Coopérative de Champagné-les-Marais (85)

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LAITERIE-FROMAGERIE COOPÉRATIVE DE CHAMPAGNÉ-LES-MARAIS (85)

Situation Géographique :  Cette commune sud-vendéenne d’environ 1750 habitants, est située non loin de la ville de Luçon. Elle fait partie du Marais Poitevin desséché, et se trouve au cœur d’une réserve ornithologique qui comprend plus de 180 hectares de prairies. C’est ici que va naître le 11 décembre 1892, la Laiterie Coopérative de Champagné-les-Marais, une entreprise qui marquera l’histoire de la commune.

Naissance d’une coopérative : A l’instigation de plusieurs producteurs de lait, et sous la présidence du Dr Perrier, maire de la commune de Champagné-les-Marais, se tenait le 04 décembre 1892, une réunion ayant pour objet de  débattre de l’opportunité de constituer une coopérative pour la transformation du lait, et la commercialisation des produits finis. Inspirés d’idées syndicales et mutualistes, notables, agriculteurs et cultivateurs, vont décider de contracter un emprunt ne dépassant pas 30.000 francs,  remboursable sur 5 ans et de fonder ensemble une laiterie coopérative. Dans la foulée, Les statuts sont adoptés, presque calqués sur ceux de la coopérative voisine de Sainte Radegonde des Noyers. 87 producteurs présents vont s’engager par signature, à livrer leur lait, pour des périodes renouvelables de 5 ans; un conseil d’administration est élu, présidé par Monsieur Perrier, et pouvoir lui est donné pour l’acquisition d’un terrain situé non loin du bourg, près d’un canal, et pour la construction de bâtiments équipés en matériel de laiterie. Comme indiqué plus haut, la société sera enregistrée le 11 décembre 1892.

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Démarrage de l’activité : Le 29 mai 1893, soit 8 mois après sa création, la coopérative démarre son activité dans un simple petit atelier. 9 emplois sont créés; Les ramasseurs de lait assurent des tournées dans diverses directions d’une zone s’étendant jusqu’à la commune de Corpe (1); le lait écrémé est retourné le lendemain aux producteurs dans les bidons de la collecte. Démarrage de la  fabrication du beurre qui est expédié à partir de la gare de Luçon toute proche.

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Champagné-les-Marais, les dates clés :
-1898- 1er Mai- Les sociétaires renouvellent leur engagement pour une nouvelle période de 5 ans. Ils sont maintenant 118.
-1909-Septembre- Dissolution de la Beurrerie de Puyravault, commune distante de 3,5 kms de Champagné, d’où reprise et extension de la zone de collecte.
-1920-04 janvier- Adhésion de la coopérative à l’Union des Paysans Charentes-Poitou. (Fédération).
-1922- Mai- Démarrage de la caséinerie et livraison à la Caséinerie Roussine.
-1926- Accord de fourniture de sérum (sous-produit de la fabrication) à un engraisseur de porcs, porcherie d’une capacité de 300 cochons, située sur un terrain acheté au préalable par la coopérative, avec option d’achat au bout de 10 ans;
-1928-08 janvier- Arrêt et faillite de la porcherie suite à la pollution du puits de la laiterie. Les bâtiments sont acquis par la coopérative.
-1940-Octobre- Création d’un atelier de fromagerie.
-1941-1er Janvier- Début de la fabrication de fromage blanc, suivie d’une extension progressive au fil des années et des besoins en type camembert, édam, cantal, emmenthal.
-1943-1er Janvier- Paiement du lait selon sa teneur en matières grasses.

-1946- Juin. Création en parallèle de la coopérative laitière, d’une coopérative d’approvisionnement au service exclusif des sociétaires.                                                                                  
-1948-2 mai-  A l’issue de l’Assemblée Générale, fête commémorative des 55 ans de la Coopérative de Champagné-les-Marais, et discours prononcé par son Président en exercice, M. Eugène Plaire, lors d’un banquet. (Extraits du discours joints à ce dossier).
-1951-Retour du paiement du lait au litre.
-1956- Mars-Participation de la laiterie-fromagerie de Champagné-les-Marais, à la création de l’Union des Coopératives laitières de la Vendée (UCAL), qui va acquérir l’usine ELESCA de Luçon.
-1959- 1er février-Retour du paiement du lait à la matière grasse (application du décret de loi)
-1959-Avril- Mise en route de la fabrication de poudre de lait écrémé (système Hatmaker), séchage sur rouleaux à vapeur, fabrication de caséinate pour le marché américain, 5 tonnes commercialisées parla société Monnet.
-1968- 1er janvier- Fusion des zones de collecte de la laiterie de Champagné-les-Marais avec celle de la Coopérative de Luçon. Les deux coopératives devenant : La Coopérative Laitière de Champagné-Luçon (CLCL). Elle adhère à l’Union Coopérative Agricole Laitière UCAL de la Vendée.
-1968- 1er mars- Arrêt provisoire de l’activité de l’usine de Champagné-les-Marais, qui sera finalement définitive.
-1972-1er janvier- Par rétro-effet des Assemblées Générales respectives, dissolution par fusion de Champagné-les-Marais, qui cesse toute activité sur son site et va se fondre dans l’appellation l’UCAL.

