Les Imprimeurs de Tyrosèmes.

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LES IMPRIMEURS DE TYROSÈMES

L’historique des imprimeries qui se sont consacrées à l’impression des étiquettes de fromage nous apporte de précieuses informations pour dater au plus près nos tyrosèmes. Si certains modèles d’étiquettes ont eu une vie brève, ou très locale, d’autres ont connu une longue carrière dont les éditions successives ont pu se dérouler sur de nombreuses années. C’est en étudiant les ajouts, les modifications liées aux contraintes légales ou au renouvellement du dessin original que l’on peut classer chronologiquement ces avatars.

Il était relativement fréquent qu’un modèle d’étiquette passe d’une imprimerie à l’autre, à cause de l’absorption de l’une par l’autre soit à la suite d’une cessation d’activité de l’une d’elles ou tout simplement pour des raisons économiques. Quelquefois la gravure originale put être récupérée, d’autres fois, à la satisfaction des collectionneurs, la nouvelle imprimerie sollicitée dut redessiner l’étiquette le plus servilement possible ou en modifiant sensiblement son apparence pour marquer de son empreinte la nouvelle étiquette ou pour répondre à l’esthétique du moment.

Il n’est pas possible bien sûr de connaître et de traiter toutes les imprimeries qui ont pu éditer des étiquettes de fromage. Elles furent particulièrement nombreuses; si certaines s’y spécialisèrent et s’équipèrent pour répondre à cette demande particulière, d’autres ne s’y prêtèrent qu’occasionnellement ou n’en firent qu’une activité mineure. Vous pourrez consulter une liste d’imprimeurs (non exhaustive) ici même à la rubrique «Imprimeurs».

Citons cependant parmi les imprimeries qui nous concernent et qui sont les plus anciennes, les plus connues et les plus productives : Depierre à Lisieux, Dervaux Frères à Halluin, Haby Lemarié à Flers de l’Orne, Les Papeteries de Normandie à Caen, Orgeval puis Grange à Paris, Paré à Angers, Poly à Paris, Rousseau à Dôle. Citons encore plus près de nous dans le temps : Collier à Fourmies, Debar et Prot Frères à Reims, Delcey à Dôle, Garnaud à Angoulême, Gibert Clarey à Tours, Idoux à Nancy, Jombart à Lille, Mouville Ozanne et Cie à Caen, Puissant à Amiens et enfin Richard Laleu à Poitiers.

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DE ORGEVAL À GRANGE

 

Orgeval étant certainement la plus célèbre des imprimeries qui nous intéressent, je reproduis ici en le synthétisant l’excellent travail de Monsieur Roger Trubert (CTF 240) qui dans les numéros 58 et 60 du bulletin du club nous raconte l’histoire et le cheminement de cette imprimerie. Dans son article écrit en 1975 il s’appuie lui-même sur les données fournies par Jean Perret, professeur au collège de Lorgnes dans le Var et vice-président en 1951 de la Société Tyrosémiophile, données obtenues par ce dernier auprès de l’imprimerie Grange.

La société Orgeval initialement domiciliée au 18 de la rue Vavin à Paris 14e, s’installe en 1895 au numéro 34 de la même rue ou elle demeurera jusqu’en 1906, changeant deux fois de raison sociale: d’abord Orgeval et Cie, puis Grange Orgeval et Guy avant de laisser la place à la société Grange et Guy.

Orgeval avait alors vécu...

En 1906, Grange et Guy s’installe au 55 avenue du Maine toujours à Paris, l’imprimerie y restera jusqu’en 1925, cependant à cette adresse on peut encore trouver la signature Orgeval (étiquettes de la Tour Eiffel) certainement un reliquat lié à la propriété artistique d’Orgeval ou comme le suppose M. Trubert que la Compagnie Grange Orgeval et Guy resta sous cette dénomination un bref instant au 55 avenue du Maine avant de devenir Grange et Guy.

A partir de 1925 Grange se retrouve seul et fermera ses portes vers 1954; mais il y a déjà quelques années qu’elle ne produisait plus d’étiquettes. En 1951 le président du CTF, Monsieur Chênerie, constate qu’elle n’imprimait guère plus que des bandes de Petits Suisses.

A titre d’information, alors qu’en 1914, la Société Grange et Guy imprimait 35 millions d’étiquettes, Depierre en produisait 15 millions. À Angoulême, Garnaud en imprimera jusqu’à 500 millions en 1981.

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 D’AUTRES EXEMPLE

Garnaud à Angoulême est certainement la signature la plus présente au bas de nos étiquettes, en voici les grandes dates: Henri Garnaud né en 1890, autodidacte, fils de blanchisseuse fut Compagnon imprimeur du Tour de France à 18 ans. Après avoir créé son imprimerie typographique, il réalise sa première étiquette de fromage en 1923. Ses presses lithographiques fonctionnèrent jusqu’en 1948 alors que parallèlement il se mit à l’offset dès 1936. L’imprimerie mit fin à son activité au début des années 90.

