Collet, Crèmerie (Paris, 75)

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CRÉMERIE COLLET. [124, RUE SAINT-CHARLES, PARIS 15ème]

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Cette très belle crémerie située au 124 rue Saint-Charles à Paris dans le 15ème arrondissement, fait partie de ses magasins parisiens protégés aux monuments historiques. (Inscription par arrêté du 23 mai 1984). Installée vers 1930, elle était tenue par la famille Collet. La devanture est réalisée en marbre noir pour le soubassement, et gris-blanc pour les montants, par l‘entreprise Guittard. Le décor intérieur d’une grande finesse, comporte des étagères et un comptoir également réalisés en marbre, sous un très beau plafond orné d'une peinture fixée sous verre, où évoluent des papillons et des hirondelles, une décoration signée Rama. Malheureusement, nos recherches nous conduisent à un fait divers dramatique, lié à cette crémerie, et rapporté par le Petit Parisien dans son édition du 29 mai 1933 :

Un drame à Grenelle : Délaissée par son ami, une jeune crémière l’abat dans la rue à coups de Browning. Le blessé meurt à Boucicaut.

Un drame dont une jalousie exaspérée est le seul mobile s’est déroulé hier, en pleine rue, devant une boutique de crémier, 124 rue Saint-Charles. Il était environ 10h30, et cette voie des plus commerçantes, était encombrée par une foule de ménagères occupées à leurs emplettes, Quand six coups de feu crépitèrent, qui clouèrent chacun sur place. Mais, le premier moment d’émotion passé, tout le monde se précipita vers la jeune fille qui, sur le trottoir, devant la crémerie, debout, le bras droit le long du corps, et tenant à la main un pistolet encore fumant, regardait avec le plus grand calme l’homme sur lequel elle venait de tirer et qui s‘était abattu dans une mare de sang. Alertés par les détonations, des agents cyclistes faisaient transporter d’extrême urgence le blessé à l’hôpital Boucicaut. Des passants désarmaient la jeune fille et la remettait entre les mains de gardien de la paix. Conduite devant M. Bonnet, commissaire de Grenelle, la meurtrière Antoinette Ciabrini, née le 10 janvier 1913, à Porto-Vecchio en Corse, a fait au magistrat le récit suivant :

Employée comme crémière chez M. Collet, devant le magasin duquel s’est déroulé le drame, j’avais lié connaissance, il y’a un peu plus d’un an avec un garçon boucher de la boutique voisine. Ce jeune homme, Roger Gopois, qui est né en 1910 à Rouen, m’avait fait une cour assidue, et depuis de longs mois, nous sortions ensemble fréquemment. Comme il m’avait laissé entendre qu’il m’épouserait, je me laissais aller à mon penchant pour lui, et il y’a deux mois je devins sa maîtresse. Presque aussitôt, mon ami changea d’allure. Il semblait s’ingénier à ne plus me rencontrer en dehors de notre travail. A plusieurs reprises, je lui en fit la remarque, puisque nous travaillons côte à côte, sans qu’il changeât d’ailleurs sa façon de faire. Il y’a trois semaines, je lui posais nettement cette question : Quand demandes-tu ma main à mon père ? Il me répondit d’une façon évasive et j’eus l’impression très nette qu‘il me délaissait. Dès lors, je n’eus plus qu’une idée : le tuer. Me trouvant de repos le 17 courant, j’achetai un pistolet automatique, 44, rue Saint-Charles, et hier samedi j’eus une nouvelle explication avec Gopois. Je le sommais de tenir la parole qu’il m’avait donnée, mais une fois de plus, il évita de s’engager. Ma décision fut alors prise et, ce matin, quand je me levais, je descendis avec le pistolet acheté il y’a quinze jours, que j’avais chargé. Me tenant devant la porte de la boutique, j’attendais le moment propice où Gopois de son côté paraîtrait à l’étalage. L’ayant aperçu, je lui demandai encore une fois qu’elles étaient ses intentions. Il ne me répondit pas. Alors j’ai vu rouge, et, sans autrement réfléchir, j’ai tiré sur lui tout le chargeur. A aucun moment, mademoiselle Ciabrini n’a montré le moindre regret. On sentait chez elle une décision exaspérée et satisfaite d’avoir mis son projet à exécution. Quant à M. Gopoie, qui comme nous l’avons dit avait été transporté à Boucicaut, il y est décédé peu après son admission.

Changement d'activité en 1997, reprise par un magasin d'antiquités : Au Fer à Cheval....

[Serge Schéhadé, Camembert-Museum, 31/05/2013]

 

Date de dernière mise à jour : 26/02/2015

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