l'Armistice 1918-2018

Sarajewo (Attentat Francois Ferdinand)

Illustration "Le Petit Journal" du 12 juillet 1914, Assasinat de l'archiduc François-Ferdinand

Le 28 juin 1914, l'archiduc François-Ferdinand est assassiné à Sarajevo. Point de départ de la première guerrre mondiale. Dans un terrible enchaînement, les déclarations de guerre se succèdent. Par le jeu des alliances, le conflit européen dégénère en un conflit mondial qui oppose, parmi ses acteurs majeurs, la France, la Grande-Bretagne, l'Italie, la Russie et les Etats-Unis d'un côté; l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et la Turquie de l'autre. Le 1er août 1914, la mobilisation générale est ordonnée en France ainsi qu'en Allemagne. Le sentiment général est que le conflit ne durera pas longtemps. À une guerre de mouvement succède une guerre de positions. De nouvelles armes sont testées pour la première fois comme par exemple les gaz asphyxiants. Huit millions de français sont mobilisés entre 1914 et 1918. Parmi eux, un million et demi de jeunes hommes ne revirent jamais leur village natal. Les femmes, avec beaucoup de courage, prirent le relais des hommes dans les champs et les usines. En ce 11 novembre 2018, nous fêtons les cent ans de la signature de l'Armistice. Même si nos poilus ont tous disparus, ils sont encore vivants dans notre mémoire collective.

GEORGES CLEMENCEAU (1841-1929)

« Le Père la Victoire » a joué un rôle éminent pendant la Grande Guerre, à la tête de l’exécutif français et lors des négociations du traité de Versailles dont il a été l’un des grands artisans. En 1913, dans le journal L’HOMME LIBRE qu’il a fondé, on peut lire un article va-t-en-guerre intitulé « Vivre ou mourir » qui exhorte les jeunes à partir « au-devant de la mort affreuse » pour une cause qui « paraitra si belle » que l’on tombera content. La conduite de la guerre opposera Clémenceau au gouvernement et à l’état-major. Sa détermination le conduira à négliger une proposition autrichienne de paix de compromis, puis, à la tête du gouvernement, à rassembler le pays pour obtenir une victoire totale. « Le Tigre » est alors très populaire chez les poilus, qui le surnomment le vieux. C’est lui qui nomme Ferdinand Foch, maréchal de France et place le commandement allié entre ses mains, contre l’avis de tous. Il obtient sa revanche en présidant la conférence de la paix qui aboutit au traité de Versailles en 1919. Il reste à la tête du gouvernement jusqu’au 18 février 1920.

FERDINAND FOCH (1851-1929)

Fils d’un fonctionnaire languedocien, Ferdinand Foch fit ses études, au gré des mutations de son père, d’abord à Tarbes et Rodez, puis à Saint-Étienne et à Metz. Quand éclata la guerre de 1870, il s’engagea au 4e Régiment d’infanterie. Ayant choisi de rester dans l’armée, il entra à l’École Polytechnique, et, ses études terminées en 1873, fut affecté au 24e Régiment d’artillerie à Tarbes, avec le grade de lieutenant. Il enseigna à l’École de guerre, dont il devait être directeur de 1907 à 1911, et gravit les échelons de la hiérarchie militaire : lieutenant-colonel en 1898, colonel en 1903, général de brigade en 1907, général de division en 1911, général de corps d’armée en 1913, à la tête du 20e corps d’armée à Nancy.

Quand éclata la Première Guerre mondiale, il participa, dans ce commandement, à la bataille de Lorraine, puis, à la tête de la 9e armée, à la bataille de la Marne ; il prit également part à la « course à la mer ». Nommé à la tête des armées du Nord, il dirigea en 1915 l’offensive d’Artois et, en 1916, la bataille de la Somme. Critiqué sur ses choix tactiques et accusé de conduire des offensives trop lourdes en pertes humaines, il ne fut pas épargné par la disgrâce qui toucha Joffre, à la fin de l’année 1916. Mais au bout de quelques mois, les revers subis par le général Nivelle devaient provoquer son rappel aux plus hautes responsabilités. Tandis que le général Pétain prenait le commandement en chef de l’armée française, le général Foch était nommé « chef d’État-major général ». Au printemps 1918, les Anglais acceptèrent que lui soit confié le commandement unique des troupes alliées. Surpris en mai par l’offensive allemande au Chemin des Dames, il sut reprendre l’initiative et mener les troupes à la victoire. Signataire de l’armistice à Rethondes, le 11 novembre 1918, il défila à la tête des armées alliées, lors du défilé de la Victoire, le 14 juillet 1919.

