Grande Compagnie Laitière & Industrielle de Normandie (Saint-Martin-d'Audouville 50) (Paris 75) (Chef-du-Pont 50)

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CARTE POSTALE [GRANDE COMPAGNIE LAITIÈRE INDUSTRIELLE DE NORMANDIE, CHEF-DU-PONT]

La Grande Compagnie Laitière Industrielle de Normandie était une société anonyme au capital de 275000 francs, entièrement versés. (Voir le supplément de l’Illustration Economique et Financière du 28 août 1926). La société était enregistrée au registre du  Commerce de Valognes, sous le numéro 1451.
Son premier propriétaire et fondateur serait Monsieur Loudun. L’usine construite à Chef-du-Pont, sur le bord de la route de Pont-1'Abbé, est opérationnelle à partir de 1907, sous le nom de Société Laitière Française et Cie. Dès l’installation de l’usine, la commune et la Préfecture prennent très vite conscience de la chance que représente cette laiterie industrielle pour la région, et le préfet en date du 16 juin 1908, n’hésite pas à autoriser mais à titre provisoire seulement, la société concessionnaire du chemin de fer de Pont-1'Abbé-Picauville à Sainte-Mère-Eglise à arrêter les trains pendant deux minutes, au plus près de la laiterie, pour le chargement et le déchargement des bidons de lait. Un an plus tard, la commission départementale décide d’établir à titre définitif un arrêt au lieu-dit la laiterie.

À une date indéterminée à ce jour, la laiterie va changer de dénomination sociale pour devenir : La Grande Compagnie Laitière et Industrielle de Normandie. L’usine de Chef-du-Pont abritait aussi le siège social de la société. Son premier directeur serait un suédois du nom de Monsieur Lardun. (À vérifier). Dans les années 1920, le directeur de la G.C.L.I.N. est Monsieur Zamaron et son représentant à Paris est Monsieur Bourdois. La société changera de nom encore une fois pour devenir la «Compagnie Laitière Industrielle Normande » (C.L.I.N).

Pour des raisons stratégiques, une deuxième unité de production verra le jour au milieu des années 1920, à Saint-Martin-d’Audouville, département de la Manche. Cette usine employait de 30 à 35 salariés, et produisait jusqu’à 3000 camemberts par jour. Les quais pour la réception du lait étaient surélevés et ne pouvaient accueillir que des charrettes tirées par des chevaux. Pendant la guerre, dans les années 1940, la fromagerie servit de casernement aux troupes allemandes. Elle fermera définitivement ses portes en 1949. ....

Il faut savoir aussi que la société avait dans les années 1930 deux adresses à Paris : 34, rue des Bourdonnais et 11, rue Saint-Denis, ces deux adresses ont servi de siège social à la société, ainsi que de bureaux pour les commandes, à des époques différentes.

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Mutilés de Guerre & Employés de laiterie :

Dans les années 1920, les entreprises se devaient d’employer un certain nombre de mutilés de guerre, sinon, elles devaient s’acquitter d’une redevance. La Grande Cie Laitière & Industrielle de Normandie employait ces personnes dans son établissement de Chef-du-Pont, mais pas dans son usine de Saint-Martin-d’Audouville. Gérant plusieurs établissements la société calculait ce nombre sur l’ensemble des sites lui appartenant, et conteste en justice le règlement de cette redevance. Mais, voici la décision du Conseil d’Etat en 1935, concernant cette affaire :
Requête de la société anonyme La Grande Compagnie Laitière de Normandie », contre Un arrêté, du 30 mars 1933, du conseil de préfecture interdépartemental de Caen; redevance pour l'emploi obligatoire des mutilés de guerre; infractions commises en 1930; établissement de Saint-Martin d'Audouville [Manche]
Vu la loi du 26 avril 1924, CONSIDÉRANT qu'il résulte de l'économie générale de la loi du 26 avril 1924 et notamment de ses dispositions réglant les conditions dans lesquelles elle doit être appliquée, que le personnel à envisager pour l'application de son art: 2 doit s'entendre du personnel de chaque établissement envisagé isolément; que, dès lors, la société requérante n’est pas fondée à prétendre que, pour déterminer le nombre des pensionnés qu'elle devait employer dans son établissement de Saint-Martin-d'Audouville et dont le défaut d'emploi la rendait passible de la redevance prévue par l'art. 10 de cette loi, il fallait tenir compte du personnel travaillant dans un autre établissement qu'elle possédait à Chef-de-Pont; que ladite société, qui ne conteste pas la période retenue pour le calcul de la redevance et qui se borne à demander décharge de celle-ci, doit, dès lors, être maintenue aux droits auxquels elle a été imposée;... (Rejet)