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Les Présidents de la Coopérative :
-Perrier, docteur et maire de la commune 11/12/1892 au 21/05/1910
-Pillaud Auguste (Agriculteur) 22/05/1910 au 31/05/1913
-Plaire Eugène (Père) (Agriculteur) 01/06/1913 au 20/06/1914
-Travers Emmanuel & Plaire Eugène Fils, alternativement avec son vice-président en raison de la mobilisation du 21/06/1914 au 13/04/1915
-Auger Charles(Temporairement, Vice-Président , 14/04/1915 au 05/03/1918.
-Travers (Retour après démobilisation)  06/03/1918 au 20/09/1924
-Ferrand benjamin (Exploitant agricole) 21/09/1924 au 31/03/1928
-Plaire Eugène (Exploitant agricole) du 01/04/1928 au 16/06/1952
-Trichet Pierre (Exploitant Agricole) du 17/08/1952 au  01/01/1972

Les Sociétaires :
Ils sont au nombre de 87 lors de la création de la Coopérative en 1892. Ils seront 326 inscrits durant les années 1945-1953, répartis sur une zone de  collecte (voir plus bas) couvrant en totalité la commune de Champagné, et une partie plus au moins importante les communes de Puyravault, Triaize, Moreilles, Sainte-Radegonde des Noyers, Luçon, Sainte-Gemme-la-Plaine. En 1968, la coopérative ne collectait le lait que dans 210 exploitations, dans sa zone de ramassage.

Employés & Ramasseurs de Lait : Le nombre de personnes affectées au ramassage du lait a varié selon les époques, les aménagements, les produits fabriqués et l’évolution des matériels et équipements de l’usine. Lors de son inauguration en 1893, l’usine employait 9 personnes. En 1950, ils étaient au nombre de 45 employés, dont 12 ramasseurs. Puis, au fil des années, avec la mise en service de la caséinerie et de la fromagerie, la coopérative passera à 96 entrepreneurs laitiers et 173 employés salariés, dont 9 laitiers ramasseurs.

(1) Une laiterie coopérative des Agriculteurs de Corpe ou Corps & ses environs, existait vers 1909.

 

 

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La Collecte du Lait : Au départ, les quantités de lait collectées étaient plutôt modestes. Mais, au fur et à mesure de l’évolution du cheptel laitier et de l’adhésion de nouveaux sociétaires elles augmentaient de façon significative. Dans ce marais, Les familles qui ne possédaient pas de vaches laitières étaient rares. On va traire les bêtes dans les prés, mais les fermières ne fabriquaient pas elles-mêmes leur beurre. Tout le lait était ramassé pour les coopératives, ce qui explique le nombre important de ramasseurs-entrepreneurs laitiers. Dans les années 1950-1955, le département de la Vendée était le deuxième producteur de lait derrière les Deux-Sèvres. A titre d’exemple, en 1954, la production du département est de 3.600.000 hectolitres de lait.

Au début, chaque ramasseur était équipé d’une charrette hippomobile, transportant des bidons de 100 litres voir même de 200 litres. Dans certains secteurs difficiles d’accès, la collecte se faisait par barques chargées de bidons de 40 litres. Chaque ramasseur notifiait dans un carnet mensuel les quantités de lait livrées par chaque sociétaire, et chaque fin de mois on totalisait le tout pour paiement. À partir de 1945, les camions font leur apparition, équipés de bidons de 20 litres, numérotés et portant le nom du sociétaire. En 1964, une citerne-inox équipée d’un bac de dépotage permet le prélèvement d’échantillons directement à l’exploitation. Les bidons étaient vidés puis nettoyés à la laiterie et remis vides le lendemain lors d’une nouvelle collecte.

