Laiterie Coopérative de Davrey (10)

10-Davrey Laiterie Coopérative

LAITERIE COOPÉRATIVE DE DAVREY (AUBE-10)

La Coopérative Laitière de Davrey fondée en 1908, était située au bord de l'Armance, au hameau de la Haute Vacherie. Elle connaîtra quelques difficultés à ses débuts,  mais celles-ci sont vites balayées lors du discours inaugural de la Coopérative, prononcé par Monsieur Quénard en février 1909 :

Messieurs,

En m'appelant à présider ce banquet, vous m’avez imposé le traditionnel toast : Rassurez-vous, je serai très bref. Rien ne me désignait pour occuper cette place. Si vous avez voulu honorer un vieux mutualiste, je vous en remercie bien sincèrement. Pourtant, je n'ai aucun mérite à l'être : c’est un goût de terroir, rien de plus. On naît coopérateur dans les pays de montagnes et l'union y est une question de vie ou de mort. L'expérience de la vie m’a prouvé que l’homme seul arrive difficilement à sortir de sa sphère et qu’un peu d’aide fait souvent grand bien. Voilà pourquoi j’ai toujours aidé de mes faibles moyens toute tentative faite pour arriver au groupement corporatif. J’ai secondé avec le plus vif plaisir les courageux citoyens qui ont prix l’initiative de la boulangerie coopérative. Ils avaient confiance dans la réussite de leur œuvre. Aujourd’hui ils peuvent la contempler avec orgueil. J’ai accordé le même concours aux promoteurs de l’œuvre de la laiterie coopérative, Ah ! Les difficultés étaient grandes. Il fallait une mise de fonds considérable, l’écoulement des produits était fort aléatoire. Il fallait vaincre des hésitations bien justifiées il est vrai, tant l’horizon était chargé de nuages. Ces nuages sont aujourd’hui dissipés.

M. Sagourin, notre sympathique professeur départemental d’agriculture, a bien voulu venir apporter à l’entreprise l’appui de ses lumières. Je lui en adresse mes sincères remerciements. MM les membres du bureau, aidés de tout le conseil d’administration, avec le concours de M. Bernot architecte et de tous les entrepreneurs, n’ont marchandé ni leur temps ni leurs peines soit pour visiter des exploitations modèles d’associations laitières, soit pour établir un projet de construction et apporter à ce projet toutes les améliorations que les renseignements puisés un peu partout suggéraient à chacun. Grâce à ces concours dévoués et empressés, malgré des retards sans cesse renaissants, l’œuvre a marché et aujourd’hui nous en saluons l’entrée dans la vie commerciale effective en ce baptême solennel. Messieurs, je vous adresse mes vives félicitations, et au nom des producteurs de lait des communes de Davrey, d’Avreuil et de Chessy, je vous remercie sincèrement de votre dévouement. Et je terminerai en vous demandant de tendre fraternellement la main à ceux qui ont hésité à nous donner leur adhésion à la première heure : les gros bataillons assurent la victoire. Si nous sommes 100 aujourd’hui, soyons 150 demain ! Je lève mon verre à la réussite de notre jeune association, puisque sa prospérité augmentera le bien-être de chacun de nous.

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1910- Concours du Comice Agricole de Troyes, la Laiterie Coopérative de Davrey est récompensée d’une médaille d’argent, prix d’ensemble, médaille Vermeil et 5 francs pour ses beurres frais. Une médaille d’argent pour ses fromages frais à la crème, ainsi qu’une médaille d’argent pour son coulommiers.