Ferdinand Foch fut l’un des théoriciens de la stratégie militaire fondée sur l’offensive à outrance à laquelle se rallia l’état-major lors de la Première Guerre mondiale. Il a livré ses conceptions dans quelques ouvrages : Des principes de la guerre (1903), De la conduite de la guerre (1904). Foch avait reçu son bâton de maréchal le 6 août 1918, dignité à laquelle devaient s’ajouter celles de maréchal britannique et de maréchal de Pologne. Il fut élu le jour même de l’armistice à l’Académie des sciences et, dix jours plus tard, le 21 novembre, à l’Académie française, à l’unanimité des vingt-trois votants, au fauteuil du marquis de Vogüé. Pas plus que Georges Clemenceau, qui fut élu le même jour que lui, le maréchal Foch n’avait fait acte de candidature, et il n’avait donc accompli aucune visite. C’est Raymond Poincaré qui le reçut, le 5 février 1920. Mort le 20 mars 1929, le maréchal Foch fut inhumé aux Invalides.

JOSEPH JOFFRE (1852-1931)

Né à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), le 12 janvier 1852. Fils d’un viticulteur aisé, Joseph Joffre effectua ses études secondaires au lycée de Perpignan, puis à Paris au lycée Charlemagne. En 1869, il réussit le concours de l’École Polytechnique. Un an plus tard, il prenait part à la guerre comme sous-lieutenant du génie, et fut affecté à la défense d’un fort parisien. Promu au grade de capitaine en 1876, il fut affecté pendant quelques années à des travaux de fortification dans le Jura, puis revint en poste près de Paris. C’est cependant aux colonies qu’il allait effectuer une grande part de sa carrière. Nommé outre-mer en 1885, il parti d’abord pour le Tonkin, puis pour le Soudan où il fut chargé de diriger la réalisation d’un chemin de fer. Il s’illustra dans la région en devenant maître de Tombouctou et en assurant les bases de la domination française, ce qui lui valu d’être promu au grade de lieutenant-colonel. En 1897, il fut fait colonel, puis, en 1902, après un séjour à Madagascar, reçut ses étoiles de général de brigade. Directeur du génie au ministère de la Guerre, puis divisionnaire en 1905, il fut nommé en 1910 membre du Conseil supérieur de la guerre. L’année suivante, il était choisi pour assumer les fonctions de chef d’État-major général.

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C’est son passé de franc-maçon qui lui valut d’être préféré pour ce poste au général Pau dont la tendance «cléricale» était notoire. Dès le début de la Première Guerre mondiale, la France lui fut redevable de la victoire de la Marne. Mais, partisan de la stratégie dite du « grignotage », Joffre, en tant que généralissime, fut cependant comptable du tragique enlisement de nos armées à Verdun, la plus longue et meurtrière bataille de toute l’histoire, et de l’échec de l’offensive de la Somme. Discuté également pour son attitude peu coopérative vis-à-vis du pouvoir civil, il se vit ôter une partie de ses responsabilités et préféra alors démissionner. Il fut remplacé par le général Nivelle. Il fut fait, toutefois, maréchal de France, le 25 décembre 1916, dignité qui n’avait plus été accordée depuis plus de vingt ans. Jusqu’à la fin des hostilités, son rôle allait dès lors de limiter à des missions à l’étranger (au Japon et en Amérique), qui étaient essentiellement de prestige. Il défila aux côtés de Foch et de Pétain, lors du défilé de la Victoire, le 14 juillet 1919 ; et il aurait droit, au terme de ses jours, à de superbes funérailles nationales. Le maréchal Joffre fut élu à l’Académie française le 14 février 1918, à l’unanimité des 23 votants, au fauteuil de Jules Claretie. Son élection marquait la reprise des scrutins, après l’interruption des années de guerre qui laissait neuf fauteuils vacants. L’unanimité qu’il suscita inaugurait véritablement ce phénomène de « plébiscite » qui avait déjà marqué en 1912 l’élection du futur maréchal Lyautey, et que l’on devait appeler les « élections de maréchal ». Reçu le 19 décembre 1918 par Jean Richepin, il assista à la cérémonie, dans son uniforme de général d’armée, et non en habit vert que seuls les ecclésiastiques et les généraux en chefs sont dispensés de porter en la circonstance.

