Etiquettes et Typographie.

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ÉTIQUETTES ET TYPOGRAPHIE

S'il est un thème négligé par les collectionneurs d'étiquettes, c'est bien celui qui ne comporte aucune image, le texte seul faisant office d'illustration. Parent pauvre de la collection, dans tous les sens du terme, pauvre dans sa conception, pauvre dans son apparence, souvent pauvre dans sa fabrication. Cependant, ces étiquettes témoignent elles aussi à leur façon de leur époque. La typographie accompagne et souligne les styles et les modes. Elle en exprime toutes les facettes au même titre qu'une illustration élaborée. Ces étiquettes dont seule la typographie est présente, agrémentées parfois de quelques fantaisies graphiques ont été conçues soit volontairement humbles et modeste pour communiquer une simplicité voulue ou par défaut de moyens ou par manque de volonté. L'étiquette "Le sans ticket" par exemple participe de ces principes alors que les étiquettes réalisées par Henri Pennec sont conçues en quelque sorte comme de véritables anti-étiquettes. D'autres imprimées en bichromie, le plus souvent blanc/bleu, sont destinées aux fromages double crème, frais ou de régime. Mais beaucoup assument le choix de la typographie avec un graphisme affirmé, devrais-je dire de "caractère".

Comme tout, la typographie a évolué à travers les âges, en fonction des goûts et des usages, bien sûr, mais aussi en fonction des techniques dont elle est tributaire. Nombre de typographes se sont évertués, pour en faciliter l'usage, à en établir un classement ; parmi eux Francis Thibaudeau avait défini en 1921 quatre grandes familles chacune déterminée par le type d'empâtement des lettres. La forme de ceux-ci répondant à l'évolution des différentes techniques utilisées pour les dessiner, les graver ou les imprimer. C'est, de toutes les classifications, la plus aisée à appréhender si l'on n'est pas spécialiste.

La première de ces familles se nomme "les Antiques" (ou bâton) ; caractère sans empâtement, (lettres dessinées avec le doigt sur le sable par exemple). Deuxième famille "les Elzévir", du nom d'une célèbre famille de typographes hollandais, regroupe les caractères à empâtements triangulaires (comme ceux des lettres gravées dans la pierre dont la base des empâtements est finalisée et accentuée par deux coups de burin). Troisième famille "les Didot" du nom du célèbre imprimeur Firmin Didot ; ils définissent les caractères dont les empâtements sont faits d'un trait fin de tire-ligne (technique qui n'a pu apparaître qu'avec l'invention de la lithographie). Enfin la famille des "Egyptiennes" qui regroupe les caractères à empâtement rectangulaire (cette famille de caractères a fait son apparition avec les besoins de la presse et de l'affichage à la recherche de caractères forts et puissants).

À ces quatre grandes familles il faut ajouter les cursives ou scriptes (toutes lettres issues de l'écriture manuelle), les Gothiques (origine France) ou les Frakturs (origine Allemande), enfin les fantaisies (lettres ne respectant aucune règle et obéissant uniquement à l'imagination de son créateur). À cette classification Thibaudeau s'est ajoutée en 1954 celle du typographe Maximillien Vox qui, lui, décomposa les caractères en neuf familles, dites "fondamentales", familles qu'il serait fastidieux de détailler ici. Ayons par contre présent à l'esprit que la photocomposition, les déformations et modifications d'approche que nous permettent les ordinateurs ont considérablement bousculé ce qui semblait figé. Le déferlement incessant de caractères mixtes ou fantaisistes venus des créateurs du monde entier dans lesquels le besoin de se différencier l'emporte le plus souvent sur le souci d'une lecture aisée.

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Mais arrêtons nous un instant sur les bouleversements engendrés par l'arrivée des nouvelles techniques de reproduction (photocomposition, numérisation…). La plupart des caractères existants et notamment les plus anciens n'étant pas protégés (comme certains de nos fromages) furent copiés, déformés, trahis, quelquefois débaptisés. C'est ainsi par exemple que le Garamond (gravé au 16e siècle par Claude Garamont) caractère magnifique, aboutissement d'une longue expérience, dessiné exclusivement en italique et en romain (caractère droit) se retrouve aujourd'hui comme beaucoup d'autres, interprété et déformé selon la fantaisie d'intervenants ineptes, dans des graisses et des contorsions qui le rendent méconnaissable. Avez-vous remarqué l'inconfort que l'on éprouve à utiliser les couverts "modernes" dans beaucoup de restaurants alors que les couverts dits des "Fermiers Généraux" avaient atteint une parfaite ergonomie dès la fin du 18e siècle.

La typographie c'est tout d'abord un dessin particulier de la lettre dont les fonctions sont bien définies. À l'origine sont les caractères de labeur destinés à l'édition (livres, journaux) ou aux "travaux de ville" (cartes de visite, têtes de lettres). Ces caractères employés essentiellement dans de petits corps doivent être d'une grande facilité de lecture et en cela ils sont, restent et resteront à l'écart des modes. Un exemple parfait de ces caractères est le Times New Roman, aujourd'hui fort répandu ; il fut créé et gravé de 1930 à 1932. Le journal éponyme (dont je ne sais s'il en fut le commanditaire) fut dans sa nouvelle maquette entièrement composé de ce nouveau caractère. Afin d'en faire la promotion, le numéro 51634 du "Times" daté du 8 mars 1950 qui rendait compte de la visite du président Vincent Auriol à la Cour d'Angleterre fut réimprimé en fac-similé sur papier Bible au format incroyable de 13 cm sur 18 cm. Chaque lettre restant distinctement identifiable. L'incontestable démonstration de la lisibilité de ces exemplaires destinés aux professionnels en assura la promotion.

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En dehors des caractères de labeur, se trouvent les caractères destinés aux titres, aux enseignes, à l'affichage dont les contraintes sont moindres dans la mesure où leur emploi ne dépasse pas la plupart du temps la longueur d'une petite phrase, le plus souvent quelques mots. Là, l'originalité, la créativité, la fantaisie peuvent s'exprimer pleinement, mais n'oublions pas que tout l'art du typographe consiste à adapter au mieux la forme au sens. On n'écrit pas "béton" comme on écrit "dentelle", et la pochette de disque d'un rocker ne doit pas se confondre avec l'étiquette d'une crème apaisante. Le grand typographe sera celui qui tout en appliquant ces règles élémentaires y ajoutera sa patte, sa personnalité.

Il semblerait que la typographie soit perçue comme un univers austère ; je voudrais lever ce préjugé en évoquant une plaisanterie que j'oserais qualifier d'éculée : - élève à l'école Estienne à Paris le dessin d'alphabets faisant partie des prémices de notre enseignement, le professeur en nous corrigeant ne manquait pas à l'occasion de nous faire remarquer avec malice que notre P était trop près de notre Q et qu'il fallait y mettre un peu d'air. À la section composition typographique, il était de bon ton de signaler que si on voulait faire une bonne impression il fallait avoir un bon caractère.

J'en termine là des digressions qui nous éloignent de notre sujet : étiquettes et typographie. En espérant que ces quelques informations transmises vous permettront de jeter désormais un œil bienveillant sur ces humbles et discrètes étiquettes.

Michel Coudeyre – 24 octobre 2013


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Date de dernière mise à jour : 24/11/2013

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