Les Fabrications :

Les deux unités de production fabriqueront jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale
Des laits purs et pasteurisés, des laits condensés sucrés ou non sucrés, des crèmes en tout genre, précisons à ce sujet que les premiers essais de crèmes desserts eurent lieu dès 1936, mais le marché n’était pas encore prêt à cette époque pour de tels produits. On y fabriquait aussi d’excellents beurres, de la poudre de lait, de la caséine, des fromages sous la marque « Diploma » ainsi  que d’excellents camemberts et Pont-l’Evêque, qui étaient expédiés quotidiennement et directement à la clientèle, par la société des chemins de fer.
À noter cependant, qu’à partir de 1951/1952, la fabrication des crèmes desserts Mont-Blanc, deviendra la principale production de l’usine de Chef-du-Pont, puisque la société Lait Mont Blanc créée à Rumilly (Haute-Savoie) en 1917, va transférer toute sa production dans le bocage normand.

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Le Disponible :

Chaque année, d’avril à octobre, l’usine  de Chef-du-Pont, disposait d’une forte production de lait et par conséquent de beurre. Il existait alors certaines quantités de beurre appelées  "DISPONIBLE". Ordinairement, ces quantités disponibles étaient vendues à des acheteurs passagers à un prix inférieur à celui des ordres fermes. Mais la société étant désireuse de faire bénéficier ses acheteurs habituels, elle leur propose d’acheter du "DISPONIBLE" avec une différence de cours intéressante. C’est-ce qu’on appelle aujourd’hui des promotions, et elle le fait savoir par des publicités dans la presse locale et nationale.

Les Dépôts de Marque :

- Le 24 décembre 1907, la Grande Compagnie Laitière de Normandie, à Chef-du-Pont, (Manche), va déposer au greffe du tribunal de commerce de Valognes, la marque « Produits Nec Plus Ultra », représentation d’une laitière et le buste de Louis Pasteur. Cette marque désigne tous produits laitiers, et tous produits et articles se rattachant au lait, au beurre et à leurs dérivés.

- Le 23 mai 1910, la Grande Compagnie Laitière de Normandie, à  Chef-du-Pont, (Manche), va déposer au greffe du tribunal de commerce de Valognes, la marque « Grande Compagnie Laitière de Normandie, Laiterie de Chef-du-Pont » dessin sous forme d’un tampon, désignant des produits laitiers, et tous produits et articles se rattachant au lait, au beurre et à leurs dérivés.

- Le 09 avril 1925, la Grande Compagnie Laitière de Normandie, à  Chef-du-Pont, (Manche), va déposer au greffe du tribunal de commerce de Valognes, trois marques désignant des fromages : « Crème de Chester » « Crème de Cheddar » et « Crème de Cheshire »

- Le 20 mai 1930, la S.A. La Grande Compagnie Laitière Industrielle de Normandie, 34 rue des Bourdonnais, à Paris, va déposer au greffe du tribunal de commerce de la Seine, trois marques désignant du lait condensé et du beurre : « G.C.L.I.N » « Le Cotentin » « Le Bocage »