Bataille marne

LA BATAILLE DE LA MARNE

Dans la dernière semaine du mois d'août 1914, les allemands commencent à pénétrer en France à partir de la Belgique et du Luxembourg. Le 30 août, les armées Von Kluck et Von Bulow atteignent le niveau de la Somme où le général Joffre le commandant en chef français envisage de livrer la bataille et de bloquer l'offensive allemande sur une ligne  Amiens, Laon, Verdun. Mais le recul des troupes françaises et britaniques pose problème. Le 5 septembre l'armée Maunoury attaque de flanc l'armée Von Kluck entre Dammartin-en-Goële et Meaux, dans la vallée de l'Ourcq. Surpris Von Kluck arrête sa progression vers le sud et se retourne vers l'ouest pour faire face à Maunoury dont l'attaque si elle est favorable, risque de séparer la première de la IIe armée allemande.Cependant l'armée Von Büllow continue son mouvement vers le sud alors que sur sa droite l'armée Von Kluck est arrêtée. Une brèche de 30 km de largueur se forme alors entre les deux armées allemandes dans la région de Coulommiers. Sur le reste du front les Allemands attaquent avec vigueur les troupes de Franchet d'Esperey, de Foch, de Langle de Cary et de Sarrail. Malgré les fatigues accumulées pendant la retraite les Français tiennent et contre-attaquent à la grande surprise de leurs adversaires. Près de 2,5 millions de soldats s'affrontent dans les vallées de la Marne et de ses affluents, entre Meaux et Verdun sur 200 kilomètres de front.

Dans la nuit du 7 au 8 septembre, la VIe armée Maunoury reçoit les renforts de 4000 fantassins « frais » acheminés depuis Paris par 700 taxis parisiens réquisitionnés par Galliéni. Pour faire face, Von Kluck demande à Von Bülow de lui renvoyer les troupes qu'il lui avait prêtées quelques jours auparavant. Les Allemands n'ont plus de troupes de réserve, car ils ont affaibli leur aile marchante (la première et la IIe armée) afin d'envoyer des unités pour encercler Anvers et en Pologne pour contrer l'offensive des Russes. Le 7 septembre, les Britanniques s'engouffrent dans la brèche entre la première et la IIe armée allemande. Ils atteignent la vallée de la Marne le 9 septembre dans la région de LaFerté-sous-Jouarre.

Le 8 septembre Von Bülow séparé de sa couverture de droite (Von Kluck) doit reculer en direction de Montmirail. Von Kluck doit faire face à l'attaque de Maunoury à l'ouest et à celle des Britanniques au sud-est. Une inspection venue du haut-état major allemand constate sa situation critique. Le 9 le commandant en chef allemand Von Moltke ordonne le repli général de son « aile marchante ». La IIIe armée allemande qui n'est plus couverte à l'ouest recule devant Franchet d'Esperey et Foch. Les Allemands se retirent sur des positions plus au nord (le Chemin des dames et le plateau de Craonne) où ils commencent à s'enterrer dans des tranchées. La bataille se termine le 11 septembre.

 

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MAISON-DU-VAL : UNE FROMAGERIE DANS LA GUERRE.

Au moment où les allemands entrent dans l’est de la France, début septembre 1914, Cyrille Desoutter a quitté Maison-du-Val pour conduire un troupeau de vaches réquisitionnées, jusqu’à Saint-Livière, en Haute-Marne. À son retour dans la maison familiale, c’est un spectacle de désolation qui s’offre à lui :  « La dévastation la plus complète qui se puisse imaginer : armoires ouvertes et vides de leur contenu, la cheminée veuve de sa pendule et de sa garniture, couverte, par contre, d’éclats de la glace brisée à coups de crosse, petits meubles à incrustations de nacre brisés à coups de talon, les clous y sont imprimés, les étoffes des canapés, des fauteuils, des chaises, lacérées, tailladées à cup de sabre ou de couteau, les tapisseries des panneaux recouvrant les murailles arrachées   lamentablement, les suspensions brisées, les tables et guéridons fendus, pieds brisés, les cadres dépouillés de leurs toiles découpées et enlevées »

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Le camembert des Poilus est une étiquette générique conçue par l'imprimeur Grange & Guy à Paris. À noter la tenue garance des militaires, qu'ils portaient encore au début de la guerre. L'étiquette de droite, le Poilu d'Argonne a été conçue pour la famille Desoutter, marque déposée le 24 décembre 1920 (lire histoire).

