Pichon Louis (Carrouges 61)

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FERME FROMAGERIE LOUIS PICHON [CARROUGES-61] par Gérard Clouet.

Décidément le dépouillement des archives de la fromagerie Lavalou*1 déposées par madame Lavalou en 1981 aux archives départementales de l'Orne n'a pas fini de révéler des surprises*2. Le dossier de la correspondance de 1911 contient une lettre de Louis Pichon (1879-1958)  adressée à Jean-Marie Lavalou. Il indique dans ce courrier daté du 11 mai : « Pour cause de départ, je cesse la fabrication du camembert », et lui propose à l'achat du matériel de fabrication dont il cherche à se défaire...comprenant « 400 moules à camembert, 300 pour demi-camembert, 3 bacs à lait de 100 litres et 2 de 80 litres, 18 pots laitiers de 20 litres ». Soit un matériel capable d'assurer potentiellement la production d’environ 300 camemberts par jour. Jusqu'à présent ce fabricant n'était apparemment pas connu. Les recherches dans les recensements de la population de Carrouges de 1906 et 1911 ainsi que dans les registres d'état civil ont permis de trouver rapidement les renseignements pour cerner à l’essentiel son parcours. Louis Pichon naît en 1879 au lieu-dit « la Gringorière » à Carrouges, où son père Alphonse est marchand de bœufs et exerce un temps les fonctions de maire (1876). Sa sœur aînée, comme sa mère Germaine Leroyer (1852-1900), a vu le jour à Paris en 1875 Comme lui ses deux autres sœurs sont mises au monde à « La Gringorière » en 1876 pour Hélène et 1884 pour Jeanne.

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Un bulletin de l'Association  Normande de 1895 Association Normande  contient un article qui décrit la ferme de « La Gringorière »*3 :

« RAPPORT DE LA VISITE DES FERMES, dans l'arrondissement d'Alençon. 1- Ferme de la Graingorière, exploitée par M. Alphonse Pichon, de Carrouges. M. Pichon exploite, autour de son habitation, 109 hectares, dont 75 lui appartiennent : ils se composent de 8 hectares de labour, 20 de prairies à faucher, et de 80 d'herbages ; de plus, il loue ou possède à quelques lieues de chez lui 65 hectares d'herbages. L'assolement n'est pas régulier ; les récoltes nous ont paru suffisantes, pour la médiocrité des terres de labour. Mobilier : 9 vaches à lait, veaux de lait, 15 taureaux de deux âges, 32 chevaux, dont 8 poulains de lait. Une partie des chevaux sont des percherons, les autres des demi-sang ; les percherons sont très bons. Les bêtes à cornes sont excellentes, surtout la collection des taureaux. En plus, M. Pichon engraisse 250 bœufs à l’herbe ; il fait deux levées par an dans les mêmes herbages. Ces herbages ont été créés par lui, et sont devenus très bons, grâce à ses soins intelligents. M. Pichon a su donner le bon exemple dans tout le pays de Carrouges. Sa laiterie et sa basse-cour sont bien tenues. L'ensemble de l'exploitation de la Graingorière nous a paru remarquable, surtout les herbages ; aussi le jury place M. Pichon au premier rang. »

 

Carrouges pichon louis

Pour ce qui le concerne, à 19 ans, la profession de représentant de commerce ne semblant plus lui convenir, Louis s'engage dans l'armée en 1898. Il sort sous-lieutenant de l'école de Saint Cyr en 1900 pour être affecté au 14ème Hussard à Alençon (61). En 1902, il y est promu lieutenant, puis transféré en 1906 au 15ème régiment de Chasseurs à cheval. En 1907, il demande un congés sans solde avec apparemment le projet de prendre la succession de son père (âgé de 68 ans) dans la ferme familiale. Son fils Robert va y naître en 1907. C'est probablement à cette période qu'il crée « la fromagerie du Val d'Écouves». La seule étiquette connue à ce jour est issue de la collection d'Eric Delpierre. Il s'agit d'un  petit module imprimé par Haby-Lemarié à Flers. Sur un fond vert pistache un énigmatique K rouge repose sur deux boites de camembert stylisées; un rébus évident pour Carrouges. La mention  fromagerie du val d'Ecouves Carrouges en lettres de type art nouveau ne laisse que peu de place au doute l'attribuer à Louis Pichon même si son nom n'y figure pas.

En 1910, arrivé au terme de ses 3 années de mise en disponibilité, il démissionne de l'armée. Lors du recensement de 1911, il est encore présent avec sa femme et son fils à « La Gringorière » où il bénéficie de l'aide de deux domestiques. Il déclare exercer la profession d'herbager sans signaler qu'il fabrique du camembert. C'est cette même année qu'il décide de cesser ses activités de fabricant de camembert et de vendre tout son matériel. Rien ne permet de situer avec précision la date de son départ de « La Gringorière » ni d'affirmer qu'il réintègre l'armée. Répondant à la mobilisation générale décrétée le 1ier août, il rejoint l'armée dès le 2. Il est affecté dans des états-majors et nommé capitaine en 1916. Démobilisé en 1919, il se retire d'abord à Paris en 1920, puis à Granville (50) entre 1921 et 1932. Il est décoré de la légion d'honneur en 1923 et décède en 1955 à Cagnes sur mer (06).

*1  Dépouillement effectué avec Michel Lebec / *Voir la notice Simonet Almenèches du même auteur publiée en 2017/ *3 Communication Serge Schéhadé 2017.


 

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 16/06/2018

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