Les Produits de la Coopérative : Le BEURRE était le principal produit de la Laiterie-Fromagerie de Champagné-les-Marais. Un beurre centrifuge extra-fin, garanti pur de crème fraîche. Un excellent produit qui obtiendra de nombreuses récompenses aux Concours nationaux ou étrangers, sans oublier une participation importante à l’Exposition Universelle de Paris en 1900. Parmi ces récompenses beurrières : Médaille d’argent à Milan (1906), Grand Premier Prix à Turin (1911), Médaille d’argent au Concours Général agricole de Paris (1926), Médaille d’argent grand module à Paris (1929), Médaille d’argent à Paris (1930), médaille d’or à Paris (1932)… Le conditionnement du beurre pouvait se faire selon les besoins du marché.
Beurre doux en cubes de 25 kgs pour le stockage en report, en mottes de 5 à 10 kilos, beurre doux et demi-sel en plaquettes type fermier de 500 grammes, en plaquettes classiques de 125, 250, et 500 grammes, ou en rouleaux de 250 ou 500 grammes, et en fin la première quinzaine du mois de juin, mise en pots sur commande préalable de beurre salé au taux de 3 ou 4 pct de sel. LA CASÉINE : après un marché du caillé maigre débuté en 1920, la coopérative entreprend à partir de mai 1924, la transformation du lait écrémé en caséine (Caséine lactique ou présure en fonction de la demande) LE CASÉINATE : Un caillé liquéfié solubilisé et séché en poudre sur séchoir à rouleaux de type hatmaker. (1966-1967). LA POUDRE DE LAIT : Ecrémé sur un séchoir de type hatmaker (fabrication de 1959 à 1967). LES FROMAGES : La Coopérative va produire différentes sortes de fromage, comme les fromages frais type Petit Suisse, des fromages à pâte pressée type Emmental, ainsi que du Cantal. Cependant, la principale fabrication fromagère était le camembert, à différents taux de matière grasse, avec des marques qui étaient fort connues par les consommateurs de l’époque, comme Le Maraichin, Le Petit Champagné, le Camembert du Ministre, représentation du Cardinal de Richelieu, ou le Tigre Vendéen, allusion à Clémenceau.

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Fête du Souvenir 1893-1948.
Assemblée Générale du 2 Mai 1948.
Extrait du Discours de Monsieur Plaire Eugène, Président de la Laiterie Coopérative de Champagné les Marais, lors du banquet qui a suivi la commémoration.

Au nom du conseil d’administration de la Laiterie Coopérative de Champagné les Marais et en mon nom personnel, j’ai le plaisir de vous traduire toute la satisfaction que j’éprouve en voyant réunis dans cette salle, différentes personnalités du monde agricole du département de la Vendée.
J’ai l’honneur de vous présenter : Messieurs…(les invités, les membres du conseil d’administration et de la commission de contrôle, et près de 230 sociétaires). A tous, je vous adresse mon salut le plus cordial ainsi que ma plus vive gratitude, et du plus profond de mon cœur je vous remercie d’avoir bien voulu répondre à notre invitation et d’être parmi nous en ce jour qui marque une longue étape parcourue par la laiterie de Champagné-les-Marais et dans un même sentiment dans une même pensée, vous associer à nous commémorer sa fondation en 1893.
C’est en ce lieu jadis couvert par la mer, qu‘après l’apparition des îles Hautes, puis des îles Basses, qui servaient de refuge aux pêcheurs, et parmi lesquelles se trouvait celle de Champagné, qu’au cours des siècles au fur et à mesure que les flots se retirant le desséchement s’opérait dans l’immensité de nos marais complètement dépourvu d’eau potable, des habitants et des fermes surgirent pour y pratiquer puis développer la culture et l’élevage.