Dans l’Industrie Laitière du 15 juillet 1915, Cyrille Desoutter n’en finit pas de décrire la tristesse et la désolation aussi bien chez lui que dans l’exploitation : « Dans toute l’exploitation le sac fut complet ! tout objet susceptible d’être emporté fut enlevé… Dans les près entourant la maison, partout traînaient des têtes de porc auxquelles adhérait la peau de l’animal, elles empoisonnaient l’atmosphère. Les champs, comme les bas-côtés des routes et des environs, s’émaillaient de tessons de bouteilles, plus drus que l’herbe elle-même et, chose moins ordinaire, de fromages et de débris de fromages, les uns nus, les autres avec des paniers ayant servi à leur emballage. Des cadavres de chevaux et de bétail gisaient ici et là et demandaient à être enterrés. Dans une catégorie de bâtiments avait été installée une grande ambulance et des traces en restaient visibles partout : lisez saleté, puanteur, débris humains etc… Et maintenant, il faut réparer le désastre, se remettre à l’œuvre. De notre troupeau, il restait cinq vaches, de plus de deux cents. Tous nos villages environnants, pris dans la bataille de la Marne, sont partiellement ou entièrement détruits… »

Rappelons enfin que dans cette même famille, Jean Desoutter (1890-1989) fut mobilisé dès le début de la Grande Guerre et il y fut gravement gazé. Sa conduite lui valut la Croix de Guerre avec cinq citations ainsi que la Légion d’Honneur.

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LE CARNET D'EUGÈNE

Eugène. R. est né en 1887, à Le Sap (61). Il est de la classe 1907, et incorporé au Mans (72) au 31ème régiment d’infanterie le 08 janvier 1908. Il est brigadier le 25 septembre 1909. Rappelé le 03 août 1914, au 31ème, puis passé au 104ème régiment d’artillerie lourde le 1er octobre 1915, et au 303ème le 10 août 1918, pour être libéré le 17 mars 1919, avec la Croix de Guerre, Etoile de bronze. Eugène raconte ses souvenirs à partir seulement du 03 septembre 1915, ayant égaré un premier carnet qu’il n’avait jamais retrouvé.

