Fromagerie de la Cloche-d'Or (37)

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« Une petite histoire » de la Laiterie de Pont de Ruan.

La société a été enregistrée en 1903 par les familles Blain et Maître : « Fabrique de produits laitiers ». Par la suite, la Société des Fermiers Réunis a continué quelques années jusqu’à la reprise en 1914 par Messieurs Rääs Frères. Ils déposent le 28 novembre 1914 la marque fromages et camemberts de la « Corne d’Or ». La laiterie fabriquait du beurre, de la caséine, et de l’emmental (gruyère) sans doute parce que Messieurs Rääs Frères étaient d’origine Suisse. Une porcherie existait déjà sur le site (Utilisation du petit beurre et du babeure). A la suite de nombreuses vicissitudes, cette affaire a déposé son bilan et a été vendue  aux enchères publiques par le tribunal de Tours en 1923.

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En 1923, le futur propriétaire, M. Willy Meese, originaire de Belgique, exploitait avec son frère Aimé Meese la scierie, fabrique d’emballage d’Azay le Rideau qui deviendra par la suite les Etablissements Leroy. Monsieur Willy Meese se porta adjudicataire de la laiterie et abandonna le travail du bois. Il venait de se marier avec Mlle Taffoneau, d’Azay-le-Rideau, dont le père était marchand de grains, et la mère épicière. C’est pourquoi la laiterie s’appellera longtemps Meese-Taffoneau. La laiterie fabrique des fromages de chèvre, du beurre et des camemberts. Rares étaient les laiteries en dehors de la Normandie à fabriquer ces fromages. La marque de Pont-de-Ruan connue et renommée était la Corne-d’Or, nom du lieu-dit de la laiterie. Les marques de camembert avaient une telle valeur que W. Meese ne put l’acheter, elle passa aux mains des mandataires des Halles de Paris qui la firent exploiter ailleurs. Le 26 mars 1923, la société devient Laiterie de Pont-de-Ruan, la marque Cloche d’Or est déposée. Puis vint la guerre, difficiles moments pour cette famille, originaire de Belgique, qui avait déjà beaucoup souffert lors de la guerre de 14/18. Après le décès brutal de W. Meese en 1941, son épouse et sa fille continuèrent, avec difficulté, l’exploitation pendant cette période d’occupation.

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Arriva alors à Pont-de-Ruan Monsieur H. Guellerin, se fiança à Lisette Meese, ils avaient 21 ans chacun lors de leur mariage à l’église de Pont-de-Ruan. Monsieur Henri Guellerin et son épouse fondent, avec les autres membres de la famille, la SARL Cloche d’Or, qui deviendra par la suite une société anonyme (S.A.). Cloche d’Or commence à fabriquer des produits frais type petit suisse et des yaourts. En 1946 une activité de négoce de produits laitiers est développée sur le site de Pont de Ruan pour alimenter le commerce régional, en plus des produits Cloche d’Or. En 1953, Cloche d’Or a installé une des premières tour de séchage en France, pour fabriquer de la poudre de lait SPRAY, qui se dissout seule. A cette époque, il y avait environ 200 à 300 éleveurs locaux en lait de vache et (ou) en lait de chèvre, ramassé en bidons dans les communes voisines, pas ou peu refroidi. On ne parlait pas en centaines de germes mais en millions voire milliards, mais les analyses de l’époque étaient rudimentaires. On ne connaissait pas la Listéria, les Eschérichia Coli, les staphylocoques, ni les salmonelles. Les bagarres entre laiteries étaient vives et notamment avec la coopérative de Ligueil et de Saint-Epain. Des tournées entières pouvaient changer de laiterie d’un mois à l’autre.

Le 1er mars 1953, Cloche-d’Or loue la laiterie de Sautonne à Martaizé (86) jusqu’au 28 février 1962. Elle reprend alors les locaux de la laiterie de Loudun, située aux Fontaines Blanches pour y fabriquer des fromages de chèvre et des fromages au lait de mélange vache-chèvre. Une grosse partie de ces productions est exportée vers l’Allemagne et l’Italie, via une filiale du groupe Bongrain !!! déjà. Entre 1960 et 1976, Cloche d’Or transforme journellement quelques 25 à 30000 litres de lait en fromage type camembert (Horizon, l’Empire, Val Fleuri), 30 à 40000 yaourts, 5 à 10000 litres en fromages blanc, de la crème et du beurre.

