de La Pesnilière Dompierre.  Les récompenses de 1898 et 1899 y sont à nouveau reportées ainsi que l'obtention d’une nouvelle médaille obtenue à Paris en 1900.  En 1901 lors du recensement communal, la ferme n'emploie qu'un seul domestique. La construction des hâloirs ainsi qu'une écurie pour héberger les chevaux utilisés à la collecte du lait auprès des agriculteurs des environs doit dater de cette époque. En 1906 le recensement fait apparaître 3 domestiques et deux laitiers dont Auguste Masseron de Champsecret.

Le premier septembre 1907, une convention orale est passée entre Constant Blanchet et quatre autres fromagers (Barré, Bigeon, Langlois tous les  trois de Champsecret, et Hochet de Saint Bomer les Forges) selon les termes de laquelle ils conviennent « de  ne pas prendre de clients, autrement dit de fournisseurs de lait, à leurs confrères, mais à se maintenir dans leur clientèle actuelle  sans faire d'incursion dans la clientèle des autres ; qu'ils devaient aussi s'entendre pour faire le même prix aux propriétaires et fermiers, de façon à ce qu'il existât unité de tarif entre les cinq acheteurs ; que ceux-ci s'engageaient d'honneur à respecter ladite convention et que, pour le cas où elle serait enfreinte, chaque contravention devait être passible de 1 000 fr. de dommages-intérêts, qui seraient acquis aux autres parties et partagés respectivement entre celles au mépris du droit desquelles la contravention aurait été commise».*1 Aujourd'hui, les règles de la concurrence ayant évolué, un tel accord serait qualifié d'entente illicite et condamné comme tel.

Orne-670nv (Dompierre-01) Orne-672nv (Dompierre-02) Orne-674nv (Dompierre-03)

En octobre 1909 Eugénie Lecellier, la veuve d'Isidore Barré (décédé en 1907), porte plainte auprès du tribunal de commerce de Flers contre Constant Blanchet qu'elle accuse de contrevenir aux obligations de la convention orale de 1907. Elle lui reproche d'avoir pris les livraisons de trois de ses fournisseurs (Brodin, Rivrain, Lafontaine), qui s'étaient présentés à lui de leur propre initiative.  Le tribunal reconnaît le caractère licite de la convention mais déboute la plaignante des dommages et intérêts auxquels elle prétendait.  Elle interjette de ce jugement et le 4 avril 1910, la cour d'appel de Caen rend un jugement qui lui donne gain de cause et condamne Constant Blanchet à lui verser 750 f de dommages et intérêts.*1

Le recensement de 1911 dénombre 6 domestiques employés pour l'exploitation de la ferme et de la fromagerie. La fille cadette du couple Blanchet, Irma (1885-1973),  épouse en 1903 un des employés de la ferme Auguste Favrie né à Céaucé en 1876. Deux enfants naissent, Maurice en 1905 et Joseph en 1911.

En 1911, 7 domestiques sont recensés dont Auguste Favrie et sa femme Irma, sans aucune précision de profession. Le couple se sépare en 1921.

Une étiquette Favrie-Blanchet est déposée le 30 janvier 1924 au tribunal de commerce de Flers par Auguste Favrie. Mais les activités de la fromagerie vont semble-t-il rapidement connaître des difficultés et s'arrêter probablement peu de temps après.

Ancienne fromagerie blanchet (2015-1nv) Ancienne froamgerie blanchet (2015-22nv)

Aujourd'hui les hâloirs existent toujours et appartiennent à un couple anglais qui les a transformés en gîtes ruraux.

Sources : Etat civil, recensements 1901,1906,1911. (1) : Plainte veuve Barré contre Blanchet. Cour d'appel de Caen 4 avril 1910.  Communication S.Schéhadé 2017.


GÉVELOT JULES Domaine de Dieufit [BELLOU-EN-HOULME 61] Gevelot jules 61

Le vaste domaine de Dieufit en Bellou-en-Houlme est situé à l'extrémité est du canton de Messei, qui appartient à la contrée occidentale du département de l'Orne, et sur un des points les plus élevés des collines de Normandie, séparant le bassin de l'Orne de celui de la Loire. La terre végétale de ce vaste domaine varie assez dans sa constitution. Le calcaire y fait défaut et elle nécessite beaucoup d'engrais et de travail pour donner des résultats satisfaisants. Le défrichement de cette propriété, achetée en 1862, à l'état de bruyères, landes ou mauvais bois taillis, du précédent propriétaire, M. Bertrand, alors maire de Caen et député du Calvados, qui l'avait lui-même acquise par suite d'une concession faite par l'Etat quelques années auparavant, fut opéré très promptement, pendant la crise cotonnière de 1864 qui fournit à cette entreprise jusqu'à 1.600 ouvriers y travaillant à la fois.