(1) Parti pour une mission de 12 jours à dater du 03 au 15 septembre (2) Passé le conseil de réforme Hôpital Mixte le Mans le 7 octobre (3) Rentré à l’hôpital Sainte-Croix le Mans le 12 octobre et sorti le 6 novembre. (4) Permission à titre de convalescence du 19 novembre au 8 décembre. (5) Rappelé par dépêche le 3/12 pour la visite d’un renfort en Serbie. Inapte un mois. (6) La  batterie de 120 long avec laquelle je devais partir pour Salonique, est partie le 19 décembre 1915. (7) Volontaire pour le front français, quitte le dépôt du Mans pour aller rejoindre la 12ème batterie de 155 court en Champagne. Arrive par un temps de neige épouvantable et de froid le 8 février 1916, après avoir passé 48 heures dans des wagons à bestiaux. Itinéraire : Le Mans, Chartres, les Aubrais, Orléans, Montargis, Troyes, Cuperly et Suippes. Cantonné au bois 107, près le camp de Chalons. (8) Nous quittons le front de Champagne pour aller rejoindre Verdun, et avec beaucoup de regrets car le bois 107 a toujours été notre meilleur échelon. (9) Départ le 28 juin 1916, arrivée au Champ Lagaille, dans une boue épouvantable, le 4 juillet. Itinéraire ; Suippes, Chaudefontaine, Oshes,  Lempire où nous sommes restés 2 jours sous la toile de tente par une pluie battante. Je pars fire les positions de batterie avec 20 hommes, près du parc d’avions, et de la célèbre dragerie de Verdun, dont il ne reste plus rien. (10) Le 11 juillet bombardement par obus à gaz, le 14 et le 15 grande attaque. (11) Evacué de Champ Lagalle pour fatigue générale, arrivé à Chaumont le 8, hôpital C, salle 8, là j’ai fait la connaissance de Loutte ! (12) Je sors de cet hôpital le28 août, avec 8 jours de convalo (13) Je rentre à Verdun le lundi 11 septembre. (14) Nous avons quitté Verdun le 09 janvier 2017 pour arriver à St-Hillier (77) le 20. Nous sommes cantonnés à la ferme de Savigny chez M. Morré ( ?) où j’apprends le décès de mon père. (15) Je pars en permission de 7 jours le 22 janvier et rentre le 03 février. (16) J’ai tué in chevreuil le 29 janvier. J’en ai emmené un bout, ainsi que du beurre et des camemberts. (17) La batterie quitte Saint-Hilliers par un mètre de neige et un vent terrible pour aller au Chemin des Dames. Départ le 9 mars et après quelques jours de vraie misère nous arrivons à Baslieux-les-Fismes (51) le 16 mars. Nous restons à Baslieux quelques jours et ensuite nous allons cantonner à Beaurieux (02) Chemin des Dames, où les boches nous ont laissés nous installer et le lendemain nous ont marmités copieusement. Nous redescendons à Baslieux où nous étions très bien, mais un peu plus loin de notre position. (18) Le 29 mars, en allant ravitailler en munitions, je me suis fait marmiter sur le pont d’Oeuilly, où je suis blessé à la main, à la tête et dans le dos mais pas grièvement, mais par contre, 4 hommes et un sous-officier sont blessés grièvement et 10 chevaux sont tués. Chemin des Dames août 1917 (Oeuilly se situe à 1 kilomètre de Villers en Prayères (02) (19) Le 27 je reçois une note du Capitaine Carreau m’annonçant qu’il me proposait pour la Croix de Guerre. (20) Le 31 mars je retrouve Renard que je n’avais pas revu depuis la mobilisation, on fait la fête et nous allons pour voir Raoul Paris mais il avait quitté le secteur. (21) Je suis passé Maréchal des Logis à la date du 1er avril 1917, et le même jour je monte à la position de (?) comme chef de pièce à la 2ème pièce (22) Nous avons pris l’offensive au Chemin des Dames, le 16 avril par un temps défavorable. Résultats : Néants. (23) Je suis parti en permission le 4 mai et suis rentré le 15 avec le numéro 107  (24) Le 21 mai, je suis évacué par les gaz vers Amiens ou j’arrive le 24 seulement, hôpital Émile Zola. (24) Sors de l’hôpital avec 1 mois de convalescence à dater du 8 Juin au 9 Juillet, pendant ce temps la batterie vint au repos ou je vais la rejoindre à Droupt Ste Basle (10, près de Troyes) après avoir voyagé pendant quelques jours, j’arrive enfin le 15 au cantonnement. Dans ce pays nous avons été très bien reçus, les gens très gentils et affables. (25) Je pars en permission de 9 jours (2 jours supplémentaire pour citations) le 13 août et j’arrive chez moi le 15 août au soir. Ce dit jour j’ai retrouvé mon frère qui revenait de perm et rencontré mon oncle Pierre qui venait en congé agricole. Je rentre à Droupt le 26 Aout. Du 26 août au 16 sept : instruction et service d’éclaireurs. (26) Le 17 septembre départ pour Le S ?.., permission de 7 jours et rentre à Droupt le 30 septembre 1917 (27) Parti de Droupt pour le front de L’Aisne le 15 Octobre embarquement à Arcis/Aube et débarquement à Mercin et Pommier prés de Soissons le 17 et arrivé à la vallée prés le Paradis le 18. Le lendemain nous mettons les pièces en batterie aux ?.. Et tout de suite nous attaquons. (28) Le 21 nous recevons des gaz. (29) Je pars faire une position de batterie à Allemant le 10 novembre (30) Les pièces arrivent à Allemant le 13 par un temps pitoyable et par un bombardement par obus à gaz. (31) Nous quittons la position de Allemant le 2 décembre et nous partons pour le repos. (32) Nous arrivons à Béthancourt le 4 décembre par un temps de neige. (33) Le 20 décembre part en perm de 10 jours et rentre à (?), près de Grand-Rozoy le 5 janvier 1918. (34) La batterie a quitté Béthancourt le 3 janvier et est arrivée à ? …le 5 au matin. (35) Le 3 février 1918 je reçois la Croix de Guerre à Grand-Rozoy (02) (36) Le 9 février je pars faire des positions de batteries près de Vauxaillon, (02) ferme Moisy et les pièces y arrivent le 12 du même mois. (37) Arrivé à Vauxaillon le 9 février et quitté le 19 (38) De là nous partons au repos à Mortefontaine ou nous restons quelques temps et là je m’occupe de la culture. (39) Le 15 mars 1918 je pars suivre un cours d’artificier à Chalons sur Marne et rentre à (?) le 27. (40) Le 28 mars nous reprenons la route et le 8 avril nous arrivons à Saint Germain la Poterie (60). (41) Le 23 Avril nous embarquons pour la Belgique et nous débarquons à la gare de Kleuin Lérèle ( ?) le 26 du dit mois. (42) Le 26 nous mettons en batterie à Elverdingh (prés d’Ypres) bombardement du ? …les 28 et 29. (43) Le 26 Juin je pars en perm de 12 jours et rentre le 14 Juillet. (44) Du 15 Juillet au 26 fait une position de repli prés Poperinghe ( ?) (45) Nous avons quitté la Belgique le 31 Juillet pour embarquer le 1er août à Iseuberghe. (46) Débarquement le 2 août à Orrouy et cantonne une nuit à Béthancourt. (47) Nous avons mis en batterie à Septmonts, carrière du Cha (?) Le 5 août 1918 Lévèque carrière (?) (48) Quitte la carrière Lévèque le 14 août et arrive, au soir à (?) (49) Attaque le 20-21-22-23-24-25-26- etc. Commencement de l’offensive. (50) Cantonne à Soucy le 15-16-17-18-19-20. (51) Quittons Soucy le 20 pour cantonner à St Christophe. (52) Quittons St Christophe pour aller à Sacy, de Sacy au bois Houry, du bois Houry à Vézaponin, de Vézaponin à Juvigny. (53) Armée Maugin 10ème Armée (54) Parti en permission de 12 jours de Haudicourt (Ardennes) le 17 octobre et rentré à St Fergeux le 8 novembre 1918. (55) Armée Guilloumat 5ème Armée. (56) Signature l’armistice le 11 novembre 1918. (57) Démobilisé le 17 mars 1919 à Chartres (28)