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Le 11 novembre 1974, un incendie détruit les bureaux, l’atelier de fromages frais, la maintenance et les bâtiments de stockage emballages (ancienne porcherie). Suite à cet accident, la fabrication des fromages frais est assurée par la laiterie d’Onzain dans le Loir et Cher. Sur le marché des camemberts, la concurrence devient très sévère et la cloche d’Or arrêtera la fabrication en 1978. Parallèlement, les fromages de chèvre frais et surtout les yaourts se développent. En 1979/80 il est décidé de créer un nouvel atelier yaourt construit dans l’ancienne fromagerie. Il sera opérationnel en février 1982, avec une capacité de 24000 pots par heure. En 1984/85 H. Guellerin, PDG, recrute un Directeur Général : Y. Clément, venant d’une grande entreprise ASTRA CLAVE (margarine Astra). Parallèlement, l’usine de Loudun, sans investissement depuis quelques années, diminue en volumes sur des marchés devenus très concurrentiels. A partir de 1985/86, Cloche d’Or lance une gamme de yaourts aromatisés puis de yaourts avec morceaux de fruits.

Des développements importants sont faits sur des produits sans cholestérol (à base de soja : tofu, sauce, etc..) et sur des sauces allégées à base de yaourt. Les premières sauces salade à base de yaourt sortent en 1988 « SALAD AZUR ». Ce procédé et les recettes (protégées par un brevet) ont tous été créés à Pont de Ruan par les collaborateurs de Cloche d’Or. Ces produits ont attirés la société Astra Calve qui décide de lancer nationalement sous sa propre marque « VIVE LA VIE » les mêmes recettes et aussi de développer pour elle des vinaigrettes allégées. En 1988, Cloche d’Or est la première société à mettre sur le marché des yaourts au lait de chèvre nature, puis miel, puis myrtilles. Début 1989, la famille Guellerin cède la totalité de la société au Groupe Bongrain, qui était le premier groupe fromager d’Europe avec des marques prestigieuses comme « caprice des Dieux », « Tartare » « Chavroux » « St-Môret » « Chaumes » et autres.. La division grossiste va être cédée aus Ets Gaudais à Tours, qui eux ferment la laiterie du Petit Beaumont, boulevard Tonnellé.

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Bongrain oriente l’entreprise sur des produits nouveaux qu’ils possèdent déjà aux Etats-Unis. L’usine de la cloche d’Or va fabriquer des glaces au yaourt (frozen yogurt aux USA) pour des produits type glace à l’Italienne, développer des desserts innovants (mélanges de senteurs et de saveurs du sud de la Méditerrannée : MELIOS (Melon, menthe, pastèque) (Miel, amande, citron, raisin) (Pamplemousse, citron vert, gingembre) et des soupes fraîches à base de lait. La fromagerie de Loudun est fermée, les fabrications sont sous-traitées à des confrères. L’atelier des yaourts n’est plus compétitif. La statégie du groupe évolue. Cloche d’Or perd beaucoup d’argent car les grands projets se développent mal (glace, soupe). L’entreprise doit faire de gros investissements pour obtenir l’agrément CEE. Le marché du fromage de chèvre traditionnel n’intéresse pas Bongrain car trop petit. La décision de fermer l’entreprise est prise quelques jours avant Noël 1993 à Paris.