L’imprimerie Pichot 54 rue de Clichy à Paris réalisa de nombreuses étiquettes en chromolithographie des années 1880 à 1910 avant d’être absorbée par l’imprimerie Debar à Reims, qui se consacra surtout aux étiquettes de fromage à partir de 1940.

L’imprimerie Malherbe à Caen a réalisé un grand nombre d’étiquettes de Basse Normandie. En cinquante ans elle a édité entre 1000 et 1200 modèles différents

Une curiosité : parmi les centaines d’imprimeries dont j’ai pu relever les signatures (dont plus de 40 à Paris) 5 se trouvent réunies dans la petite rue des Lombards à Paris – E. Cuvellier au 22, L. Monnet, Trimpont et Baudry au 39, Aubert au 41. La proximité immédiate des Halles explique certainement cette concentration. Les fromagers venant vendre leur production aux Halles à Paris s’y fournissaient en étiquettes personnalisées ou en passe-partout. Cette rue ne pouvant accueillir des imprimeries d’envergure, on devait s’y fournir là comme ailleurs on se fournissait en cartes de visite.

Il va sans dire que toutes ces imprimeries ne se limitèrent pas à l’impression d’étiquettes de fromages, on retrouve leur signature sur toutes sortes d’étiquettes. Je possède ainsi, pour en témoigner, une étiquette de boîte à œufs de chez Garnaud signée Jub.

J’invite tous ceux qui pourraient fournir des informations sur les imprimeries à les transmettre à Camembert Museum.

La logique voudrait que pour illustrer cet article je choisisse une iconographie adaptée, que je montre ne serait-ce qu’un exemple d’étiquette par imprimerie afin de relever le style particulier de chaque imprimeur.

Mais il apparaît que si un œil averti reconnaît immédiatement une étiquette de chez Poly d’une étiquette Grange ou Garnaud, des styles parfois très différents ont pu coexister à l’intérieur d’une même imprimerie et à fortiori sur la durée de son activité. Il serait dès lors fallacieux de tenter une telle démonstration. Démonstration laborieuse et battue en brèche par une multitude de contre exemples et au final ne représentant pas un grand intérêt.

Aussi il m’a paru plus judicieux et plus profitable de prendre prétexte d’un sujet aussi générique que celui-ci pour montrer quelques belles étiquettes, de celles qui abordent tous les styles de 1900 à nos jours, de celles qui animent et justifient notre passion.

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Le choix que je vous propose est subjectif comme tous les choix. J’ai disposé au mieux les étiquettes dans un ordre plus ou moins chronologique, tous les styles et toutes les techniques y sont représentés, des dessins à la plume à l’utilisation du « point coquille », des effets d’aquarelle aux aplats offset en passant par l’aérographe. On devinera ici ou là l’influence de Mucha, de Poulbot, de Picasso ou de l’Art Nouveau; plus loin on survolera les années 30 influencées par le cubisme puis les années 50 où les styles de René Gruau ou de Pierre-Laurent Brénot se feront sentir avec ceux de Foré ou d’Hervé Morvan avant d’aborder le «psychédélisme» dans l’étiquette Forza ou La Vache Bridel notamment. On passera des représentations les plus conventionnelles et les plus scrupuleuses aux interprétations les plus débridées, des étiquettes les plus fouillées aux plus épurées, des plus ambitieuses aux plus modestes, des thèmes les plus attendus aux plus improbables, des graphismes les plus contrôlés aux expressions les plus naïves.

On suivra l’évolution de la mode vestimentaire parallèlement à celle de la typographie. On verra apparaître des thèmes liés à l’actualité, du passage de la comète de Halley en 1910 au lancement du Spoutnik ou encore en 1994 de l’anniversaire du débarquement de juin 1944 . D’autres thèmes chers aux producteurs, telles ces cheminées d’usine crachant une fumée témoignant d’une activité intense cédèrent la place à des scènes bucoliques ou à des moines rubiconds.

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Mais au-delà de cette extrême variété de styles de composition et de thèmes il est un point commun qui les réunit toutes : aucune n’a été conçue (comme cela se retrouve ailleurs) pour complaire aux collectionneurs. Seules les faiblesses ou les qualités de leurs auteurs s’expriment ici à travers elles, bien avant que le marketing et son cortège de contraintes et d’indigences ne vienne y mettre un terme.

Aucune intention mercantile ne se cache derrière ces étiquettes qui ne représentent que ce qu’elles sont. Toutes sont, à leur manière, d’authentiques expressions de l’art populaire. C’est ce qui en fait valeur de témoignage au regard de l’histoire et c’est ce qui pour nous, collectionneurs, en font tout leur charme.

Michel Coudeyre. 

Bibliographie : Bulletins du CTF n° 58 (avril 1975) et 60 (octobre 1975)

Images du Roi Camembert par Raymond Humbert (éditions Hier et Demain 1978)

Date de dernière mise à jour : 01/05/2016

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