Le nombre de vaches laitières était assez restreint au tout début et le lait servait aux besoins des habitants. Ce lait était versé dès la traite dans des pots à couler permettant la remontée de la crème à la surface; celle-ci à l’aide de la baratte donnait un beurre d’une qualité très médiocre nécessitant de la part de la fermière un travail quotidien qui absorbait une grande partie de la journée, l’astreignant au moment de la surproduction à partir chaque samedi au marché de Luçon avec dans un grand panier plat, le « rolé » de beurre pesant de 500 à 600 grammes, qui enveloppé dans une feuille de choux n’était vendu que quelques sous.
Devant ce travail pénible et les difficultés sans nombre, relevant l’exemple relevé en Charente, des personnes avisées : Notables, Agriculteurs, et Cultivateurs, inspirés d’idées syndicalistes et mutualistes, se réunirent, délibérèrent, et après avoir contracté un emprunt de 5 années, fondèrent la Laiterie Coopérative de Champagné les Marais, mise en activité au mois de mai 1893.
Les laitiers ramasseurs effectuèrent le ramassage du lait dans diverses directions d’une zone s’étendant jusqu’à la commune de Corpe, à l’aide de charrettes et de bateaux, puis de la cheminée de l’usine apparut une fumée signifiant un nouveau moyen de travail du lait. Ainsi prit naissance notre coopérative laitière :
En consultant les premiers registres de délibération, j’ai relevé des notes qui pour certains d’entre nous aujourd’hui semblent invraisemblables. Par exemple le directeur-comptable, qui en plus était laitier, gagnait 1000 francs par an; le chauffeur de chaudière 850 francs; le beurrier 800 francs. Le lait était ramassé à raison de 0,01 francs le litre. Le transport du beurre à la gare de Luçon 3 francs par jour, et le lait payé aux sociétaires 0f05 à 0f06 le litre… telles furent les origines de la laiterie et sa marche à son début.
C’est donc à l’occasion de son 55ème anniversaire, que nous sommes ici réunis, pour saluer ceux qui furent les créateurs, ceux qui par leur initiative et leur clairvoyance, ont contribué à la prospérité de la contrée et respectueusement je m’inclone devant leurs noms. Dès le début de son fonctionnement, devant les résultats obtenus, devant un travail allégé, laissant à la fermière plus de liberté pour accomplir les travaux ménagés, et surtout plus rémunérateur, les habitants deviennent plus nombreux sociétaires, et le cheptel va en s’accroissant.
Le cultivateur qui allait cultiver les terres des prises partant tôt le matin avant l’aube, et rentrant le soir après le coucher du soleil parcourait en bateau l’hiver de 15 à 20 kilomètres, changea son mode de culture, ainsi disparut le long défilé des bateaux que l’on voyait chaque jour. Ainsi s’étend le mouvement coopératif qui apporte une révolution économique et transforme notre région… Dès lors la charrue remplace la pelle, la faucheuse la faux, la râteleuse le râteau à main, la moissonneuse la faucille et la batteuse le fléau et le rouleau de pierre.

Puis au fil des années, les Conseils d’Administration se succèdent, tous guidés par la tache qui leur incombe, s’adaptent et s’orientent vers l’évolution en essayant de maintenir la laiterie à son meilleur niveau.
Pourquoi avoir choisi les 55 ans pour célébrer l’anniversaire de la fondation de la laiterie ? Tels les vieux époux qui en famille fêtent leurs noces d’or et de diamant, cette réalisation n’ayant pu avoir lieu à 50 ans du fait de la guerre, et comme dix années semblaient un terme bien long, nous avons pris une date intermédiaire.
Mesdames et messieurs si tout à l’heure je faisais allusion aux vieux époux, je me souviens d’un adage qui dit qu’il n’y a pas de ménage sans orage. La laiterie elle aussi a connu des moments critiques, des heures sombres qui se sont dissipées.
Et maintenant, c’est tourné vers vous, vers ceux qui ont remplacé les vieux, vers cette vague de nouveaux sociétaires, avenir de notre société, que je dois exprimer toute ma satisfaction éprouvée, en ce jour qui restera pour moi l’in des plus beaux de ma vie de vieux syndicaliste et dont je conserverai un souvenir inoubliable. Laissez-moi une fois de plus vous en remercier et formuler pour vous tous, ce que l’on peut désirer, et de lever mon verre à votre santé.

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Photos de l'usine de Champagné-les-Marais prises en 2014.

Pour terminer notre histoire, sachez qu’en 1976, les biens de la Coopérative devenus la propriété de l’UCAL Vendée, furent répartis en plusieurs lots et vendus à des particuliers. En 2014, (voir plus haut) il ne reste plus que des bâtiments murés et à l’abandon, vestiges d’un passé pas si lointain.

Étude réalisée par M. Gousseau Marcel, ancien élève de l'ENIL Surgères.

Camembert-Museum le 08 mars 2015.

 

 

Date de dernière mise à jour : 29/03/2015

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