Suite à cette décision, terrible pour la société de la Cloche d’Or, avec l’aide de J. Marra et de M. J-C Turlay, membre influent du comité de direction Bongrain et amoureux du fromage de chèvre (Créateur du fromage de Chaumes et de l’Etorki), Yves Bouhier de l’Ecluse, rentré à la Cloche d’Or en 1991/1992 et Michel Carcaillon (depuis 1974 à Cloche d’Or) vont convaincre le groupe Bongrain de leur vendre l’entreprise. La négociation va durer sept mois. L’atelier de yaourt sera fermé en mars 1994 par Bongrain. Une dizaine de salariés licenciés, Cloche d’Or souffre, le village n’a jamais connu autant de turbulences à la laiterie. Parallèlement le projet de relancer l’usine sur le fromage de chèvre avance. Le 28 juillet 1994 à 7h à Paris, Cloche d’Or redevient indépendante. Yves Bouhier en est le Président et Michel Carcaillon, le Directeur Général et Industriel. Malheureusement, un plan social est nécessaire (12 personnes licenciées). L’entreprise repart avec un effectif de 24 personnes. Un nouvel atelier de fromages frais est construit et démarre le 11 novembre 1994. Dans la foulée l’entreprise obtient l’agrément Européen. La croissance est bonne, les résultats permettent de lancer un deuxième gros projet (un investissement d’un million d’euros) : Reprendre les fabrications de fromages au lait cru dont le Sainte Maure de Touraine AOP. Ce sera chose faite en novembre 1996. Depuis, cet atelier a triplé de surface.

Entre 2000 et 2003, Cloche d’Or va agrandir une fromagerie fermière à Chamizay pour y fabriquer des fromages de Valencay AOP et rachète les Ets Le Meunier à la croix en Touraine, spécialisés dans l’affinage des fromages AOP Ste-Maure de Touraine fermier. Aujourd’hui, Cloche d’Or, certifiée IFS (International Food Standard), c’est 800 tonnes de fromages, près de 5 millions de litres de lait de chèvre, leader du marché AOP Ste-Maure de Touraine, 56 collaborateurs, 11,5 millions de chiffre d’affaire, 65 producteurs de lait et fromage, le tout représentant environ 250 à 300 emplois. Cloche d’Or, après une période de souffrance est repartie. L’entreprise va bien, se développe bien, a des projets, elle est maintenant réputée pour la qualité de ses fromages. La deuxième génération de dirigeants est en place. Elle pourra écrire, dans quelques décennies une nouvelle page de l’histoire de LA CLOCHE D’OR.

Michel Carcaillon. [Fromagerie de la Cloche-d'Or] [Camembert-Museum le 13 mars 2016]

 

 

 

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Récompenses obtenues au Concours Général Agricole de Paris entre 1964 et 2016.

Médaille de Bronze pour sa Crème pasteurisée (1984) Médaille de Bronze pour son Yaourt nature (1967) Médaille d’Argent pour son Camembert pasteurisé 45 % (1972) Médaille de Bronze pour son Camembert pasteurisé 45 % (1973) Médaille d’Argent pour son Camembert pasteurisé 40 % (1974) Médaille de Bronze pour son Camembert pasteurisé 40 % Paris (1967) Médailles de Bronze pour son Carré de l’Est pasteurisé 50 %, (1964) (1967) Médaille d’Or pour son Sainte Maure de Touraine laitier cru 45 % AO, (2007) Médailles d’Argent pour son Sainte Maure de Touraine laitier cru 45 % AO, (2008) (2009) Médaille de Bronze pour son Sainte Maure de Touraine fermier cru 45 % AO, (2003) Médailles d’Or pour son Valençay cru 45 % AO  (2007) Médailles de Bronze pour son Valençay cru 45 % AO (2004) (2006) Médaille d’Argent pour sa Pyramide Valençay cru 23 % AO, (2012) Médaille d’Or pour son Fromage cendré pasteurisé 45 %, (1985) Médailles d’Argent pour son Fromage cendré pasteurisé 45 %, (1981) (1988) (1989) Médailles de Bronze pour son Fromage cendré pasteurisé 45 % (1983) (1987)
Médailles d’Or pour son Chèvre à pâte molle cru 45 %, Paris : (2008) (2010) Médailles d’Argent pour son Chèvre à pâte molle cru 45 %,  (2006) (2007) Médailles de Bronze pour son Chèvre à pâte molle cru 45 %, (2005) (2011) Médaille d’Argent pour son Chèvre à pâte molle cru 21 %, (2013) Médaille de Bronze pour son Chèvre à pâte molle cru 21 %  (2013) Médaille d’Or pour son Chèvre cru cendré 45 %, (2016) Médaille d’Argent pour son Chèvre frais pasteurisé 45 % (2008) Médaille de Bronze pour son Chèvre à la coupe cru 45 % (1982) Médaille d’Argent pour son Chèvre thermisé 45 % (1985) Médaille d’Argent pour son Cabri cendré pasteurisé 45 % (1987) Médaille d’Argent pour son Cabri cru 45 % (2002) Médaille de Bronze pour son Cabri pasteurisé 45 % (1983) Médailles d’Argent pour son Fromage blanc de Chèvre pasteurisé 45 % (2003) (2004) (2006) Médaille d’Or pour son Fromage de Chèvre 45 % (1964) Médaille d’Argent pour son Fromage de Chèvre 45 % (1965)

