Jolivet Ovide (51)

 

La ferme de Monsieur Ovide Jolivet à Caurel, dans la Marne, entre 1885 et 1890. Sur les marches de la cuisine on peut voir Mme Jolivet, avec à sa droite son époux Ovide et leur fils René. Au fond, sont photographiés la servante et les ouvriers de la ferme à côté des bidons de lait. Les bâtiments visibles sur la carte postale existent toujours mais l'étable est démolie.

LA FERME JOLIVET [CAUREL 51]

Jean-Marie-Ovide était né le 6 décembre 1859 à Caurel. En décembre 1853, il épousa Aline-Juliette Jullien née le 5 avril 1860 à Pomacle (localité située à 3 km de Caurel). Il exerçait les activités de cultivateur, laitier, maître fromager et maître beurrier. La carte postale date des années 1890. On y voit, sur les marches de la cuisine, le couple avec leur premier fils, Louis René. Le grand nombre de bidons témoigne de l'importance de l'exploitation. Sur la gauche, une carriole portant le nom des propriétaires. Le véhicule tiré par un ou deux chevaux servait à aller vendre sur le marché de Reims les excédents de lait, crème, beurre et fromage. Il était également utilisé pour approvisionner l'association "La goutte de lait", l'une des nombreuses oeuvres de protection de la première enfance, due à l'initiative de la maison Werlé et qui ne cessa pas de fonctionner pendant la guerre. Le conducteur de la carriole, Frédéric Broquelaire était l'homme de confiance de la ferme. Il mourut prématurément à la guerre de 14/18. Son épouse travaillait elle aussi chez les Jolivet. Louis René prendra le relais de l'exploitation. En mai 2011, je me rends à la ferme qui a cessé toute activité depuis 1961 suite au décès du vacher, elle est en cours de rénovation. Je découvre dans la cave des bouteilles de vieux champagne et d'autres vins oubliées là depuis des années. Une bouteille porte l'étiquette "Gustave Outrin, docteur pharmacien. Présure, 10 à 15 gouttes par litre de lait". Ceci semblerait prouver qu'on fabriquait bien du fromage à la laiterie Jolivet. La baratte, l'écrémeuse et le baquet qui servait à laver les bidons ont été conservés dans une remise comme témoignages du passé

Fin 1959-1960, le cousin René Jolivet le fils d'Ovide arrête brusquement son activité. Cette décision est consécutive à la mort de Paul, dit Popol, le vacher.

Paul a l'habitude d'aller boire quelque verres au café le dimanche soir. Il rentre à 22h ; en effet, Mme Bourse, la cafetière du village ferme son établissement à cette heure bien précise, craignant les contrôles des gendarmes de Bazancourt. Un lundi matin, de sa démarche chaloupée (effets conjugués de la fatigue et de l'alcool) Madame Boirsnoult dite Nini se rend à la ferme pour traire les vaches. Elle entend meugler, il se passe quelque chose d'anormal. A cette heure là, Paul devrait être au travail pour pailler l'étable et nourrir les bêtes. Elle se précipite, tout est éteint, Paul a dû avoir une panne d'oreiller, Nini va carillonner René le patron qui n'a rien entendu, sa chambre donnant sur la rue. René arrive immédiatement, ouvre la porte de l'escalier et découvre le corps du vacher au bas de l'escalier, contre la porte.

Paul est mort depuis sans doute la veille, peut-être sur le coup ou en demandant en vain de l'aide. Complètement ivre, il a dû rater une marche et dévaler l'escalier à la renverse. On ne connaîtra jamais les circonstances exactes de sa mort. Cette disparition tragique met tout le village en émoi. Le même jour, le cousin René décide de vendre tout son cheptel et de louer ses terres aux Delorme cultivateur de Caurel. Les deux ouvriers de la ferme Léon Lamort et Jean Boirsnoult suivront chez leur nouveau patron, Madame Broquelaire dite Zézette continue à travailler chez René et Angélina jusqu'à sa retraite. René Louis Jolivet meurt le 28 décembre 1961 ( déclaration faite par Léon Octave, 72 ans, frère de René, directeur de coopérative et maire de Caurel en 1945).

Texte pour le Camembert-Museum, d ‘après les souvenirs de Monsieur Jean-Luc Jolivet que nous remercions. [17 mai 2011]

 

 

Date de dernière mise à jour : 15/06/2015

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