Poilus masques a gaz

LES GAZ DE COMBAT CHANGENT LA PHYSIONOMIE DE LA GUERRE

Interdite en 1899 par la convention de La Haye, l’utilisation militaire de substances chimiques mortelles fut pourtant largement répandue pendant la Première Guerre Mondiale. On lui attribue 3,4 pour cent des pertes totales. Ce furent les Allemands qui, les premiers, firent usage de gaz toxiques en répandant, le 22 avril 1915, un nuage de chlore sur les lignes françaises, à Ypres (Flandres). A partir de ce moment, les deux nations belligérantes se livrèrent une course aux armements chimiques et aux techniques de protection qui devait culminer dans les deux dernières du conflit avec l’emploi du fameux « gaz moutarde ». Au mois de juin, à Verdun, les allemands remplacèrent les obus au chlore par des obus au phosgène, dont la nocivité accrue provoqua un profond traumatisme chez les poilus, témoins des horribles agonies de leurs camarades. Après la guerre, nombreux furent ceux qui, les poumons brûlés, s’éteignirent au bout de quelques années de souffrance.

 

 

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LE DOMAINE DU MESNIL

La Fromagerie du domaine du Mesnil, faisait partie du château du Robillard, situé sur la commune de Lieury, dans le Calvados (14). Propriété d'un certain Monsieur Poutrel, elle est rachetée en 1892, par Monsieur Ernest Gambier, avocat à Lisieux. Son fils Marcel Gambier en hérite en 1909. Ce dernier est tué durant la Première Guerre Mondiale, le 19 avril 1917. Sans enfants, ses propriétés sont léguées au canton de Livarot, dont il était le Conseiller Général. Franck Jay-Gould (1877-1956), étiquette de droite, était le fils de Jason Gould, homme d'affaire très influent, spéculateur, et développeur des chemins de fer américains. Franck Jay Gould, était aussi un passionné de chevaux. En tant que collectionneurs, nous aimons cette étiquette pour son graphisme réaliste (le fond rouge couleur sang et la barbe qui n’a pas été rasée depuis plusieurs jours) et puis un moment de répit et de détente pour fumer un petit peu de tabac ou pour se servir ensuite une portion de fromage envoyé par la famille ou les parents ? Au début de la Grande Guerre, la notoriété du camembert se limitait à la Normandie, à Paris, et à quelques villes du nord du pays. C’est dans les tranchées que les Poilus découvriront le camembert...

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L’étiquette portant le nom de P. Barré a pour imprimeur Charles Valin (Caen) et celle avec le nom de F. Jay-Gould est l’oeuvre de l’imprimerie IDN (Caen). Il est probable que cette étiquette voulue par Pierre Barré soit un hommage rendu à Marcel Gambier, conseiller général du canton de Livarot, tué le 19 avril 1917.

Le 22 décembre 1917, lors de la réunion de l’assemblée générale du Syndicat des Fabricants, Monsieur Louis Serey (fromager fort connu), proposa à ses collègues d’affecter une journée de production entière au profit de nos soldats, et la proposition fut rapidement adoptée.

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Charente-1225nv (Basleville 25) Cuistot-14nv (Orbec 14) Calvados-990nv (Poilu 990)

Victoire-100nv Rendu Mmaurice (l'aviateur-13nv) Meuse-380nv (Artillerie 380)

Dans cette sélection d'étiquettes de fromage, ayant pour thème la Grande Guerre, on y trouve tous les sujets et toutes les préoccupations de l'époque. La dure vie dans les tranchées avec son lot de bombardements, de charges, de maladies à cause des rats et des poux, on y retrouve l'artillerie, l'arme la plus dévastatrice de la première guerre mondiale, les Alliés avançant regroupés et unis, en marche vers la victoire, les débuts de l'aviation, mais aucune étiquette à notre connaissance pour rendre hommage à Charles Nungesser  et ses 45 victoires aériennes, les chasseurs alpins et enfin la propagande avec le camembert National.

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LAITERIES, FROMAGERIES, DIFFICULTÉS D'APPROVISIONNEMENT ET DIFFICULTÉS ÉCONOMIQUES !