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Les Laiteries Industrielles en Touraine, par Henri Guellerin, Président du Syndicat Professionnel des Entreprises de Transformation et  d’Utilisation du lait d’Indre-et-Loire

La Touraine, arrosée par de nombreuses rivières, possède des pâturages abondants ; la stabulation n’existe guère que pendant les mois d’hiver et la production laitière, importante, n’y accuse que de faibles variations d’une saison à l’autre, en raison d’un climat très tempéré. Ses laiteries industrielles, toutes adhérentes au Syndicat Professionnel des entreprises de transformation et d’utilisation du lait d’Indre-et-Loire, rattaché lui-même à la Fédération Nationale des Syndicats d’Utilisateurs et Transformateurs de lait, à Paris, sont au nombre de 22 et collectent environ 40 pct du lait de la région. Ce sont suivant les vallées :

Vallée de la Brenne : Laiterie Fromagerie de la Grand’Vallée, Jean Morin, Villedomer, Société « Le Lait du Maine » Auzouer. Vallée de la Choisille : Laiterie de la Membrolle, M. Panvert. Laiterie du Progrès, la Membrolle, M. Chasles. Vallée de la Loire : Laiterie Gaudais (Tours), Laiterie fromagerie de la Choisille, M. Palluel (Tours), Laiterie de Château-Gaillard (Amboise). Laiterie-Fromagerie de Souvigny-de-Touraine, Laiterie de Port-Boulet, M. Arceau, Laiterie Modèle du Moulin-Neuf, Saint-Nicolas-de-Bourgueil, MM Le Floch et Ladois. Vallée du Cher : Laiterie Serrault (Saint-Martin-le-Beau), Etablissements Paillaud, usine d’Azay-sur-Cher. Vallées de l’Indre et de l’Indrois : Laiterie de la Cloche d’Or, Pont de Ruan, M. Guellerin. Grande Laiterie de l’Abbaye de Villeloin Coulangé, Monsieur daniel Paillaud. Vallées de la Creuse, de l’Esves et de la Claise : Laiterie du couvent de Rives, Abilly , M. Maire, Société Lactaire, Usine de Barrou, Société Lactaire, usine d’Esves-le-Moutier, Société Laitière du Pont de Soul, Preuilly-sur-Claise. Vallées de la Vienne, de la Bourouse et de la Veude : Laiterie-Fromagerie du Château de Baronnière, M. Arceau (Avoine), Les Produits Laitiers Ferrand (Anché), Laiterie-Beurrerie Fromagerie de Luzé (Marius Fouquet), Laiterie-Fromagerie de Razines (Marius Fouquet).

Ces 23 usines laitières privées occupent près de 350 ouvriers et employés, dont 50 sont des spécialistes beurriers et fromagers diplômés des Ecoles Nationales d’industrie Laitière. En 1950, les quantités de produits fabriqués par elles et la valeur approximative de ceux-ci se répartissent ainsi : Lait Standard….. 72.000hl….. 210.000.000 frs. Beurre….. 900 tonnes….. 450.000.000 frs. Camemberts….. 1200 tonnes…..240.000.000 frs. Sainte-Maure….. 125 tonnes….. 37.000.000 frs. Autres Fromages….. 100 tonnes…. 20.000.000 frs. Caséine et divers…. 50.000.000 frs.

Le beurre et les camemberts de Touraine, principales fabrications d’une qualité hautement appréciée, sont expédiés dans toute la France, dans la région Parisienne surtout, et parfois même en Afrique du Nord. Toutes ces usines fabriquent également le fromage pur chèvre « Sainte-Maure » spécialité incontestée de la Touraine et cinq d’entre elles approvisionnent Tours et ses banlieues, en lait frais, cru, pasteurisé et en bouteilles.

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 14/04/2016

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