En 1925, une excursion de l'école d'agriculture, relatée par les participants, nous permet de mieux connaître la coopérative et ses installations :

Sur la route sinueuse et boueuse qui va de la gare d’Ervy au hameau de la Vacherie, la joyeuse caravane patauge allègrement dans les flaques limoneuses. Les jeunes gens — cet âge est sans pitié, mais d’une si belle insouciance ! ne s’embarrassent pas pour si peu, et l’on arrive bientôt au terme de la première partie du voyage. Voici la laiterie, dont le bâtiment blanc, d’aspect élégant et propre, apparaît enfin à l’un des tournants, de cette route, cousine très lointaine de la ligne droite. Reçus par M. Michou, président» et Maréchal, directeur de la Coopérative laitière, la visite de l’établissement commence aussitôt sous la conduite de. M. Bernot, gérant, qui, avec une bonne grâce inlassable, donne toutes les précisions qui lui sont demandées sans répit. C?est ainsi que l’on peut suivre les diverses manipulations du lait, depuis son arrivée jusqu’à sa transformation en beurre et en fromages. Ces opérations sont trop connues pour que nous nous y étendions longuement. Mais nous devons dire que dans le minimum d’espace, les créateurs de la laiterie coopérative ont réalisé le maximum des perfectionnements les plus modernes. Le lait, versé dans un bac déjà chauffé, passe, avant de descendre à l’écrémeuse, sur un réchauffeur qui porte sa température à 33 degrés environ. Il est dirigé de là vers l’écrémeuse, machine remarquable qui fonctionne depuis 1909 et a toujours donné toute satisfaction. C’est un appareil Burmeister, de fabrication danoise, et pouvant écrémer 2.500 litres à l’heure. La crème obtenue n’est pas barattée avant 48 heures, de façon qu’elle communique au beurre un parfum et une saveur spéciaux. Dans ce local où se fabrique le beurre, M. Bernot montre aux élèves la baratte horizontale qui peut contenir 150 litres de crème ; le malaxeur qui pétrit la pâte et la débarrasse de l’eau et du petit lait ; les moules qui font les mottes de beurre de 250, 500 grammes, ou plus. La propreté la plus complète règne dans ce local, favorisée d’ailleurs par l’eau qui arrive en abondance dans toutes les parties de l’usine. Au passage, nous remarquons la machine à vapeur, de 15 chevaux, à chaudière verticale, qui actionne tous les appareils, plus une dynamo fournissant l’éclairage de l’établissement. Cette machine fait également fonctionner un moulin concasseur et aplatisseur, destiné à préparer la nourriture des porcs. Le lait écrémé, au sortir de l’écrémeuse, passe automatiquement. dans un second bac, où il est mélangé à du lait pur dans la proportion de 70 p. 100. Ce mélange est mis en présure, et bientôt, dès que la pâte se forme, celle-ci est placée dans des moules. Cette opération se fait dans une grande salle, où la température est maintenue, aux environs de 22 degrés. On pourrait s’attendre à respirer dans ce local l’odeur sui yeneris qui a illustré dans le passé, et qui révèle dans le présent, les fromages les plus célèbres. Là, rien de semblable ; aucune senteur désagréable ne se manifeste, et cette circonstance serait de nature à réconcilier avec le fromage ses ennemis les plus irréductibles. Après un rapide coup d’œil aux séchoirs et à la salle d’expédition, les élèves visitèrent la porcherie, annexe obligatoire de toute fromagerie. II y a une cinquantaine de porcs magnifiques» dans des boxes de ciment, d’une propreté méticuleuse. Ces ‘animaux, que Monsclet n’hésite pas à traiter de « divins » sont nourris de farine d’orge et de petit lait, nourriture parfaite, si nous nous en rapportons à la mine florissante des sujets. Cette belle exploitation emploie sept personnes, plus deux conducteurs chargés du ramassage du lait qui est fourni par Davrey, Chesley, Avreuil et Montigny-Ies-Monts. M. Chauffard, qui avait bien voulu également au cours de cette visite, guider la caravane à travers l’établissement, veut bien l’accompagner encore au MOULIN COOPÉRATIF DE SERVANES.

D'autres informations devant être vérifiées sont à venir.

Sources : Le Petit Troyen (1909).

Serge Schéhadé [Camembert-Museum, première édition, le 12 juin 2021]

Date de dernière mise à jour : 12/06/2021