La Vendée Economique.

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La Vendée économique dans les années 1960. La situation agricole du département évolue. Les petites laiteries disparaissent, les coopératives se regroupent... Étudions tout d'abord l'histoire de la fromagerie Saint-François qui était implantée à Challans, et dirigée par Monsieur Raymond Bossis (Étude réalisée par M. Marcel Gousseau).

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LAITERIE FROMAGERIE SAINT-FRANÇOIS. (CHALLANS, 85).

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Challans, ville du nord-ouest de la Vendée, est située dans le marais nord, dit le «Marais Breton». Elle compte de nos jours un peu plus de dix huit mille habitants, et c’est dans les années 1920, que va s’installer ici une première laiterie. La fromagerie Saint François porte le nom d’une rue. Celle qui relie la rue Saint-Jean-de-Monts à la rue du Bois Soleil. C'est une rue récente. En effet, lorsqu'en 1832 fut publié le premier plan cadastral de la commune, ni l'actuelle route de St Jean-de-Monts ni la route de Soullans, dite rue Pauline de Lézardière, n'existaient. Ces deux voies rectilignes furent construites tardivement durant la deuxième moitié du XIXème siècle. Par contre le chemin du Bois Soleil, lui est très ancien: il existait avant la révolution et était représenté sur le plan cadastral de 1832. La rue Saint-François, fut longtemps un chemin privé. Monsieur Manant, boucher, y avait installé son petit abattoir. De l'autre côté, aux lendemains de la grande guerre, Monsieur Perier construisit un bâtiment pour ses activités agroalimentaires. C’était la beurrerie Saint-François, à laquelle fut adjointe une fabrique de glace.

En 1933, l'établissement fut acheté par Monsieur Raymond BOSSIS. Natif de la Haye-Fouassière (44 ) élève de la célèbre école laitière de l’ENIL de Surgères en Charente-Maritime, il était sorti major de sa promotion, (20ème promotion, du 16 octobre 1916). Il avait dirigé en Touraine une autre laiterie où il avait développé avec passion et inventé des fromages de chèvre. Arrivé à Challans à la laiterie du chemin Saint François, il y installa une beurrerie, puis une fromagerie, et c’est le fromage qui devint la production majeure de son entreprise. A côté, il créa une porcherie d'une centaine d'animaux pour valoriser ses sous-produits, le sérum et le babeurre engraissant ses cochons, pour les commercialiser par la suite.

En 1941-1942, pendant l'occupation allemande, la laiterie Saint François fut sinistrée par un grave incendie nocturne. La reconstruction fut une œuvre ardue, vu la pénurie de main d'œuvre et plus encore de matériaux, conséquence de l'énorme chantier littoral de la construction du mur de l'Atlantique qui était bien évidemment prioritaire... Le trafic intense des camions renouvelait sans cesse les ornières que M. BOSSIS faisait combler par des salariés de l'usine à l'aide des scories récupérées à la sortie de la grande chaudière à charbon de la laiterie.

Vers 1950, l'industriel obtint du Maire de Challans, M Charbonnel, que son conseil décidât de s'approprier cette voie privée. Empierrée et goudronnée, elle devint ainsi l'actuelle rue de Saint François d'Assise (Un grand saint Italien qui vécut de 1181 à 1226.) Mr. Marc BOSSIS prit la succession de son père Raymond BOSSIS mais la conjoncture économique laitière l'incita à se reconvertir dans le négoce des produits sucrés, il va s'associer avec un autre collègue Nantais et va s'implanter sur la zone industrielle de Montaigu en Vendée. C'était la fin de vie de cette industrie fromagère et laitière de Challans.

A la fin des années 1950, la commune rachète et aménage l'ancien terrain de la fromagerie de Mr BOSSIS. La prairie fut remblayée et la parcelle rétrocédée à Mr et Mme Peyrega, par le Maire Mr Jean Léveillé, en échange d'un autre terrain. Ce même Monsieur Léveillé toujours Maire en 1966 trouva le terrain où fut implantée la nouvelle laiterie des Trois Monts de Messieurs Maria et Clerc, qui suite à un arrêté de fermeture de leur première laiterie à Notre-Dame-de-Monts, s’installèrent à Challans, sur la route de Nantes de 1966 à 1999.

En 1971, L'ancien emplacement de la rue St François devint la première zone commerciale construite à la périphérie du centre ville.

