Compagnie Générale du Lait, Rumilly, Haute-Savoie, Laits Concentrés et Crèmes Mont Blanc (74)

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COMPAGNIE GÉNÉRALE DU LAIT [RUMILLY, HAUTE-SAVOIE]

Dans la période troublée d’octobre 1917, des hommes songeaient à construire l’avenir. C’est en effet le 27 octobre 1917 que naquit à Bordeaux, la Compagnie Générale du Lait, devenue depuis 1965 « Lait Mont Blanc ».
Le choix de Bordeaux découlait de l’objectif de l’époque : créer près d’un port un centre de fabrication de lait concentré susceptible d’approvisionner les marchés d’outre-mer développés par la Société Laitière des Alpes Bernoises. Mais le bas-médoc, malgré l’abondance relative de sa production laitière, ne pouvait satisfaire aux exigences techniques d’un produit destiné essentiellement aux pays tropicaux. C’est alors que Louis de Castella, principal fondateur de la société, entreprit de visiter systématiquement les meilleures régions laitières de France. Arrivant en Savoie, le hasard voulut qu’il rencontrât François Buttin, Rumillien passionné par le développement de l’économie laitière savoyarde à laquelle il s’était consacré. Sur ses conseils, le choix de Rumilly fut arrêté. Le lait y était non seulement abondant, mais d’une qualité remarquable, grâce au climat de la région et au niveau, alors nettement en avance, de l’organisation de la production.

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Rumilly-en-Albanais, cité au riche passé historique, se trouve placée au cœur de l’Albanais, petite plaine fertile située entre Alpes et Jura, à mi-distance d’Aix-les-Bains et d’Annecy. Lieu de passage depuis la plus haute antiquité, la ville était prédestinée à devenir le berceau d’une industrie laitière, puisque la légende veut que l’origine de son nom soit « Rumilia », la déesse romaine des nourrices.
Accueillante, la population rumillienne adopte rapidement la jeune société. Celle-ci acquiert de vastes terrains -combien sage précaution encore appréciée aujourd’hui- sur lesquels commencent à s’édifier l’usine. Le 7 avril 1922, tout est prêt  et devant le personnel réuni -ils n’étaient guère plus de 20 autour de Louis de Castella- la première boîte de lait concentré sucré sort de la chaîne de fabrication. Brève euphorie, car peu après, en 1924, les mesures financières prises par les pouvoirs publics excluent toute possibilité d’exportation. La société décide alors de se lancer sur le marché intérieur et adopte la marque « Lait Mont Blanc ».

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Les débuts sont très difficiles. L’utilisation du lait concentré sucré n’est, de loin, pas encore entrée dans les mœurs. C’est un produit d’exception réservé essentiellement aux nourrissons. La société se trouve d’emblée en face de problèmes qu’on qualifierait aujourd’hui de « marketing » car il s’agit non seulement de vendre, mais de faire acheter. Le meilleur argument réside dans la qualité des fabrications. Cet impératif devient la devise de la maison et le restera tout au long de son développement. L’implantation de la marque progresse et 1926 voit le lancement du lait concentré non sucré, puis 1934 celui du Tonimalt, produit alors considéré comme révolutionnaire, tant par sa composition que par sa préparation instantanée. A nouveau le problème consiste à créer une habitude de consommation dont le besoin n’existe pas. Il faudra des dizaines d’années d’efforts constants pour y parvenir.
La guerre vient brutalement freiner une expansion prometteuse. Gaston de Weck, alors directeur général de la société, se bat avec des difficultés sans nombre pour maintenir l’activité de celle-ci. Certaines fabrications sont autoritairement supprimées, l’usine doit se consacrer pratiquement à la seule fabrication du lait concentré sucré, distribué parcimonieusement contre tickets. En 1945, Guy Orsel est appelé à la direction générale.. Il s’emploie à rééquiper et à moderniser les installations, comme aussi à recréer un réseau commercial. Sous son impulsion, s’amorce un nouveau départ.

Louis de Castella (1886-1963)
De famille fribourgeoise, mais né en 1886 en Australie, Louis de Castella entrait en 1912 à la Société Laitière des Alpes Bernoises. À la fin de la Première Guerre mondiale, il fut chargé des études relatives à la création d’une filiale en France. La Compagnie Générale du Lait devait être pour Louis de Castella, et pendant 30 ans, l’objet de toutes ses préoccupations. En 1952, appelé à la présidence d’Oursina, il se donna avec la même énergie à ce nouveau poste, qu’il occupa jusqu’à sa mort, en octobre 1963.