Les normands ne sont pas en première ligne, le front est à l'Est. La déclaration de guerre est cependant accueillie dans les campagnes avec inquiétude et beancoup de gravité. Les champs se vident, les hommes regagnent leurs unités. Ne restent que les personnes âgées, les enfants et les femmes. René Viviani, alors président du Conseil, appelle les femmes à assurer la relève :  "Le départ pour l'armée de tous ceux qui peuvent porter les armes, laisse les travaux des champs interrompus: la moisson est inachevée, le temps des vendanges est proche. Au nom du gouvernement de la République, au nom de la nation tout entière groupée derrière lui, je fais appel à votre vaillance, à celle des enfants que leur âge seul, et non leur courage, dérobe au combat. Je vous demande de maintenir l'activité des campagnes, de terminer les récoltes de l'année, de préparer celles de l'année prochaine. Vous ne pouvez pas rendre à la patrie un plus grand service" Les ouvriers des fromageries, ainsi que leurs propriétaires partent au front, Parmi ces fromagers, entre autres, furent tués à l’ennemi : Georges Courtonne de Saint-Germain-de-Montgommerry, André Foyer de Lessard-et-le-Chêne, Gaston Jouenne de Putot-en-Auge.

Courrier lavalou

Dans ce courrier en date du 3 août 1914, M. Lavalou, fabricant de fromage écrit que sept de ses employés sont partis ce matin pour se rendre à l’appel de leur corps d’armée. Espérons que tous reviendront, mais quelle angoisse !............... Dans le même temps, les fermes se sont vidées des hommes. L’approvisionnement en lait devient difficile pour les fromageries ! s’ajoutent à ces problèmes, des clients qui suspendent leur commande et des mandataires aux halles de Paris qui sont mobilisés.

Les fournisseurs de marchandises, comme la fabrique de boîte à camembert de Georges Leroy de Livarot, demandent un paiement avant la livraison, et ne peuvent pas toujours fournir les quantités demandées par Jean Lavalou qui se tourne alors vers le Domaine du Tremblay, usine de Trinité-de-Réville (27). Il lui est répondu qu’ils sont dans l’impossibilité de satisfaire sa commande dans la mesure où la fabrication est restreinte par manque de personnel.

Ets leroy Ets tremblay

On lui fait remarquer aussi, qu’ils ne peuvent satisfaire que les clients « qui ne nous ont jamais quittés » : Lanquetot, du Merle, et Oléron….

 

 

 

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LA BATAILLE DE VERDUN

La bataille de Verdun démarre le 21 février 1916 pour se terminer le 19 décembre de la même année. C'est l'une des batailles les plus meurtrières et les plus sanglantes de la première guerre mondiale puisqu'on dénombre plus de 700.000 morts. Au petit matin du  21 février 1916, à Verdun, dans la Meuse, l'armée allemande fait feu selon le plan de l'officier prussien Falkenhayn. Les premiers obus tombent sur des zndroits stetégiques de la ville, tels que la gare ou la cour du palais épiscopal. L'objectifn des allemands est de récupérer les forts et les tranchées de Verdun. Les Poilus résistent dans un premier temps et le commandant Philippe Pétain organise rapidement la riposte. Celui-ci fait venir des renforts par la route de Bar-le-Duc que l'on surnomme « La voie sacrée ». Le 25 février, le fort de Douaumont est attaqué puis occupé par l'ennemi. Il ne sera repris qu'au mois d'octobre, grâce à la contre-offensive mise en œuvre par le Général Nivelle.

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Sur ces étiquettes, canons de 75mm et leurs caissons à munitions. Mais durant la guerre l'artillerie va évoluer et se moderniser. Elle sera à l'origine de 80 pour cent des pertes de part et d'autre. Aux calibres de plus en plus puissants, viendront s'ajouter une motorisation et une mobilité accrue.

Le 6 mars 1916, l'armée allemande occupe la rive gauche pour élargir le front, mais n'arrive pas à ses fins. Les combats ne cessent de prendre de l'ampleur. En juin, les allemands prennent le fort de Vaux, et les soldats s'enlisent dans les tranchées. Malgré le renouvellement des troupes françaises, les pertes humaines des deux côtés sont considérables. Durant l'été 1916, les troupes allemandes sont sur la défensive. L'armée française arrive à récupérer plusieurs lieux emblématiques, comme ceux de Vaux, le Mort-Homme et Vacherauville, en fin d'année. La bataille de Verdun s'achève le 19 décembre 1916.

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ÉCLOPÉS, MAIS TOUT DE MÊME UN PEU LÀ !!