- Le 23 février 1932, la S.A. La Grande Compagnie Laitière Industrielle de Normandie, 34, rue des Bourdonnais à Paris, va déposer au greffe du Tribunal de Commerce de la Seine trois marques de fromage avec la mention « Produits Nec plus Ultra »  Une première étiquette représentant Louis Pasteur et le Mont Saint-Michel, une deuxième montre un phare et probablement Saint-Martin d’Audouville, et la troisième étiquette avec une fermière porte la marque « Camembert Extra-Fin Le Cotentin »

- Le 10 décembre1937, la S.A. La Grande Compagnie Laitière Industrielle de Normandie, 34 rue des Bourdonnais, à Paris, va déposer au greffe du tribunal de commerce de la Seine la marque  « Le COTENTIN » qui  désigne du lait en poudre (poudre de lait).

- Le 26 novembre 1940, la S.A. La Grande Compagnie Laitière Industrielle de Normandie, 34 rue des Bourdonnais, à Paris, va déposer au greffe du tribunal de commerce de la Seine, la marque « LACTASOL » désignant un lait écrémé en poudre et conserve de lait.

 

 

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Les Récompenses :

Diplômes de médaille d’Or au Concours Général Agricole de Paris en 1909, 1922 & 1923.
Médailles d’Or (Beurre Pasteurisé) Concours Général Agricole de Paris en 1926-1927-1928-1929-1930-1934-1935-1938.
Médaille d’Or (Camembert) Concours Général Agricole de Paris : 1926
Médailles de Bronze (Camembert) Concours Général Agricole de Paris : 1927-1932Médaille d’Or (Lait en poudre) Concours Général Agricole de  Paris : 1936
Médailles d’Argent (Lait en poudre) Concours Général Agricole de Paris : 1926,34,35,37
Médailles d’Argent (Beurre pasteurisé) Concours Général Agricole de Paris en 1910-1912-1932-1933-1939
Médailles d’Argent (Crème fraîche) Concours Général Agricole de Paris : 1926-1934-1936
Médailles de bronze (Crème fraîche) Concours Général Agricole de Paris : 1937
Médaille d’Argent du Ministère de l’Agriculture en 1922.
Diplôme d’Honneur à Strasbourg en 1923.

Une Recette Suisse :

Pourquoi Mont-Blanc en Cotentin ? Chef-du-Pont n’a de blanc que le lait de ses vaches et ses marais l’hiver. « Cela vient de l’histoire de cette unité de production » dit son directeur Monsieur Chanier. La société Lait Mont-Blanc, en Haute-Savoie, du groupe Suisse Ursina, cherchait à commercialiser en France des crèmes dessert selon une recette suisse. La Haute-Savoie avait peu de lait. Le groupe Ursina, en 1950, mit son projet à exécution, en achetant la Grande Compagnie Laitière Industrielle de Normandie, c’est-à-dire Chef-du-Pont, alors anglaise. Et, en 1952, la première crème Mont-Blanc sortait de Chef-du-Pont. Et, aujourd’hui, Mont-Blanc, c’est Chef-du-Pont, car toute la marque, sort de cette usine. En 1974, la société Ursina était rachetée par Nestlé.

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La Société Lait Mont-Blanc :

C’est le 27 octobre 1917, que naquit à Bordeaux, la Compagnie Générale du Lait, qui deviendra à partir de 1965, la société Lait Mont Blanc. Son principal fondateur, Louis de Castella, va porter son choix sur Rumilly, en Haute-Savoie, pour la qualité et l’abondance de son lait, acquisition alors de terrains et édification d’une usine qui sera inaugurée le 7 avril 1922. Les débuts sont difficiles car dès 1924, les pouvoirs publics interdisent l’exportation des produits laitiers afin de satisfaire la demande intérieure, et puis l’utilisation du lait concentré sucré n’est pas encore entrée dans les mœurs. Cette usine de Rumilly, comme celle de Chef-du-Pont, appartenait au Groupe Suisse Ursina, qui avait racheté la Grande Compagnie Laitière Industrielle de Normandie en 1950.

Des Documents :

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Date de dernière mise à jour : 03/11/2014

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