Toutes les anciennes fabrications sont reprises et développées et l’on songe à étendre et à rajeunir la gamme. C’est dans cet esprit qu’est lancé en 1950, le premier en France, le lait concentré en tubes. L’accueil de cette innovation est plutôt réservé. On ironise sur sa ressemblance avec la crème à raser, on doute de sa bonne conservation. Mais le service rendu au consommateur prend le pas sur les réticences. En 1952, ce sont les premières crèmes dessert. Là encore, il s’agit d’ouvrir une voie nouvelle tant auprès du consommateur que du distributeur. Publicité et démonstrations sont conjuguées pour introduire la notion de desserts tout préparés « Ouvrez, dégustez ».
La société n’oublie pas sa vocation dans le domaine de l’alimentation infantile. « Lait Mont Blanc-Beaux Enfants » n’est pas seulement un slogan publicitaire, mais un objectif. Grâce à ses relations étroites avec les milieux médicaux et pédiatriques, elle met à la disposition de ces derniers un nouveau lait infantile « Alété » lait en poudre acidifié au jus de citron.

Une politique dynamique d’investissements, réalisés essentiellement par autofinancement, permet à la société de renouveler et de moderniser sans cesse ses installations pour les maintenir à l’avant-garde des progrès techniques. L’usine, dont la surface développée a plus que décuplé depuis sa création, est un chantier permanent, tandis que grandit au dehors et bien au-delà des frontières, la notoriété de la marque « Mont Blanc ». Dans cette évolution qui va en s’accélérant , tout est mis en œuvre pour que l’entreprise reste à l’échelle humaine. L’esprit « Mont Blanc » qui anime ouvriers, employés, vendeurs et cadres est entretenu par la promotion interne, la formation du personnel et des mesures sociales. Fait significatif parmi d’autres, tous les bureaux se trouvent situés, depuis le début, au sein même de l’usine afin que, comme le déclarait Louis de Castella, chaque employé, chaque vendeur, sente « vibrer le pouls de l’usine » et comprenne que toute action individuelle n’a de sens que dans la mesure où elle s’intègre à l’effort collectif.

Les Présidents du Lait Mont Blanc : Daniel Guestier  (1917-1928)   Frédéric Marsal  (1928-1932)   Georges de Fonclare (1933-1939)   Louis de Catella (1940-1952)   Gaston de Weck  (1952-1959)   Guy Orsel  (1959--1967)   Francis Pernot (à partir du 1er juillet 1967)

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Le Groupe Oursina
C’est en 1892, à Konolfingen, dans l’Emmental bernois, en Suisse, que fut créée une petite fabrique, employant 4 personnes. L’Ours devient l’emblème de la marque, d’où le nom : Oursina.
Oursina était une holding groupant diverses entreprises à  vocation principalement laitière. Ces sociétés, qui étaient juridiquement indépendantes les unes des autres, employaient environ 8500 personnes, et elles avaient réalisées en 1966, un chiffre d’affaire d’un milliard de francs suisses. Leur ensemble formait l’un des premiers groupes laitiers d’Europe, dont les produits étaient distribués dans le monde entier.
Ces produits étaient fabriqués et distribués par des sociétés affiliées en Suisse, en Allemagne, en France, en Espagne, aux Pays-Bas, en Italie et en Australie. Les sociétés du groupe basées en Belgique, Algérie, Tunisie, Maroc et Venezuela s’occupaient uniquement de la distribution. La structure décentralisée du groupe Oursina, lui permettait de s’adapter avec une grande souplesse, aux conditions des divers marchés nationaux. Les sociétés jouissaient d’une indépendance suffisante, pour suivre de très près l’évolution des habitudes et du goût des consommateurs dans leurs zones respectives de vente. En France, le groupe Oursina, était propriétaire de la société Lait Mont-Blanc à Rumilly, de l’ensemble des usines Henri Claudel, dont le siège social était à Paris, dela société Guigoz France S.A., Fruits Duchesse S.A. à Gevrey-Chambertin, Entrepôts d’Asnières.

 

 

 

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La Haute-Savoie, dont l’industrie laitière était, il y’a quelques années encore, limitée à la fabrication du gruyère et de quelques fromages de réputation locale, vient, dans la région de Rumilly, de céder une part importante de sa production laitière à la préparation du lait condensé.
C’est seulement en 1920, que la Compagnie Générale du Lait décida de construire à Rumilly, à mi-chemin d’Aix-les-Bains et d’Annecy, sa Condenserie modèle, destinée à la préparation du lait condensé sucré « Mont-Blanc ». Il peut paraître étrange, à première vue, qu’on ai eu l’idée, pour fabriquer un produit principalement destiné à l’exportation, et qui nécessite l’emploi de matières fréquemment importées (sucre ou fer-blanc) de monter une usine dans une région aussi éloignée des ports fluviaux ou maritimes. L’unique mobile le voici :

Le lait de Haute-Savoie est « rigoureusement parfait ». Chacun sait, en effet qu’il est indispensable pour faire un bon lait condensé, et surtout un bon lait condensé sucré, d’avoir à sa disposition du lait parfaitement frais, s’acidifiant lentement,  provenant de vaches saines et nourries d’aliments naturels et non fermentés. En conséquence, une condenserie ne peut être installée que dans une région dont les producteurs sont organisés en groupements coopératifs, qui les maintiennent dans une stricte discipline et leur interdisent la fourniture d’un lait qui n’est pas absolument pur. Utilisant une matière première physiquement et chimiquement parfaite, il n’est pas étonnant que la Compagnie Générale du Lait ai pu, en moins de deux ans acquérir, parla perfection de ses produits fabriqués, la place qu’elle mérite sur tous les grands marchés du monde.

