Laiterie Beurrerie de Coulon (79)

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LAITERIE BEURRERIE DE COULON (DEUX-SÈVRES, 79) par Marcel Gousseau.

Laiterie beurrerie fondée le 08 octobre 1891 par la Société de Beurrerie Coopérative de Coulon. 300 fermiers de la région adhérent immédiatement au projet, en mettant en commun le lait de leurs vaches. L'emplacement choisi pour la construction de la beurrerie et d'une porcherie se situe à environ 500 mètres du bourg, et à cinq kilomètres d'une gare. Au début de l'automne 1892, des bâtiments tout neuf sortent de terre : Le premier renferme la salle du moteur, l'atelier de fabrication, un bureau, le hangar pour la réception du lait, et le logement du porcher. Au-dessus de ces pièces s'étend une vaste salle de réunion. Au sous-sol, une cave fraîche est creusée. Le deuxième bâtiment abrite une porcherie pouvant accueillir 300 bêtes. Selon une étude réalisée en 2002 pour l’inventaire Poitou-Charente, Les bâtiments anciens sont en moellon enduit. Le logement du directeur est à un étage carré avec couverture en tuile creuse, comme le bâtiment de la beurrerie. La chaufferie semble être partiellement en moellon enduit et en parpaing de béton ; la couverture est en tuile mécanique. L'atelier de fabrication de poudre de lait, en moellon enduit, possède deux étages carrés et son toit est couvert d'ardoise. Les entrepôts en pan de métal et tôle en essentage sont couverts de ciment amiante. La cheminée circulaire en brique mesurait sans doute entre 25 et 30 m de haut avant son arasement. La cheminée métallique qui se dresse non loin d'elle paraît mesurer 25 m. La porcherie, en pan de béton et parpaing, est couverte de tuile creuse. Il semble, d'après les témoignages, que la porcherie, bâtie en même temps que la beurrerie, était couverte à l'origine de roseaux. Les bureaux sont en parpaing de béton et couverts d'un toit à longs pans caché par la partie haute des murs. L'installation complète des bâtiments va coûter 70.000 francs. La production démarre le 08 novembre 1892.

L'équipement consiste en une machine semi-fixe d’une puissance de sept chevaux, de trois écrémeuses, d’une baratte de la marque Chapellier, d’un malaxeur et d’un treuil pour bidons. Le terrain est doté d'un puits situé non loin de la Sèvre niortaise, où s'écouleront les eaux usées. A cette époque les eaux usées n’étaient pas traîtées avant d’être déversées dans les rivières. Une autorisation préfectorale, datée du 3 août 1891, permet l'exploitation de cette beurrerie ainsi que d'une porcherie. Le matériel est acheté à M. Duvert, mécanicien à Niort, et les 50 bidons de 20 litres sont fournis par M. Suberlat, ferblantier à Coulon. En 1895, la quantité annuelle de lait ramassé se chiffre à 2,8 millions de litres. Coulon va produire cette année-là 140 tonnes de beurre vendu principalement à Paris. Les produits de la vente des porcs va largement contribuer aux bénéfices. L'usine employait une dizaine de personnes. En 1900, le nombre de sociétaires passe à 800. Ils possèdent 2600 vaches laitières de race parthenaise. Six nouveaux laitiers sont embauchés, dont deux circulent en barque.

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L’Echo Rochelais, dans son édition du 23 novembre 1901, rapporte une série d’incendies criminels qui touchent successivement les Laiteries Coopératives de Coulon et de Magné. « Lundi soir, vers 8 heures 1/4, plusieurs personnes, en passant sur le chemin qui conduit du bourg à la laiterie, s’aperçurent que le feu venait d’éclater dans un hangar occupé par M. Morin, mécanicien. Les habitants de Coulon, prévenus aussitôt, accoururent bientôt sur le lieu du sinistre, ainsi que les pompiers. Parmi les premiers arrivés, et alors qu’on constatait la difficulté de se rendre maitre du feu qui avait déjà atteint le sommet du hangar, quelqu’un fit remarquer que des flammes apparaissaient sur la toiture de la laiterie, située à une cinquantaine de mètres de là. Alors, un jeune boulanger de Coulon, M. Goichon, courut vers ce nouvel incendie, et, avisant une échelle appliquée sur la toiture d’un hangar contigu à la laiterie, escalada celle-ci et courut à la partie du toit de l’édifice principal d’où s’élevaient les flammes. Là, il vit une grosse botte de paille enflammée posée sur la charpente à une place qu’on avait eu la précaution de préalablement dégarnir de ses tuiles. M. Goichon tenta d’éteindre les flammes en jetant dessus son veston enlevé à la hâte. Mais il était trop tard ; déjà la paille avait communiqué le feu à la toiture. En quelques instants, les deux incendies prenaient des proportions effrayantes. Pendant que le hangar de M. Morin n’était qu’un brasier au milieu duquel flambaient une charrette, une batteuse, un pressoir et quelques autres instruments agricoles, l’incendie de la laiterie gagnait toute la toiture. Le moment était décisif. Cependant les secours étaient organisés avec une promptitude merveilleuse par les courageux pompiers et la vaillante population. D’un côté, une chaîne se formait rapidement pour aller chercher de l’eau à la rivière éloignée de deux cents mètres environ ; d’un autre côté, on forçait et brisait les portes de la laiterie, faute de pouvoir se les faire ouvrir par M. Texier, le gardien, profondément endormi dans une chambre située à l’extrémité du bâtiment. A ce moment, toute la charpente était en feu et l’incendie allait fatalement se communiquer au plancher du grenier et aux objets éminemment combustibles qui s’y trouvaient amassés, tels que paillons, paniers et papiers, lorsque quelqu’un eut une idée qui fut le salut. Dans le grenier se trouvaient deux grands réservoirs remplis d’eau pour les différents usages de l’usine ; on creva les tuyaux de descente et en quelques minutes tout le plancher se trouva inondé, formant un rempart isolant entre le foyer de l’incendie et tout l’outillage situé au rez-de-chaussée. Il n’y eut plus qu’à s’attaquer au feu luimême dont on réussit à se rendre maitre après deux heures d’efforts désespérés. Les dégâts sont considérables. Sans parler de la destruction des machines de M. Morin et du hangar qui les abritait et qui appartenait à Mme veuve Roy, — ce qui représente une perte d’environ 6.000 francs,— la laiterie ne pourra être remise en état de marcher qu’avec une dépense de plusieurs milliers de francs. Il faut y ajouter le préjudice qu’elle subira du fâit de l’arrêt de son fonctionnement pendant une semaine au moins. Ces dommages seront réduits à leur minimum grâce à l’entente avec une laiterie voisine, celle d’Irleau croyons-nous, qui traitera le lait de Coulon pendant la durée des réparations de l’usine incendiée.

