La Photo dans les Étiquettes.

   

UTILISATION DE LA PHOTO DANS LES ÉTIQUETTES DE FROMAGE.

Tous les styles et toutes les techniques ont été utilisés pour illustrer les étiquettes de fromage, chaque époque et chaque artiste apportant qui ses modes, qui sa patte. La photo n’y joue qu’un rôle mineur sinon accessoire car techniquement limitées et peu adapté à des représentations oniriques. Absente à l’origine des premières étiquettes elle dût attendre la mise au point du procédé d’impression offset pour pouvoir faire ses premières apparitions. L’appropriation de cette nouvelle et moderne façon de s’exprimer ne profita que progressivement des avancées de ce nouveau mode d’impression. Contrairement à l’illustration qui se prête à tous les sujets, qui porte en soi une charge symbolique, qui peut à volonté contraindre la réalité, la magnifier ou l’interpréter en fonction des ses objectifs, la photo la reproduit servilement, reste figée sur elle et date immédiatement le sujet qu’elle représente. Rares et souvent méprisées sont les apparitions de ces étiquettes dans nos collections. Le savoureux « Calendos de Tutur » montrant la jovialité de son heureux propriétaire, la panique des enfants de « Ker-Yann » devant l’objectif ou encore les débuts laborieux du procédé avec ce « Pierrot Gourmet » y apportent cependant et par exemple leur contribution et de divertissants intermèdes.

 

On remarquera que parfois la photo prend la place d’une ancienne illustration (E. Sauvage). Ces évolutions furent assez fréquentes. Plus étonnantes, ces trois étiquettes « L’Excellent » de Lanquetot que trois fermières viennent successivement illustrer, le mystère s’éclaircit quand on constate qu’elles sont issues de trois imprimeries différentes, chacune ayant reconstitué au mieux la photo initiale (les retouches sont très perceptibles sur la dernière version). « La Pastourelle » est le seul exemple que je connaisse d’étiquette photographique qui soit signée : cliché M. Baud.

 

 

Les sujets photographiques de prédilection sont les personnages, fermières et enfants quelques rares paysages, ceux-ci se révélant décevants et toujours plus difficiles à isoler dans une urbanisation cannibale. Aujourd’hui, la nature morte, le plus souvent aseptisée, reste la représentation que l’on rencontre le plus fréquemment. Alors que l’on aurait pu s’attendre avec l’arrivée du « bio » à une joie de vivre renaissante, les étiquettes s’en réclamant portent haut l’étendard de la sinistrose. Rendez-nous les belles étiquettes d’autrefois, où le plaisir de l’œil précédait celui des papilles.

    

 

Pour terminer, voici une amusante petite incidente : Les tyrosémiophiles cinéphiles, les deux ne sont pas incompatibles, se souviendront du personnage de Jacqueline incarné par Dany Carrel dans le film d’Henri Verneuil de 1955 « Des gens sans importance ». Afin d’échapper à son médiocre quotidien, la jeune fille envisage de faire carrière dans le cinéma. Pour tout résultat, on la retrouvera désenchantée dans sa chambre tapissée d’étiquettes de camembert la représentant en jeune fermière. Grandeur et décadence sont ainsi résumées par une simple étiquette dont les quelques exemplaires nécessaires à cette scène feraient aujourd’hui la joie des collectionneurs.

 

Michel Coudeyre [Camembert-Museum, le 05 mai 2011] 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 16/10/2011

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