Mise en page: Marcel GOUSSEAU, ancien élève ENIL de Surgères (17). Documents extraits de la revue des rues de Challans, avec le concours de Mr Bossis, Mme M-J Peyrega, ainsi que Mrs R.Abillard et A. Briton.

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LAITERIE COOPÉRATIVE DE MAILLEZAIS (85)

Cette laiterie fût fondée en août 1892 par le docteur Martineau, qui fût également le fondateur de l’Association Centrale des Laiteries Coopératives des Charentes et du Poitou. C’est en 1924, que Monsieur Fernand Bonneau, ancien élève et lauréat de l’Ecole de Surgères, en devint le directeur, et c’est également depuis cette époque que Monsieur Ferdinand Pannetier en assuma la présidence.

C’est sous l’active collaboration de M. Bonneau et de M. Pannetier que le rendement de cette laiterie devint de jour en jour plus grand. Elle est aujourd’hui une des plus importantes du département. 20.000 litres de lait, provenant des riches pâturages de la Vallée de la Jeune Autise arrivent journellement à la laiterie pour être transformés en beurre de table extra fin, qui est expédié dans toute la métropole par colis de 5, 10 kilogrammes et au dessus. Attenant à la laiterie, existe une porcherie modèle, où sont engraissés des porcs de races sélectionnées: Normande, Anglaise, Viennoise, par des sérums spécialement pasteurisés à la laiterie. La porcherie contient de 900 à 1000 porcs. Il existe également une fabrique de caséine sèche. La laiterie de la Vallée de la Jeune Autise a obtenu de nombreuses médailles et diplômes, dont la médaille d’or à l’Exposition Internationale de Paris 1926. Cette laiterie possède un outillage moderne et perfectionné.

Article de presse : 90 bougies pour la Coopérative de Maillezais : Une production journalière de 2000 litres de lait était-elle suffisante pour justifier la création d’une société coopérative de beurrerie ? Réunis à la mairie du chef-lieu de canton le 23 août 1891, les agriculteurs des communes de Liez, Saint-Pierre le Vieux, et Maillezais ont répondu par l’affirmative, donnant du même coup leur approbation au devis estimatif de 24000 francs établi pour la construction d’une fabrique. La dépense était importante, aussi les agriculteurs ont-ils pris soin de préciser que «dans le but d’obtenir un rabais plus considérable, toutes les soumissions seront admises au jour fixé pour l’adjudication sans faire aucune réserve en faveur des ouvriers appartenant aux trois communes intéressées dans le projet d’association»La beurrerie est entrée en service le 1er avril 1892. Il y’a tout juste 90 ans. Au cours de ces neuf décennies, bien des choses ont évolué dans le mouvement coopératif laitier en général, et dans la petite fabrique mallacéenne en particulier…

En décidant cette création en 1891, les agriculteurs de la région suivaient un mouvement qui avait déjà fait ses preuves, notamment en Charente-Maritime, qui n ‘était encore que la Charente-Inférieure, où quelques initiatives de ce type avaient été tentées avec succès pour remonter la pente d’une agriculture en difficulté après les ravages causés dans le vignoble par le phylloxéra. De nombreuses autres coopératives ont ainsi été créées à la même époque dans la région : Le Mazeau, Damvix, Coulon, Nieul-sur-l’Autise etc. Aujourd’hui, 90 ans après, la coopérative de Maillezais fait figure d’exception; elle est la seule du genre qui ait survécu dans le département, c’est-à-dire la seule qui n’ait pas été absorbée par les deux géants vendéens, l’USVAL et l’UCAL.

800 producteurs et une belle notoriété… La porcherie qui avait été aménagée en 1982 comme activité annexe de la coopérative, a été abandonnée depuis et l’accent a été porté assez vite sur la beurrerie dont l’activité n’a cessé de croître jusqu’au début de la seconde guerre mondiale. En 1937, l’association regroupait quelque 800 adhérents et collectait plus de cinq millions de litres de lait annuellement. On était bien loin des 2000 litres journaliers escomptés au moment de la fondation. Dans l’intervalle, les agriculteurs de nombreuses communes voisines avaient rejoint la coopérative : Bouillé-Courdault d’abord, puis Doix, Montreuil, Fontaines… Dans le même temps, le président-fondateur, le Dr Martineau, élu président de l’Association Centrale en 1893, puis ses successeurs, ont entrepris l’extension et la modernisation de la fabrique qui sera dotée de l’électricité en 1927, après avoir bénéficié du téléphone en 1913.