Le défrichement, le nivellement des terrains, la mise en culture, la construction dévastes bâtiments d'exploitation, d'un magnifique château et autres constructions très importantes, ne nécessitèrent que fort peu de temps, et là où l'on ne rencontrait qu'une lande stérile et inculte, des bruyères et quelques bois chétifs, existent maintenant, à côté de bâtiments agricoles immenses et bien compris, des jardins et parcs de premier ordre qu'entourent de tous côtés de grandes plaines couvertes de récoltes et de vastes prairies et herbages, nourrissant de nombreux chevaux et bestiaux de premier choix.

Cette merveilleuse transformation est entièrement due à M. Gévelot, alors grand industriel à Paris, qui est ainsi devenu le bienfaiteur des ouvriers de la contrée et que l'arrondissement de Domfront tout entier, enthousiasmé de ce que peuvent l'intelligence, la persévérance, le travail et les capitaux appliqués à l'industrie agricole, nomma député de l'Orne au Corps législatif en 1869, et auquel le même mandat a toujours constamment été renouvelé depuis lors. L'étendue de cette vaste propriété est d'environ cinq cent quarante hectares, d'un seul tenant, comprenant les terres de culture, herbages, prairies, bois taillis et bosquets de réserve, ce qui ne représente guère que le tiers des possessions de M. Gévelot dans le même arrondissement de Domfront, où il a acquis aussi plusieurs autres fermes et forêts, Halouze et autres.

La vaste étendue du domaine de Dieufit devant pourvoir à la nourriture d'un grand nombre de bestiaux, le propriétaire songea à y fonder une fromagerie ; des installations dans le genre de celles du Pays-d ‘Auge eurent lieu, et la fabrication des fromages Camembert y commença dès 1866 et se continue toujours. Les débuts de cette industrie, la première créée dans l'arrondissement de Domfront, ayant été assez encourageants, on abandonna peu à peu la majeure partie de la culture rotative des céréales, généralement en usage dans la contrée, pour coucher en prairies artificielles et en herbages permanents, afin de pouvoir entretenir un plus grand nombre de vaches laitières; c'est ainsi que l'exploitation possédait plus de trois cents têtes d'animaux de l'espèce bovine en 1873-74, dont plus de la moitié comme vaches laitières de premier choix, et pouvait fabriquer jusqu'à huit cents fromages par jour avec ses seuls produits. Au début, les terres nouvellement défrichées et chargées d'humus, auquel il fut ajouté une prodigieuse quantité de chaux, produisaient des récoltes très considérables de grains, et on compta pour une seule année plus de 140.000 gerbes de magnifique froment. Il y a aussi de beaux produits en avoine et racines fourragères. Il a été planté aussi plus de six mille pommiers et plus de 12 kilomètres de haies d'épines formant clôtures.

L'installation des bâtiments d'habitation et d'exploitation existe sur une cour située presque au centre de la propriété, entourée de murailles et d'arbres verts de belle venue. Vers l'est et l'ouest sont les entrées garnies de grilles, près desquelles sont les pavillons des concierges, gardes et jardiniers, puis, au centre, grande et vaste construction comprenant maison de maître et château complétés par une serre magnifique, cour d'honneur séparée par un grillage de la cour de la ferme, sur laquelle sont édifiés d'immenses bâtiments agricoles, comprenant en neuf corps principaux : trois vacheries, écuries de ferme, écuries réservée et d'élevage, bergerie pouvant contenir plus de mille moutons qu'on y entretenait au début, porcherie de près de cent mètres de longueur, comprenant vingt-quatre logereaux toujours garnis, granges, vastes magasins et greniers, ateliers divers, forges, hangars, remises, caves, pressoirs, citernes et réservoirs, formes à fumier, grande bascule pour tous chargements, fromagerie, basse-cour, jardins et jardins d'hiver, eau d'alimentation avec robinets en plus de vingt endroits, avant-toit formant hangars devant les deux principaux corps de bâtiments de cent métrés de longueur chacun, pouvant recevoir une vingtaine de grandes voitures chargées de récoltes, etc., etc.

Source : Annuaire des cinq départements de la Normandie / publié par l'Association normande en 1905.

 

 

Date de dernière mise à jour : 20/09/2017

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