Androuët Pierre (Maître Fromager, Paris 75)

Robert j courtine pierre androuet 

Robert. J. Courtine, Pierre Androuët (Maître Fromager) et les fromages de France.

Androuët, est un nom qui est resté gravé dans la mémoire des parisiens amateurs de bonne chère et de bons fromages. Plusieurs générations d’habitants de la capitale, ont connu la maison Androuët, qui était située 41 rue d’Amsterdam, dans le 9ème arrdt de Paris. A titre personnel, je me souviens que les plateaux de fromage, ceux des grandes occasions, baptême, noël, anniversaires, jour de l’an, c’est dans cette crèmerie emblématique que nous les achetions. Mon seul regret, reste cependant, les nombreuses occasions ratées de découvrir le restaurant à l’étage.

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Voici l’histoire d’une famille et d’une célèbre crèmerie parisienne : En ce début du XXème siècle, Henri Androuët, un jeune breton, est colporteur à Paris, pour la maison Charles Gervais. En 1909, au cours d’une de ses tournées, rue d’Amsterdam, il va rencontrer Ida, une jeune crémière, qui deviendra son épouse. Dès l’année suivante, le couple s’endette et décide de s’installer en rachetant le fonds de commerce à M & Mme Le Baron, les patrons de la jeune mariée. Quelques années plus tard, la Grande Guerre éclate, Henri est mobilisé. Blessé au cours des combats, il aura heureusement la chance de revenir vivant, et un an plus tard, en 1915, c’est la naissance de Pierre leur enfant.Cette période d’après guerre est mise à profit par Henri Androuët pour parcourir la France, nouer des contacts avec des artisans fromagers, et trouver ainsi des fournisseurs de qualité. A cette époque, les fromages voyagent mal, les distances sont longues. Les fromages, il faut les acheter blanc et les affiner sur place si l’on veut vendre des produits de qualité. Des travaux sont entrepris, les caves d’affinage sont réaménagées et agrandies. La Maison Androuët commence à se faire une clientèle et surtout une réputation de sérieux et de qualité. En 1926, on peut y acheter, plus de cent sortes de fromages.

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En 1934, un restaurant dédié au fromage, va voir le jour, à l’étage, juste au dessus de la crèmerie. Le succès est presque immédiat. Tout Paris se bouscule… Jean Gabin, Ernest Hemingway, Colette, Maria Callas et j’en passe. Pierre Androuët a alors 15 ans, il continue ses études, mais il aide ses parents par petites touches, dans la gestion de l’affaire au quotidien. Il accompagne aussi son père dans les fermes et les villages à la recherche de bons produits. Quelques années après la guerre, en 1948, Pierre est en charge de l’entreprise familiale. Au milieu des années 1950, Pierre Androuët sillonne le monde afin de promouvoir les produits laitiers français, il nous gratifiera de plusieurs livres sur les fromages, parmi lesquels (365 Fromages) (Le Guide du Fromage) (Livre d‘Or des Fromages)… Dans les années 1950, une succursale existait au 18, rue du Maréchal Foch à Chatou, département de Seine et Oise. En 1962, des réaménagements sont entrepris dans le restaurant et la boutique. C’est Mme Pierre Androuët qui gère l’affaire.

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De nos jours, on trouve toujours des crèmeries portant le nom de la célèbre maison de la rue d’Amsterdam, à Paris, Londres ou Stockholm… Cependant, la famille Androuët avait déjà vendu le nom et l’affaire depuis 1985. Informations extraites du site : http://androuet.com/histoire-androuet.html De nouvelles informations seront apportées à cet historique en attendant quelques vérifications.

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VISITE CHEZ LE ROI DU FROMAGE, Les Dimanches de la femme : supplément de la "Mode du jour" du 27 octobre 1935, Article signé Suzy Mathis.

JADIS, on disait d'une personne parvenue à une haute situation par son travail et sa persévérance : « Il est arrivé à la ville en sabots. » Que l'on me pardonne cette image que j'applique à M. Androuët, maître fromager, mais lui-même est loin de renier ses origines modestes ; il n'y a que plus de mérites et il réalise, comme disent nos bons amis les Américains, un « self made man » dans toute l'acception du terme. Employé dans une petite crémerie de la rue d'Amsterdam, il sut s'y faire apprécier et, grâce à son travail il put, en 1909, en devenir le légitime propriétaire. Cette crémerie, devenue sienne, il la dirigea ainsi sans la transformer jusqu'en 1920; on s'y fournissait en beurre, oeufs, lait et fromages... mais les fromages de M. Androuët étaient particulièrement bons. Il savait mieux qu'un autre les choisir chez les producteurs, les reconnaître, les soigner ; il s'était alors spécialisé dans environ 60 espèces de fromages, on peut aujourd'hui s'en procurer chez lui plus de 162 sortes !

androuet-carre.jpgUne pareille connaissance ne s'acquiert pas en un jour. C'est une science que l'industrie du fromage : ceux de France, de Suisse, d'Allemagne, d'Angleterre, de Hollande, etc.! Aux uns, il faut de l'humidité, d'autres veulent de la chaleur, d'autres encore exigent la sécheresse, et à ceux-ci le froid est nécessaire.
C'est ainsi que sous l'impulsion d'un pareil connaisseur la petite crémerie fut un jour — en 1929 — transformée en salon de dégustation. C'est un endroit unique à Paris, et à ceux qui n'aiment pas le fromage, de sourire. Dans la cave, aménagée avec soin, les fromages « se font», cependant qu'à côté les clients, et ils sont nombreux, dégustent leur chester, leur brie ou leur roquefort, servi à point et accompagné du vin approprié : à bon fromage bon vin. Et l'on sait que l'un l'autre se complètent pour la plus grande joie du palais. Ainsi dans ces caves, voisinent meules savoureuses et crus en renom. Sur un registre spécial, chaque fromage est consigné, suivant son origine et sa date d'entrée ; cette date est chose très importante, puisque ceux-ci doivent être consommés dans un temps soigneusement déterminé en dehors des limites duquel ils auraient perdu leur véritable saveur.
Pendant l'été — pendant ses vacances — M. Androuët fait ce qu'il appelle plaisamment « sa croisière des fromages ». II visite tour à tour fermiers et producteurs de chaque région; il déguste chez eux, chaque fromage : ceux du Nord, de la Somme, de Langres, comme ceux du Jura français, du Cantal, de l'Auvergne ou des Pyrénées. Saviez-vous que si le Jura français est constellé de trous, le véritable gruyère, emmenthal lui, est à peine vallonné de légères dépressions : et tant d'autres remarques à faire, tant de choses à apprendre sur les fromages. Mais il n'est que de savoir les apprécier puisque, à Paris, ,M. Androuët sait les servir. N’est-ce pas Brillat-Savarin qui disait, d'un bon repas « qu'il veut » du fromage, et le doux humoriste Willy, qu'il n'était bon dîner sans « brie de clôture»!  Bravo à M. Androuët pour son innovation dans notre capitale. Faut-il dire comme le fabuliste : cette histoire vaut bien un fromage ?

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Serge Schéhadé [Camembert-Museum] [Première publication le 24 mars 2011]

Date de dernière mise à jour : 17/08/2016

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