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Une médaille de vermeille à l’exposition internationale de la Haye en 1907, avait donné ses lettres de noblesse au beurre de Maillezais. D’autres sont venus par la suite confirmer cette notoriété, en particulier deux médailles d’argent aux concours agricoles de Paris en 1935 et 1936, puis, en 1937, une médaille d’or à l’exposition internationale de Turin. A cette époque, la coopérative s’attachait le concours devingt et un laitiers indépendants chargés de la collecte. Une collecte en charrette mais aussi en barque pour les agriculteurs isolés dans les marais. Le mode de recrutement des laitiers étaient assez particuliers; tous les deux ans, on procédait à une sorte de « mise aux enchères » de la charge, laquelle revenait aux moins exigeants, c’est-à-dire, à ceux qui acceptaient l’indemnité la plus faible… Avec le temps, le mode d’attribution a évolué : les candidats devenant moins nombreux, il a fallu abandonner cette curieuse « sous-enchère » et donner une indemnité fixe, laquelle, à la demande des intéressés a dû bientôt être indexée sur le salaire des ouvriers.

Se Tourner vers l’Avenir… Après la guerre, la modernisation s’est accélérée : achat d’une mouleuse empaqueteuse automatique, d’une baratte malaxeuse, d’un pasteurisateur, de tanks, d’écrémeuses, de chambres froides etc. Alors que, dans le même temps, un effort considérable a été entrepris pour la protection sanitaire du cheptel laitier, la collecte rattrapait d’année en année le retard enregistré pendant la guerre. Tombée à quelque 3.200.0000 litres, elle a ainsi été multipliée par deux pour atteindre 6.500.000 litres en 1961, avec une pointe à 7.500.000 litres en 1968, la collecte s’est stabilisée depuis, elle était ainsi de 6.440.000 litres l’an passé. Par contre, le nombre de sociétaires a considérablement diminué : Si la coopérative mallacéenne regroupait 800 producteurs en 1937, elle n’en rassemble plus aujourd’hui que quelque 140. L’effritement est de 5 à 6 producteurs par an…

Mais la coopérative de Maillezais ne s’est pas limitée à la seule fabrication du beurre. La caséine et surtout la poudre de lait ont pris à partir des années 1960, une importante croissance dans la production de la fabrique minéenne. Parallèlement, le conseil d’administration de la coopérative a dû rationnaliser le fonctionnement de l’entreprise : Nouveau plan de modernisation, généralisation du contrôle laitier, extension progressive de la collecte en vrac… Ce dernier volet, n’a pas été mené à bien sans quelques tiraillements. Mais une étude financière comparative montrant que la collecte en vrac était nettement moins onéreuse que la collecte traditionnelle par bidons, la coopérative de Maillezais a dû se résoudre à contre-cœur, comme l’avaient fait avant elles tous ses concurrents, à mettre fin à l’activité des laitiers. C’était semble-t-il une question de survie de l’entreprise, qui en ce premier 1er janvier 1981, devait couper les ponts avec le passé pour se tourner vers l’avenir.

Vers le Centenaire ? La laiterie coopérative de Maillezais est donc une exception. Ses voisines du Mazeau, de Nieul-sur-l’Autise, du Gué-de-Velluire et, bien d’autres se sont réfugiées depuis longtemps déjà dans le giron des unions coopératives. La laiterie de Coulon, à une trentaine de kilomètres de là, pourrait bien également cesser ses activités indépendantes. L’exception confirmera-t-elle longtemps encore la règle ? La laiterie de Maillezais fêtera-t-elle son centenaire dans dix ans ? Pourquoi pas ?… Elle n’est sans doute pas de taille, face à ses grands concurrents pour espérer lancer sur le marché une production massive de produits de grande consommation, mais, tout en maintenant la fabrication du beurre de Maillezais, son image de marque, elle doit pouvoir s’asseoir sur une production plus spécifique. C’est vers ce créneau que s’orientent actuellement les responsables, sans optimisme excessif, mais avec la certitude d’avoir fait «le bon choix» pour assumer le moyen terme. Le centenaire ? Souhaitons-le. Si le canton de Maillezais est dit défavorisé la survie d’une unité de production comme celle-ci, avec ses dix employés, ne doit pas être négligée.

Cet article de presse est une contribution de M. Marcel Gousseau.

 

Date de dernière mise à jour : 22/03/2014

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