Ceux qui ont échappé à la mort ont repris leur place au bureau ou à la ferme; ils ont troqué leurs brodequins contre des pantoufles, leur fusil contre une faux, mais la guerre, même refoulée, ne manque pas de se rappeler à eux. Comment tourner la page de cette expérience terrifiante ? Dans son roman Aurélien en 1944, Aragon raconte l'histoire d'un homme qui erre, incapable de se réadapter, de se stabiliser. Le plus curieux est encore la nostalgie qu'il éprouve à l'égard du conflit. La littérature, rappelons-le est "ce mensonge qui dit la vérité". En 1956, Louis Aragon écrivait "Je suis mort en août 1918". ça va faire trente-huit ans que pour moi tout est fini". Comme lui, nombre de morts en sursis ne sont pas revenus indemnes.

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L'étiquette l'Invalo et ses nombreuses variantes est bien connue des collectionneurs. En arrière-plan l'hôtel National des Invalides à Paris, voulu par Louis XIV en 1670 pour abriter ses soldats invalides ou trop âgés.

Pourquoi eux ? Pourquoi pas moi ? Nous ne sommes pas des rescapés, nous sommes des survivants ! Le retour du soldat est un moment de joie. Mais parfois les retrouivailles ne se passent pas aussi bien que prévu, et le couple se met alors à tanguer (lire HISTORIA Novembre 2018). En novembre 1918, à la veille du retour de son mari, une épouse écrit au journal la Femme de France pour exposer le drame né de la guerre et de la longue séparation : "J'ai appris à vivre, à penser par moi-même. J'ai organisé mon existence selon mes goûts, qui, je le vois bien maintenant, ne sont pas toujours ceux de mon mari. Je me suis créé des amitiés, des habitudes, des petites exigences, j'ai conscience de ma personnalité. Madame, que dira mon mari quand il reviendra ?  je l'aime plus que jamais, mais notre amour ne peut plus être le même. Comprendra-t'il ? je prévois des heurts, des difficultés, peut-être de graves querelles de cette lutte entre son autorité légitime et mon indépendance légétime"

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11 NOVEMBRE 1918 : L'ARMISTICE 

Les pourparlers concernant l’Armistice commencent le 8 novembre au sein même du wagon de l’Armistice. Les allemands s’informent sur les conditions imposées par la délégation des Alliés. Le général Weygand donne lecture du texte proposé par les gouvernements Alliés. A ce moment, Matthias Erzberger demande que le délai de réponse fixé à 72 heures soit prolongé de 24 heures afin qu’il puisse communiquer les conditions à son gouvernement. Il souhaite que les opérations militaires soient totalement stoppées après cette entrevue. Mais face au refus et à la fermeté du Maréchal Foch, les allemands envoient un courrier à Spa du texte des clauses de l’Armistice.

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Les discussions entamées continueront le 9 novembre et le 10 novembre par échanges de notes dans lesquelles les Allemands examinent les observations relatives aux conditions d’Armistice. Finalement un message arrive par télégramme sans fil sous le n°3084 entre 19 heures et 20 heures auprès de la délégation des Alliés.  Il y est écrit « 1° Le gouvernement Allemand accepte les conditions d’Armistice qui lui ont été imposées le 8 Novembre ; 2° Le sous-secrétaire d’Etat Erzberger est autorisé à signer l’Armistice.Le 11 Novembre,  la dernière entrevue précédant la signature débute à 2h15.  Les clauses de l’Armistice comportent 18 articles dont voici les principaux :

Pétain et Clémenceau sur le champ de bataille. Etiquette titrée "Le Camembert des Victorieux". Un siècle plus tard, le personnage de Pétain reste très controversé, pour sa collaboration avec les allemands durant la Seconde Guerre Mondiale.

  • n°1 : L’ Armistice entre en vigueur 6 heures après sa signature.
  • n°2 : Dans les 14 jours, évacuation de la Belgique, la France et l’ Alsace Lorraine
  • n°3 : Abandon de beaucoup de matériels militaire lourds: Canons, avions, etc
  • n°4 :Occupation des villes de Mayence, Coblence et Cologne par les alliés
  • n°7 :Abandon de matériel ferroviaire (5000 locomotives et des wagons) etc
  • n°13:Retour de tous les prisonniers de guerre sans aucune réciprocité.
  • n°18:L’ Armistice est effectif pour une durée de 30 jours
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Après 3 heures d’explications la convention d’Armistice est signée précisément au petit matin à 5h30 entre les plénipotentiaires allemands et les Alliés. Elle prend effet le 11 novembre à 11h et officialise la fin des combats sur tous les fronts. À 7h le maréchal Foch part pour Paris pour apporter le texte de l’Armistice.

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Date de dernière mise à jour : 11/11/2018

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