La fabrication de caséine débute en 1910, au moment où une partie du matériel est renouvelé et qu'une machine frigorifique et une chambre froide sont installées. L'établissement reprend la laiterie d'Epannes en 1919. En 1922, M. Alphonse Beillat, président de la laiterie Coopérative de Coulon est présent au Congrès National de la Mutualité, de la Coopération et du Crédit Agricole. En 1949 est mise en service l'une des toutes premières unités de fabrication de poudre de lait de la région, selon la méthode Spray, dans un corps de bâtiment largement transformé à cet effet.

Dans les années 1960 sont construits un bâtiment abritant des bureaux et un nouveau laboratoire, et le quai de réception du lait est transformé. Les entrepôts datent vraisemblablement aussi de cette période. En 1965, Coulon s'associe avec les laiteries de Frontenay-Rohan-Rohan, Usseau, Maillezais, Le Gué et Nieul-sur-l'Autize pour former l'Union des Laiteries Coopératives du Marais. A partir de 1985, regroupée avec Maillezais (85), l'établissement prend le nom d'Union de la Venise-Verte. L'ancienne cheminée en brique a été arasée et remplacée par une conduite en métal. Le beurre est vendu à des boulangers-pâtissiers industriels, comme la poudre de lait, dont une grande partie est exportée.

Papier beurre fab coulon 500 grs

La Laiterie Coopérative de Coulon c’est plus d’un siècle d’activité économique et sociale ancrées dans la mémoire collective locale. Malheureusement, en 2003, la laiterie va cesser ses activités, l'essentiel de la production est ramené à Maillezais siège de l'Union Laitière de la Venise Verte.. C'était l'époque où Coulon transformait le lait de vache en poudre de lait infantile ou pâtissière. Promu à la friche, en 2005, le site était sauvé in extremis par Ségolène Royal et le Parc Interrégional du Marais Poitevin. Ce dernier à l'occasion d'une visite, a permis de rappeler combien la transformation du site est évidente. La friche supposée a laissé place à un véritable complexe touristico-commercial. L'objectif de la réhabilitation de ce site est double ; il s'agit de redonner vie à un patrimoine et de valoriser les produits et ressources locales du Marais dans une des communes les plus touristiques du Parc. La cour composée de grandes dalles de béton balayées, ponctuées de ligne en acier, rappelle la mémoire industrielle du site. De grandes fosses de plantations agrémentées d'essences locales offriront des assises aux visiteurs. Une nouvelle terrasse et un espace de dégustation seront aménagés. L'entrée de ce pôle des produits du Marais sera améliorée pour en renforcer la lisibilité et le lien avec le bourg.Différentes étapes montrent toute l'évolution de ce site de la laiterie : en 2006, installation de la Conserverie et son atelier de transformation ainsi qu'une boutique ; en 2009, arrivée du Conservatoire de plantes et races animales locales ; en 2011, La Brasserie du Marais poitevin fabrique de bières artisanales (Tête de Mule) ; en 2012, biscuiterie et chocolaterie, d'améliorent encore l'aspect des lieux et apportent un plus économique.Autres bénéfices sur le plan communal, le parcours pédestre en rejoignant le bourg par les bords de Sèvre et la proximité de plusieurs parkings. Tout concorde à la découverte de ce bourg touristique. (Source la Nouvelle République 19-06-2015). Joël Bourchenin, maire d'Arçais, connaît bien l'histoire des lieux pour y avoir effectué en 1968, un stage de fins d'études. Voir ce film de 4'37'' en cliquant sur le lien : https://www.youtube.com/watch?v=TX-sSBEpajw

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 27/11/2020