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Les caractéristiques de l’usine de Rumilly sont les suivantes :  un bâtiment principal de 42 mètres de façade, entièrement construit en béton armé, comportant deux ailes parallèles de 65 mètres de long, reliées par un hall vitré, forme une masse de plus de 50.0000 mètres cubes.Dans le bâtiment principal sont réunis les différents services de fabrication : réception, nettoyages, refroidissement, distribution, pasteurisation, condensation, mise en boîtes, emballage, expédition du lait condensé, fabrication des boîtes métalliques, montage des caisses, etc. Des locaux spéciaux et aérés servent de magasins.

Un laboratoire, muni de tous les appareils les plus modernes, permet d’analyser toutes les cuissons de lait condensé sucré, toutes les matières premières (sucre ou lait frais) avant leur utilisation. Ainsi, rien n’est-il laissé à l’imprévu dans la préparation du lait condensé « Mont Blanc ».
L’installation mécanique a été l’objet de soins très spéciaux. Tous les appareils et machines ont été construits spécialement pour la Compagnie Générale du Lait, et sont munis des derniers perfectionnements de la technique moderne.
Les bâtiments annexes comprennent :

1° La chaufferie avec trois chaudières de 100 mètres carrés de surface et ses économiseurs;
2° Une centrale thermique pour la production de l ‘énergie électrique au cas où les lignes spéciales de la compagnie rattachées au réseau de la Société des Forces du Fier, viendraient à manquer;
3° D’importantes soutes à charbon.
4° Des ateliers de réparation. Les garages des camions automobiles;
5° Le poste de transformation du courant électrique;
6° L’installation d’eau qui, dans une condenserie, a une importance considérable.

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Le lait concentré sucré étant destiné plus spécialement à l’alimentation des enfants, du moins dans nos régions, l’attention des dirigeants de la Compagnie Générale du Lait a attirée vers les conditions de propreté nécessaires l’obtention d’un produit aseptique.
A cet effet, les salles entièrement garnies de carreaux de céramique, les canalisations du lait en aluminium, sont nettoyées journellement à l’eau bouillante et à l’eau froide pure.
Il n’est donc pas étonnant que M. le docteur Boucher, professeur de bactériologie et de pathologie expérimentale à la faculté de Médecine de Grenoble, dans son étude sur le lait condensé sucré « Mont Blanc » ai pu déterminer :
L’absence de tout colibacille (bacille qui peut infecter les récipients si on les nettoie avec une eau impure); l’absence de tout bacille de koch (bacille provenant des vaches tuberculeuses ayant une santé apparente parfaite, mais qui, par la mamelle, peuvent donner par intermittence des décharges de bacilles tuberculeux).
Et enfin, la présence des trois séries de vitamines nécessaires au développement de l’enfant. Tels sont, avec la teneur en matière grasse importante du lait condensé sucré « Mont Blanc » et la perfection de sa fabrication, les mobiles qui en ont fait un produit de tout premier choix. En fait, « il est donc bien l’aliment des enfants ».

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L’organisation commerciale de la Compagnie Générale du Lait a permis à l’usine de trouver tous les débouchés nécessaires à l’écoulement de ses produits fabriqués.
Trois cents agents dans le monde entier travaillent à cette large diffusion, et c’est ainsi que la plupart des bonnes maisons d’alimentation ou pharmacies de France, des colonies et des pays d’Outre-mer, les hôpitaux, tout le corps médical, les Gouttes de Lait, ont admis le lait « Mont Blanc » comme l’une des premières marques du Monde.
La Compagnie Générale du Lait est fière d’avoir pu apporter sa contribution à la diminution de la mortalité infantile, en mettant à la disposition des mères, un lait susceptible de remplacer utilement le lait maternel.
Elle est également heureuse d’avoir apporté en Haute-Savoie, une industrie dont l’avenir est dans l’exportation. C’est l’or de l’étranger qui vient aux paysans savoyards. La Compagnie Générale du Lait espère rendre service à l’intérêt du pays, en apportant ainsi sa modeste contribution au relèvement du franc.

[Supplément au numéro du 30 août 1924, de l’Illustration Economique et financière]

 

 

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 11/05/2015

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